‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 75 sur 158 · L1V. U. CB. IV. CONSPIRATION DES SEIZE ET DU CLERGÉ LIGIIKUS · texte numérisé non relu

L1V. U. CB. IV. CONSPIRATION DES SEIZE ET DU CLERGÉ LIGIIKUS

grand effort fait par ses partisaas et ses sicaires, au centre même de la Ligue, pom* lui livrer tous les pouvoirs publics et la souveraiaeté, après que l'on aurait tout au moins dégradé Mayenne et le Béarnais, si l'on ne parvenait à s'en défaire.

Les Seize et le clergé de la Ligue à Paris, vendus à Philippe U, conspirèrent pendant tout le cours de cette année en sa faveur. Le résultat final du complot était de l'établir roi, lui ou sa fille. Les moyens successifs d'exécuIJOD furent l'excitation d'une fureur fanatique et sanguinaire chez le peuple ; la tentative d'enlever à Mayenne ses pouvoirs par une mesure d'administration publique, et ensuite par un soulèvement à main armée ; un engagement solennel pris avec le roi catholique, l'envahissement du pouvoir judiciaire, l'usurpation de l'autorité et de la force armée communale, l'établissement d'un pouvoir dictatorial, l'essai d'un massacre général de tous les citoyens, ligueurs ou non ligueurs, qui rejetaient la domination espagnole.

Dès le 13 mars, les prédicateurs de la Ligue commencèrent à jeter dans l'esprit du peuple les idées de massacre et de pillage, les maximes de révolte contre tous les pouvoirs, dont ils voulaient l'empoisonner. « Boucher, qui preschoit le carême à Saint^Glermaia-rAuxerrois, s' estant mis sur le Béarnais et les Politiques, dit qu'U falloit tout tuer et exterminer; que desjà, par plusieurs fois, U les avoit exhortés à ce faire, mais qu'ils n'en tenoient compte; dont ils se pourroient bien repentir. Il dit qu'il estoit grandement temps de mettre la miùn à la serpe et au couteau, et que jamais la nécessité n'en avoit esté si grande... Il ne prescha que sang et boucherie, mesme contre ceux de la cour et de la justice, qu'il crioit ne rien valoir du tout; excitant le peuple par gestes et paroles atroces à leur courir sus et à s'en défaire... Il dit aussi

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POUn ÉTABLIR ROI PHILIPPE II. PREDICATIONS FURIB0NDB8. 283

qu'il eust voulu avoir tué et estranglé de ses d^ux mains ce chien de Béarnois ; et que c'estoit le plus plainaiit et agréable sacrifice qu'on eust sçu faire à IHeu ', »

n faut bien remarquer que parmi les Politiques Boucher comprenait le parlement Brisson, qui alors même frappùt de ses arrêts le roi et son parti ; que par conségnent il proscrivait non seulement les partisans secrets de Henri, mais aussi les partisans de Mayenne et de la Ligue française, en un mot, tous ceux qui faisaient obstacle à l'usurpation de l'étranger. Mayenne, au lieu de réprimer les prédicateurs, voulut conserver auprès d'eux une misérable popularité : sur leurs clameurs il exila presque toute la Cour des comptes de Paris (1" avril) *. Cette lâcheté devait accroître et accrut leur audace. Dès lors, et jusqu'à la mi-novembre, c'est-à-dire pendant plus de sept mois, les cbaires de toutes les églises de Paris, excepté quatre, retentirent chaque dimanche, chaque jour de fête, de déclamations furibondes qui, sous prétexte que la religion était en péril, poussaient les masses à une guerre d'extermination contre le roi et contre la bourgeoisie de Paris tout ensemble. D'une part le ridicule et l'odieux étaient répandus sur la naissance, la personne, l'autorité et la religion du roi ; d'une autre, le peuple était excité à se jeter comme une bète féroce sur des classes entières de citoyens, qu'on désignait à sa vengeance et à son avidité. Tout cela était exprimé dans un langage que l'on ne parle que dans les mauvais lieux, et dans le bague, parmi les assassins. Jamais, depuis sa naissance, la religion n'avait été si déshonorée. Une sorte d'émulation s'établit entre les prédicateurs à qui irait le plus loin dans cette voie ; et Boucher, Rose, Aubri, Lucain, Cueilly, Commelet acquirent alors une odieuse cé-

' Lestoile, l'un des auditeurs de Boucher, Registre journal, p. tB A. • Lestoile, p. *7 A

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