‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 78 sur 158 · LIV. 11, CH. IV. ATTITUDE M) PEUPLE ET DB LA CARDE · texte numérisé non relu

LIV. 11, CH. IV. ATTITUDE M) PEUPLE ET DB LA CARDE

juste et l'honoète, par le sentiment de l'indépendaDce aationole. Insensible aux provocations de Bussy et de ses complices, il demeura calme et froid pour l'émeute, et ne témoigna qu'An sentiment de pitié pour les magistrats mis à mort.

Danscette périlleuse circonstance, tous les ordres furent admirables, et montrèrent combien sont impuissants les factieux à bouleverser une société, quand chacun sait faire son devoir et déployer du courage civil, au lieu de se laisser dominer par l'entraînement ou par ia peur. Dès le lendemain 17 novembre, l'opposition armée contre les Seize fut organisée au sein de la garde bourgeoise. Le colonel Daubray vint s'oifrir avec quatre cents hommes au gouverneur de la vUle, Belin : il l'assura encore de huit capitaines qui en avaient autant, tous prêts à faire leur devoir. C'étaient déjà trois mille six cents soldais de l'ordre à opposer aux factieux, et l'on ne pouvait douter que leur exemple n'entraînât la masse de la garde bourgeoise. Les chefs de la garnison espagnole refusèrent de prêter main-forte aux Seize, quelques remontrances et promesses qu'ils leur fissent, et bien qu'il s'agit d'établir la domination de Philippe II dans Paris. On peut leur faire honneur de ne pas avoir voulu se souiller des meurtres qu'on leur demandait; mais bien évidemment ce motif d'humauité n'influa pas seul sur leurs résolutions. L'attitude prise par Daubray et par ses généreux compagnons leur indiquait de reste qu'il faudrait combattre avant de massacrer, et dans la ville des barricades la victoire était plus que douteuse. ,

Les Seize n'avaient pas réussi à donner un peuple et une armée pour appui à leur révolte ; mais au premier abord ils ne trouvèrent personne pour leur tenir tête, et leur résister dans la me. Lie gouverneur de la ville, Belin, que sa modération et sa droiture rendùent cher à la bour-

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VAIN PROJET d'une CHAMBRE ARDCNTE ET D'UN NOUVEAD PARLEH. S93-

geoisie et au Parlement, n'était pas unhéros, il le montra en toute circonstance, et particulièrement dans celle-ci. 11 repoussa la propcaition que lui faisait Daubray de se mettre à la tête de la portion de la garde bourgeoise sur laq[uelle on pouvait compter et d'appeler le reste aux ai^ mes : il se refusa aux mesures décidées et vigoureuses, et ajourna la répression des Seize, au moment où Mayenne, qu'il appelait par d'incessants messages, arriverait avec des troupes '. Les Seize ne trouvaient donc devant eux aucune force publique pour les combattre, tandis qu'euxmêmes disposaient de la garnison de la Bastille, dont Bussy était le gouverneur, et de la troupe des factieux qui leur avait prêté son aide. Ils devaient donc, pendant quelques jours, donner un libre cours à leurs desseins. Le li, ils présentèrent au conseil d'Etat de Mayenne le projet d'une chambre ardente , présidée par Cromé , laquelle devait juger et condamner les hérétiques et leurs adhérents, les traîtres et conspirateurs contre la religion, l'Etal et la ville. Il n'y avait personne qui, ne put i être compris dans l'une de ces catégories et qui fût sûr de sauver sa tête : c'était l'établissement d'un tribunal révolutionnaire. Le conseil d'Etat refusa de sanctionner cette proscription, et il fallut que les Seize l'ajournassent. Le 20, ils composèrent un nouveau Parlement en prenant quarante membres parmi les soixante-quinze restants, en portant leurs choix sur ceux qu'ils pensaient trouver Içs plus dociles à la crainte et à leurs projets. Ils

> Regiatre-jouni. de Lestoile, p. 6S A. « Ce jour (17 Dovembre), le >> colonel Daubray alla trouver M. de B«liu, auquel il s'offrUt et qua- B tre cens bommes avec \uy ; l'asaeuTaDt eacorea de liuit capitaines a qni en avoient autant et De manqueroieot à leur devoir. Mais ledit » Belin, encore» qu'il eust eeti bravé et désanné par les Seize, et qu'il B n'ignorast leurs factions et entreprises de sang, preistes à exécuter, D si on n'y poarvojoit, fil réponse h M. Daubray : Qu'il estait d'advis ■ qne qni anroit du bois t'allast ehanffer. ■

SM LIV. II. CH IV. TOUS LES CORPS DE L'ÉTAT HtStSTBNT.

pressèrent lo conseil d'Etat, le gouverneur, les princesses de la Difùson de Guise, de se joindre à eux pour sommer \es magistrats de retourner au pal^s, et de repreodre le cours de la justice interrompu par eux depuis le meurtre de leurs collègues. Mais tous tes membres du Parlement résistèrent. L'avocat du roi Dorléans, bien que zélé ligueur jusqu'alors, ne répondit aux sollicitations des Seize qu'en les traitant de scélérats et de meurtriers, et Lemaistre leur "dit qu'il ne rentrerait au palais que pour faire pendre ceux qui avaient mis à mort le président Brisson. Cette vigueur, jointe à l'attitude de Daubray et d'une partie de la garde bourgeoise, contint les Seize jusqu'au moment où la force armée pût venir en aide aux

Cet appui ne leur manqua pas et ne pouvait leur manquer. Dans les révolutions violentes, ne pas céder au premier choc, donner à la société le temps de se reconnaître et de rassembler ses forces pour se défendre, c'est tout gagner. Attaqués par une faction qui ne reculait devant aucun attentat, trahis par le représentant du pouvoir, par le gouverneur de la ville, la partie saine du peuple, la boui^eoisie, le Parlement, surent par leur inébriuilable fermeté gagner du temps, se ménager ce répit décisif. La force arriva enfin à leur secours, et donna gain de cause à l'ordre social, à tous les pouvoirs qui le soutenaient, en même temps qu'à l'indépendance nationale. L'histoire ne contient pas de plus grave et de plus encourageant enseignement que celui-là.

