UV. II. CH. IV. LEURS EFFORTS POUR RENVERSER MATENKE
lébrité, que l'histoire lenrconserve, et leur inflige aujourd'hui comme chAtimeot '.
En ruinant de tout leur pouvoir la fortune du roi, les Seize n'avadeot accompli que la moitié de leur lâche : il fallait détruire aussi l'autorité de Mayeuue pour faire place à la souveraineté unique du roi catholique. Les Seize y travaillaient avec ardeur. Ainsi la révolte s'en prenait audacieusement à Mayenne, révolté lui-même contre Henri III et contre Henri IV ; c'est l'étemelle histoire des révolutions et des factions. Dès que les Seize se sentirent appuyés par la garnison espagnole entrée dans Paris, ils présentèrent au lieutenant-général, à la fin de février, une requête et des mémoires tendant aux fins suivantes : 1° Le conseil de l'Union dev^t être rétabli et renouvelé. Par suite de la nouvelle composition, tous les partisans de Mayenne, tous les membres des notables familles de la Ligue devaient en être exclus, et faire place aux prédicateurs séditieux, aux hommes de la lie du peuple ou à leurs représentants. Comme les actes l^islatifs auraient été rendus^ et les intérêts généraux de la Ligue décidés en grande partie par ce conseil, Mayenne devait s'attendre à voir un pouvoir rival sui^ir contre son pouvoir, et commencer contre lui une guerre de tous les moments. 2° Tous les citoyens, convaincus d'avoir favorisé l'ennemi, même par une communication ou un avertissement quelconque, devaient être déclarés hérétiques et traités comme tels : leurs biens confisqués seraient appliqués aux besoins de la ville, ou partagés entre ceux qui eu seraient dignes. 3° Leur innocence ou leur culpabilité serait prononcée non par le Parlement de la Ligue, par les juges ordinaires, mais par un tribunal révolutionnaire, composé de commissaires bons catholiques et bien pensants. D'où il résultait que tous les adversaires ' LeBtoile, Regùtra-jouTOBl, de la page iS B i la page S6, pattù*.
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LEimB ma seize bt du clbrcê ligueur a Philippe ji. 985
de la domination espagnole, tous les partisans à un degré quelconque de Mayenne, menteusement déclarés royalistcii, seraient atteints par cette loi des suspects, enveloppés dans cette proscription. Mayenne ne poiivîùt accueillir ces propositions sans abdiquer : il les repoussa avec indignation à la fin de février, et une seconde fois au mois de septembre, quand les Seize, se prévalant de l'évasion du jeune duc de Guise, arrivée au mois d'août, et de l'approbation que ce jeune ambitieux donnait à leurs projets, eurent l'audace de les représenter au lieutenant-général dans la ville de Réthel '. Ne pouvant obtenir de Mayenne qu'il se suicidât par une complaisante adhésion, ils résolurent de le faire périr par les mains du peuple, au milieu d'un mouvement insurrectionnel général, que les sermons provoquaient chaque jour.
Quand les conjurés crurent le peuple disposé à leur prêter son bras pour le renversement de Mayenne et le massacre de la bourgeoisie, quand ils le supposèrent enivré des passions et de l'esprit de désordre, au point de ne pas voir ou d'accepter les extrémités auxquelles on l'entraînait, ils commencèrent l'exécution de leur secret projet par un acte décisif. Us étaient favorisés par l'absence de Mayenne, que les soins de la guerre retenaient en Champagne et en Picardie.
Les plus autorisés des Seize entre les laïques et les ecclésiastiques, au nombre desquels on comptait Martin, docteur en théologie. Sanguin, chanoine de l'Eglise de Paris, Génébrard, qui par cette démarche se frayait la route à l'archevêché d'Aix, écrivirent, le 2 septembre, une lettre à PbiUppe II, pour lui déférer la couronne de France, et lui engager leur fidélité comme ses sujets. Voici le texte des passages décisifs de cette lettre :
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286 Llf, 11. CH. IV. OFTBR DU TRÈHR PODH LUI OU POUR SA FILLE.
• Noua pouTon» cerUioemenl ssseurer Votre MajesU cathotiqae que les vœux el les souhaits de tous les calboliques Bont de voir Votre Hajestë uiitholique tenir le sceptre de eeste couronne et régner sur nous, comme nous nous jettons très volontiers entre ses bras, comme notre père, ou bien qu'elle y eslablisse quelqu'oD de sa posiérilé.
