‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 82 sur 158 · UV. 11. CH. V. M&TENNE DEMANDE UNE ARMÉE A PHILIPPE II · texte numérisé non relu

UV. 11. CH. V. M&TENNE DEMANDE UNE ARMÉE A PHILIPPE II

en DauplilDé. Piogttt panoul da Eipagnola.

1592. Lu siège de Rouen fournit à Philippe II t'occasioD d'avancer, par les négociations et les traités, son projet d'asservir le royaume. Son ardente ambition ne lâchait pas prise un instant. N'ayant pu avec le concours des Seize s'emparer de Paris et faire proclamer sa royauté, ou celle de l'infante sa fille, ce qui était la même chose, il résolut d'arracher aux nécessités de Mayenne cette coDcession décisive. Le duc manquait des forces et de l'argent nécessaires pour secourir Rouen contre les attaques du roi : Philippe II les lui refusa et lui tint le couteau sur la gorge, jusqu'à ce qu'il eût consenti son déshonneur et le prélude de l'asservissement de la France. Dans les conférences de la Fère et de Lihons-SaïQtot, qui se tinrent entre le ID et le 18 janvier 1592, le duc de Parme stipulant au nom du roi d'Espagne et Mayenne arrêtèrent les conventions suivantes, qui pour être converties en traité n'attendirent plus que la ratification de Philippe II. Mayenne recevait quatre miUions d'écus par an et l'armée es|)agnote qui lui permettaient de combattre Henri : il recevait en outre la promesse d'un grand établissement pour lui, pour ses parents, pour les cheis de son parti. En échange, il promettait en son nom, au nom des princes de sa maison et des grands seigneurs de la Ligue, que l'infante Isabelle, Claire-Eugénie, serait reconnue feine souveraine et propriétaire du royaume de France ; que les Ktata-généraux convoqués à cet effet proclamerwenl son droit et lui déféreraient le trône '. Il est vrai

< Dépâclies de Diego d'Ibarra au roi d'Espagne des 19, 14, 18 jao- Tier ISSi. — Dépêche du due de Parme au roi d'Espagne du 18 jauïier 1583. — Ménioiree de la Ligup, t. v, p. SO-70. — Mémoires et correâpoBdance de Dupleasis, t. v, p. 1ST-If7: <i On lui dit la psTlicularité

BONTEUSE CONVENTION DE MATBNNE AVBC LES ESPAGNOLS. 30S

que Mayenne stipulait que l'infante prendrait dans l'année UD mari de l'avis des conseillers et des grands ofiBciers de la couronne; que le royaume serait conservé dans son entier ; que ses lois et coutumes seraient maintenues. Mais d'abord Philippe avait pour luil'ai^ent, les années, les talents du duc de Parme, les intrigues et la corruption dansTintérieur des villesde laLâgue : qui pouvait répondre à Mayenne qu'il n'aurait pas la main forcée? En second lieu, l'épuisement et les souffrances du peuple étaient si extrêmes, que dans un moment de désespoir il était à craindre qu'une partie au moins de la nation n'achetât la paix ù tout prix, même par la soumission à l'étranger. Enfin la guerre et la maladie pouvaient emporter d'un moment à l'autre Henri IV et Mayenne, les deux seuls hommes capables d'arrêter l'usurpation espagnole; et sans sortir de cette campagne, ils faillirent succomber tons deux, l'un à Aumale, l'autre à Rouen. Eux morts, Philippe n n'eùt-il pas déchiré comme un vain papier les restrictions en faveur de l'indépendance nationale mises par Mayenne à la souveraineté espagnole? Dans cet état de choses, reconnaître par une stipulation du lieutenant-général du royaume etdetousles chefs de la Ligue les droits -de l'infante à la couronne, c'était fournir à Philippe II la dernière arme, l'arme d'une légalité apparente pour accabler la liberté publique. Mayenne jouait donc les destinées du pays qui l'avait adopté, pour conserver un pouvoir désormais précaire et déshonoré. 11

u de la sérénïMime ÎDtante au premier grade, ce qu'il n'ignoroil, et il n regpondit qu'il estoit d'opinion qu'où y pourrotl entendre, el que H pour aile fois on romjill la loi aalique, avec coodiliou que ileilaua u uir an «lie se uiariast, avec 1,'adTis des princes el officiers de la cou- « roune et Edtat de France. — Faisant nommer la iéréni^ime in&nte

H rof/n'e souveraine de ce royaume Conaidèrant que la séréniMinie

u infante, ma maîtresse, tiera déclarée royra jrrofiriélnire de ce royau- ■ me. ■