Pendant la conspiration des Seize, Mayenne séjournait à Laon pour recevoir l'armée espagnole et la conduire à la délivrance de Rouen, dont le roi commençait le siège. Le duc, appelé à Paris par des envoyés qui se succédaient d'heure en heure, etilra dans la ville le 28 novembre, accompagné de deux mille deux cents hommes de troupes

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HAVeHNE A PARIS ; RÉPRESSION ET DIlIIinmOH DES SEIZB. 295

françaises, et de Vitry, toinine de cœur et de résolution, qui le décida pour le parti de la vigueur. Diego d'Ibarra, l'un des agents du roi d'Espagne, se jeta entre Mayenne et les Seize, et s'efforça de les couvrir et de les protéger, en vue de ce qu'ils avaient projelé, et de ce qu'ils pouvaient encore faire pour son mtdtre. H échoua. Le duc comprit que c'était fait de son pouvoir et de la société tout ensemble, s'il n'accablait leurs commun^ ennemis. Après avoir armé la garde bourgeoise, qu'il mSa aux troupes qu'il avEÙt amenées, après s'être concerté avec ses cheîs, et avoir pris les précautions que commandait la prudence contre l'attaque éventuelle de la garnison espagnole, il frappa les coups décisifs (i décembre]. Il lit saisir et pendre dans une salle basse du Louvre quatre des chefe des Seize. Il prononça également la peine de mort contre Launoy et-Cromé, et tes fit cbercher partout; n'ayant pu s'emparer d'eux, il les réduisit à s'exiler en Flandre. Enfin il jeta en prison une dou2aine de factieux. n somma Bussy le'Clerc de lui remettre la Bastille. Cet homme, qui avait annoncé qu'il se ferait enterrer sous les ruines de la citadelle pour défendre sa faction, vit à peine les canons en batterie au parc des Toumelles, qu'il capitula sous condition qu'il conserverait la vie et ses biens. Ce qu'il avait volé et rançonné aux prétendus Politiques et mauvais catholiques, depuis les barricades jusqu'au commencement de ce mois, montait à 600,001) fr. Mais à peine eut-il retiré ces richesses dans une maison voisine qu'elles devinrent la proie des soldats. Il s'en alla rejoindre en Flandre ses complices. Tous traînèrent leur coupable vie dans la misère et l'abjection, où les laissa Philippe II qu'ils ue pouvaient plus servir. L'ambition se sert des plus vUs instruments pour arriver à ses fins, mais elle les rejette dans la boue où elle les a pris, dès qu'ils cessent de lui être utiles.

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996 Liv. 11. en. IV. rAvcrution politique et sociale opérée.

La puDttion des chefs des Seize n'était que le premier acte de l'œuvre que Mayenne avait projeté d'accomplir. Il rétablit le Parlement dans la plénitude de son pouvoir et nomma quatre nouveaux présidents. Il fit prêter aux colonels, capitaines et soldats de la garde boui^eoise un serment aux termes duquel ils s'engageaient à ne prendre les armes que par l'ordre de l'autorité légitime; à combattre quiconque essayerait de troubler la paix publique ou entrepn^ndrait contre les magistrats ; à saisir les coupables et à les livrer à la justice. Sur deux cents capitaines environ, à peine quinze refusèrent le serment et furent destitués. Mayenne détruisit le conseil particuli^ des Seize, différent, comme nous l'avons, dit, du conseil général de l'Union ; il défendit de tenir désormais des assemblées pour délibérer et traiter d'affaires quelconques, à peine de la vie contre les assbtants, et du rasement des maisons dans lesquelles les réunions auraient eu lieu, n étendit ces mesures à toutes les grandes villes de la Ligue. La paix publique rétablie, il arrêta le'cours des rigueurs en donnant des lettres d'abolition à ceux des Seize que n'avait point atteints sa justice '.

Par ces actes divers, Mayenne opéra une révolution. Au point de vue de l'ordre social et de la liberté civile, les citoyens honnêtes et les propriétaires furent arrachés au danger de perdre leurs biens, leur liberté, que la faction des Seize et la partie viciée de la populace avaient si

• La parllB de la conspiration des Seize, comprise entre Ifinr lettre au roi d'Espagne et la destruction de leur faction, est enfermée dans les onze paragraphes précédents. Pour cette curieuse période, voir Lestoile, Registre journal du règne de Henri IV, et sou Supplément, p, 6Ï-75, 78. — Villeroy, Apol. et dise., t. m, p. 77, 78, tons deia témoins et acteurs. — P- Ca;et, I. m, p. 33t-3St, d'après les relaliaDs du temps les |ilus cireoustanciées. — Thuanus, 1. cii, g§ 11, 13, It ; t. V, p. IOt-107. — Begistn? de l'hÛtel-de-Tilk.de Paria, vol. un, fol. StS, saa-lSg. — Nevers, UËmoires, t u, p. eU.

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