> Que si elle veut nous en doaoer une autre qu'elle-mesme, ît lai soit agréable qu'elle se choisisse un gendre, lequel^ avec toutes les meilleures affections el toute la dévotion et obejssance que peut apporter un bon et fidelle peuple, nous recevrons pour roy.
> Nous espérons tant de la grâce de Dieu sur ceste alliance, que ce que nous avons receu de cette très ^^nde et tr^ cbrestienne princesse, Blanche de CaEtille, mère de notre très chrétien el 1res religieux roy sainct Loys, nous le recevrons, voire même au double, de cesle grande et vertueuse princesse fille de Sa Majesté, laquelle, par ses rares vertus, arreste tous les yeux à son object; pour en alliance perpétuelle fraterniser ces deux grandes monarchies, sous leur règne, i l'sdvancement de U gloire de Motre-Seigneur Jésus-Christ, splendeur de son Eglise, et union de tous les bahilanta de la terre sous les enseignes du christianisme. •
La Sorbonne écrivit au roi d'Espagne une lettre confonne en tout à celle des Seize. L'une et l'autre furent portées au roi d'Espagne par le P. Mathieu, justement surnommé le courrier de la Ligue, lequel avait mission de réclamer de Philippe assistance et secours pour les Seize, dans le combat qu'ils allaient livrer au gouvernement existant et à la société ' .
La conclusion de cette rhétorique confite en hypocrisie était de donner pour roi à la France ou Philippe II luimême, ou sa fille, ce qui était la même chose ; de lui livrer le pays dont son père et lui-même, depuis plus de soixante ans, avaient tenté l'asservissement par toutes les voies de la force et de la ruse. Dans toute notre histoire,
' Le texte entier de la leUre des Seixe se trouve parmi les pièces coûtées aux Mémoirea d'Estel de Villeroj, édit. in-13, t. m, p. 17-99 et une partie du texte dans P. Cajfl, 1. m, p. Bï> B, Sit A. — L let^ de la Sorbonne dans Lestoile, Supplém., p. 6S A.
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PHOCtS DB BRIGARD. OCCASION D'ATTAQDB CONTRE LE PARLEMENT. S87
il n'y a pas un pacte plus ignoble entre une faction et l'étranger. C'est la contre-partie de la diiciaration de Chartres; le chef-d'œuvre de la mauvaise religion opposé à l'expression la plus noble de la religion éclairée.
Toutes les fois que les entrepreneurs de révolutions ont voulu exciter un mouvement, ils ont toujours jeté parmi le peuple quelque incident propre à l'agiter et à le remuer profondément. Les Seize publiaient depuis plusieurs mois dans Paris qu'il existait un vaste complot du Parlement et de la bourgeoisie pour livrer la ville au roi, à l'hérétique^ et pour perdre la religion. Rien n'était plus faux : le Parlement et la majorité de la bourgeoisie, trèsdistincts des Politiques et du peuple, lesquels en effet inclinaient vers Henri, le Parlement et la majorité des boui^oîs restaient fidèles aux idées et aux principes de la Ligue française. Après avoir tout enduré pendant les quatre premiers mois du blocus de Paris, plutôt que d'accepter un roi huguenot, ils n'avaient cédé à la fin qu'à la menace d'une mort inévitable ; et depuis qu'ils étaient sortis de ces extrémités, ils étaient revenus à leur aversion et à leurs scrupules pour un dénoùment qui devait mettre un hérétique sur le trône de saint Louis. Mais la Ligue française repoussait énei^iquement le joug espagnol, et à ce titre elle avait méril« d'être dévouée à la mort par les Seize. Ainsi qu'il arrive toujours parmi les factieux, une partie des Seize était animée contre l'autre d'une haine furieuse. Ils avaient dénoncé l'un d'eux, nommé Brigard, à la justice du Parlement comme coupable de correspondance avec le roi et de conspiration contre la ville. Les juges, ne trouvant aucune charge suffisante, prononcèrent l'absolution et l'^ai^ssement de Brigard (fin octobre). Les Seize s'emparèrent de cet incident pour ameuter le peuple contre le Parlement tout entier, en le présentant comme coupable de connivence
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T DE PROSCRIpnW : LE PAPIER ROUCE.
avec l'accusé, comme complice de sod préUsndo complot contre la ville et contre la religion.
