SIÈGE DE ROUEN
gard de BiroD dans la situation de Henti m à l'égard du duc de Guise, de ressusciter les hont«s et les désordres de ce règne. Le plan du vieux maréchal était de dompter sa résistance par des revers ; de l'amener au point d'être convaincu qu'il n'avait que des désastres à attendre, tant qu'il ne lui aurait pas remis entièrement la conduite des armes ; de le contraindre à lui abandonner son autorité, en se contentant d'im VEÙn titre. Aux motifs généraux et constants qui le poussaient â traverser la fortune du roi, venait se joindre un mécontentement particulieret récent. D lui avait demandé le gouvernement de Rouen, après la réduction de cette ville : Henri, engagé de parole avec le duc d|f Montpensier, gouverneur de Normandie, avait été contraint de le lui refuser : de là chez Biron une profonde irritation.
Ce n'est pas seulement Sully, ce sont presque tous les contemporains qui témoignent qu'au siège de Rouen, le vieux maréchal « fist toutes choses par despit, et ne vou- » lut nullement que la ville se prist'. » Au débutdu siège, plusieurs demandaient qu'en se conformant à la grande maxime de guerre, ville prise, château rendu, on dirigeât tout d'abord les attaques contre Rouen. Us se fondaient sur ce que la ville était alors mal fortifiée et mal pourvue de munitions, et ib prétendaient, avec la plus grande apparence de raison, que la prise de la place' en- (rfdnerait celle de la citadelle. Biron laissa d'abord à l'actif et intelhgent Villars, gouverneur de Rouen, le temps nécessaire pour mettre le fort Sainte-Catherine dans un état formidable de défense. II porta ensuite sur cette citadelle toutes les forces et toutes les attaques de l'année royale. Les royaux trouvant à chaque pas un re-
' Snlly, Œcon, roy., c. I», p. 89 A, 90.— P. Cajet, l. iv,p Isa B, IS7 B, et Legrain, Décade, confirment k cet Ëgacd le témoignage Je SnUy. .
310 LIV. 11. CH. V. EFFORTS POU« PKBNDflB LE FORT SAINTE-CàTHKHWÏ.
tnmchement à emporter, un combat à rendre contre des chefs et des soldats d'un courage éprouvé, harcelés de plus par de continuelles sorties, ne purent même, au commencement, entamer les ouvrages de l'ennemi. Q resta prouvé alors que s'attaquer au fort Sainte-Catherine, c'était de toutes les manières de prendre Etouen choisir la plus dii&cile et la plus mauvaise. Cependant c'en était une, parce que la citadelle dominait la ville, et qu'en s'en rendant maître, on pouvait foudroyer Rouen. Aussi dès que le roi vint, à partir du 1" décembre, prendre une part active aux opérations, il fit des efforts inouïs pour prendre le fort Sainte-Catherine, et pour réparer la faute calculée du maréchal, dirigeant lui-même les travaux, entrant de quatre nuits l'une dans la tranchée, conduisant les soldats à Tassaut, repoussant les sorties, exposant sa vie plusieurs fois chaque jour. Villars, son ennemi, mais son ennemi généreux, 's'écriait avec admiration que ce prince, par son habileté et sa valeur, avait mérité mille couronnes pareilles à celle qu'il portait '. Mais les difficultés de l'entreprise et les rigueurs de l'hiver l'empêchèrent d'obtenir aucun avantage décisif pendant le mois de décembre 1591 et la première moitié du mois de janvier -1592. Il n'avait encore emporté qu'une partie des ouvrages avancés de l'ennemi, (jaand il apprit que les ducs de Parme et de Mayenne s'avançaient avec une armée de 23,000 hommes pour lui faire lever le siège. Il laissa au maréchal Biron le soin d'en continuer les opérations avec toute l'infanterie de L'armée royale et l'artillerie : il espérait que le déeir de soutenir sa réputation devant la France et l'étranger, l'obligerait à conduire l'entreprise avec lîdélité et habileté. Le roi prit le commandement de la cavalerie qui
> Sully et P. Ca;el, ibid. — D'Aubigné, 1. m, c. IB, p. SSR.
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LE ROI HARCHE COHUIE l/AnMÉE HlSPANO LKHEDSE. AUHALE. 31 1
comptait 6,000 hommes, quitta le camp de Rouen avec elle le 20 janvier, et s'avança au-devant de l'armée bispano-ligueuse '.
Les différends de Famèse et de Mayedue étant accommodés par les honteuses concessions que le dernier avait faites à l'Espagne, les deux ducs avaient joint leurs forces ensemble, et en suivant la route de la Fère>et de Péroniie, étaient arnvés à la frontière de la Picardie et de la Normandie, avec le dessein de secourir Rouen. Le roi résolut d'aller les reconnaître, de tout tenter pour attirer leur cavalerie, seule et séparée de leur infanterie, n un combat où il pouvait se promettre une victoire à peu près cert^e ; dans tous les cas, de harceler leur armée à chaque pas, et de leur disputer le terrain pied à pied. Ayant laissé le gros de la cavalerie à Neufchàtel, il poussa une reconnaissance jusqu'à Aumale avec quelques centaines d'hommes d'élite. Dans cette rencontre où il ht plus les fonctions de maréchal de camp que de général et de roi, et qu'il appelait lui-même l'erreur d' Aumale, il courut d'extrêmes dangers, et fut blessé aux reins d'nn coup d'arquebuse (5 février}. Mais il rejoignit son gros corps de cavalerie, et invincible à la douleur comme à la fatigue, il poursuivit son dessein, àoal les événements se chargèrent de montrer l'inteUigence et la sagesse. Après la prise de Neufchàtel, les ducs, poursuivant leur marche vers Rouen, s'étaient avancés jusqu'au bourg de Rure. Henri, campé à Duchy, à cinq lieues nordest de Rouen, attaqua et surprit les deux quartiers de Mayenne et du duc d' Aumale, du duc de Guise et du
> SuU;, (Econ. roy., c. S3, p. 90 A, 91 B, 91. — D'Anbigné, I. m, c. 13, p. 2SB, 860. — P. Cayel, I. iv, p. 359, 860. — Tiiuanua, I. cil, sjtb fin. — D'après les lettres missives, t. m, p. M9, SS3, S5S, Henri s'avance jusqu'à Gisora, le m j&nvier ; il ea revient et campe à Daruetal, devant Rouen, \e 19; il en est parti le 21, et séjourne alors à Sommereuil, en Picôdie.
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