306 UV. U. CB. V. rtJNBBTBS EFFETS DB LA COHVEimOH.

mettait d'abord par les traités l'étranger sur le trâne, ponr. conserver l'éventualité chaque jour plus Faible de le lui disputer plus tard. Qu'après avoir consenti formellement, il n'ait pas souscrit la convention de IJhons-Sainlot, qu'il n'y ait pas apposé sa signature, qu'ainsi cette convention ne soit pas devenue un traité en forme, cela est possible. Qu'il ait eu dessein de ne tenir aux Espagnols aucune Je ses promesses, et de corriger une infamie par un manque de foi, c'est ce que prouve la correspondance diplomatique du temps '. Mais rien de tout cela n'agit sur les événements. Ce qui a&cta la situation, ce fut k conviction répandue partout qu'il reconnaissait. les droits de l^mfanle, et qu'il traivaillerait à la mettre sur le Irdne. Les seigneurs de son parti le crurent, le lég^ le dit partout, le pnrti royal le tint pour certain. Cette opinion, pendant tout le cours de l'année 1592, donna l'aide la plus désastreuse aux intrigues et à l'ascendant de Philippe, ajouta dans une mesure énorme aux dangers publics *.

La grande année que Henri était parvenu avee tant de peine à rassembler sous les murs de Rouen fournissait un moyen sur et prompt de mettre à néant les projets du

1 Mayenne a. si ronnellement coDsenti U convenUon au 18 janvier 1S93, que le duc de Panne dans sa dépèche k Philippe II, Uém. de la Ligue, t. V, p. «i, dit : « D'autanl qn'il n'y a doute qu'ils voudront a voir le pouvoir que noue avons de Votre Majesté pour conc/ure l'of- » faire, je supplie Votre Majesté de l'envoyer au plus tAt à celui qu'il n vous plaira, pour conciare et mellre fin, à ce que nom ne demewinu u pour ne l'avoir au plus beau du chemin. » LetLre de Jeanoin à Villeroy, Apol. el dise, t. xi, p. 181 B. n Ledit président m'envoya aussi » certains arliclee d'un traicté que le duc de HoyauDe avoil déjà bit » proposer aux Espagnols, dont je tus en grand' peine, encore que D ledit président me mandant qu'ils n'avoyent esté mis en avant que H pour leê ontuw. ■

* Villeroy, Apol. el Disc. p. 199. Dans sa conférence avec VilUroy ft Gisora, au mois de juin lS9t, Henri exprime ainsi l'opinion cooimune de la France : <• Que chacuD luy disoit que le duc estoil >■ m- » gagé avec lee Espagnol] qu'il ne t'en pouvoit plia séparer ; que la comte B de Brissac l'avoit dit à Saint-Luc que le légat le di«oit tout bauU •

m nOI A L'ÉGARD DE SON PARTI ET DE BIRON. 307

roi catholique, les concessions de Mayenne, de délivrer à la fois le pays de la guerre civile et des menaces de la domination étrangère. Ans trente mille hommes de troupes régulières du roi vinrent se joindre cinq mille gentilshommes, qu'on était toujours sûr de trouver pour une courte guerre, où il y avait des dangers à braver et de la gloire à recueillir. Le roi disposait donc matériellement des forces nécessaires pour écraser l'ennemi du dedans et celui du dehors. Tl s'agissait seulement que ces forons fussent loyalement et sagement employées. Henri avait à craindre qu'elles ne le fussent pas, si elles tombaient sous l'autorité et la direction des grands seigneurs catholiques de son parti. Leurs dispositions n'avaient pas changé. Par conviction religieuse et par intérêt , ils étaient résolus à ne pas souffrir que Henri vint au-dessus de ses affaires et se rendit incontesté, au moyen de la victoire et de la paix. Ds ne voulaientpas d'un roi huguenot : ils ne voulaient pas d'un état de choses où ils devaimt perdre le commandement des armées, l'usurpation des droits royaux dans leurs gouvernements et dans leurs terres. Le roi devait donc les retrouver au siège de Rouen ce qu'ils avaient été au blocus de Paris et à Ghelles, se, faisant une étude de traverser ses succès, et lui retenant le bras au moment où il se disposerait à frapper ses ennemis de coups décisifs. Mais il ne pouvait, sans un eslrème péril, les écarter^u commandement, surtout le vieux maréchal de Biron, dont la réputation et l'autorité dans la guerre étaient sans rivales. Leur disgrâce devait mécontenter et soulever la majorité de la nation qui était catholique. De plus, comme il le disait lui-même dans Tépanchement de l'amitié, « ils étoient gens pour se séparer dé luy, et faire un party à part, ou se joindre à ceux de la Ligue avec lesquels ils ne celoient point qu'ils compatiroient bien mieux qu'avec les Huguenots ; ce qui

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