Dès les premiers jours de novembre, les Seize arrêtèrent d'envelopper dans une proscription générale le Parlement et la bourgeoisie, la Ligue française, tous les hommes honnêtes ayant quelque chose à perdre, hostiles à la domination espagnole. Le massacre devait s'étendre à cette classe entière de citoyens, comme il s'était étendu à tous les calvinistes le jour de la Saint-Bartbélemy. Deux des principaux chefs des Seize, Cromé et Launoy, établissaient eux-mêmes cet horrible rapprochement. Ils disaient « qu'une Saint-Barthélémy esloit bien à propos par le temps qui couroit, et qu'une saignée de veines céphaliques estoît nécessaire pour la santé et restauratîpa de l'Ëstat. Et en reniant Dieu par trois et quatre fois, ils ajoutoient que les juges de Brigard en mourroient. n Dans chacun des seize quartiers de Paris, ils dressèrent une liste ou papier rouge, contenant la]ist« de leiu^ victimes. « Cette liste ou papier rouge estoit un rdle que les Seize avoient dressé de tous les Politiques àc Paris qu'ils appeloient, c'est-à-dire de tous ceux qu'ils tenoient pour serviteurs du roy en leur cœur, fauteurs et adhérents de son party, et qui ne trouvoient bonne lavolerie, la penderie et la cruauté, qu'ils nommoient zèle de Dieu, pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine. En ce rôle, ils avoient mis aussi comme Politiques tous ceux, quelque grands catholiques et zélés qu'ils fussent, lesquels, comme vrais et natureb François, refusoient de se soumettre à la domination espagnole. Or, de tous ces Politiques qu'ils appeloient, qui estoient les plus honnêtes hommes et gens de bien de Paris, ils avoient résolu en leur conseil d'en pendre et daguêr une partie, et chasser les autres. Et pour ce, en leurs rdies, ils les distinguoient par ces trois lettres :
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p. D. G-, qui estoit à dire pendu, dagué, chassé. » Le témoin oculaire qui fournit ces détails donne à la suite une liste détaillée des proscrits de son quartier '. Cette boucherie était le renversement d'un seul coup de l'ordre social, .de l'ordre civil, de l'ordre politique.
Quand les Seize eurent arrêté leur complot dans toutes ses parties et dressé les listes de leurs victimes, ils procédèrent à l'exécution. Du 2 au 14 novembre, ils se réunirent six fois. Après la destruction du conseil de l'Union, au mois de décembre 1589, et à c6té du conseil d'Etat ' constitué et composé par Mayenne, ils avaient maintenu lelir conseil particulier, mais à l'état de société secrète, dont les membres étaient les plus déterminés maneurs de chaque quartier. Dans leur' assemblée du 6 novembre, ils formèrent au sein de ce conseil une oligarchie démagogique, qui devait donner une force et vjxe activité nouvelle k leur faction, marcher droit à l'exécution de leurs projelSj sans reculer devant aucune violence, devant aunm crime. Ils créènent un conseil des Dix, comité de «alut public du temps.
Bussy le Clerc, fameux par l'emprisonnement de l'ancien Parlement et par la spoliation des meilleures familles de la ville; Launoy, prêtre deux fois renégat; Cromé, dont le père avait été condamné pour péculat commis envers les Etats de Bourgogne; les curés de Saint-Jacques-la-Boucherie et de Saint-Côme, inspirèrent toutes les résolutions du conseil des Dix, et se chargèrent de l'exécution. Le sangainfûre 'Boucher s'absenta de Paris pour ne pas être trouvé complice des assassinats
< Leatoile. Regiâtre-jourDSl de Henri FV, Collect. UîchEuid, p. 6( A, 6fl H. I*â[oile a vu et examiné ces Laies sur lesquelles il était port* liii-mâme pour être dagué. Ces listes.de proseriplion pour les seize quartier do Paris, qui ne fureul connues que le *S Dovembre, turent dressées dans lej coneiliabulea que tinrent les Seize, du 3 au 15 novembre.
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