DISPERSION DE L'ARMBB ROYALE. ROUEN DÉLIVRÉ
capitulerait. Par le fait seul que le siège avùt duré pendant cinq mois d'un rigoureux hiver, l'entreprise était manquée. En effet, le plus graad nombre des soldats étrangers avait succombé à la fatigue, à la maladie ou dans les combats. La noblesse, selon sa coutume, après quelques semaines de service, s'était retirée dans ses domaines. A la date du 29 mars, bien que Henri eût reçu un renfort de 6,000 Hollandais et Anglais, il ne comptait plus que 14,000 bommes dans son armée, et n'avait presque pas de cavalerie. Dès lors il se trouvait dans l'impossibilité à la fois de disputer le passage aux ducs, devenus depuis peu très-supérieurs en forces, et d'accepter contre eux une bataille pour les empêcher de faire lever le siège.
Instruits de l'état de faiblesse oii il était réduit, et principalement de son manque presque absolu de cavalerie française, Farnèse et Mayenne se rendirent en trois jours (16-19 avril), par une marche précipitée, des bords de la Somme sous les murs de Rouen; Non-seulement ils trouvèrent la route libre, mais ils contraignirent Henri, qui ne pouvait les attendre sans s'exposer à une défaite, de retirer ses troupes à Bans, à deux lieues de Rouen. Les ducs entrèrent le 20 avril dans Rouen délivré : ils détruisirent tous les travaux élevés par l'armée royale, ravitaillèrent la ville, et ne laissèrent plus de trace de la longue et pénible entreprise-du roi '.
La délivrance de Rouen ne devait être complète que
■ Pour lea cinq paragraplies [ir^cëdents, relntils au aiége di; Rouen, voir les leUres luissiTeB de Henri IV, t. 111, p. SOI, iSS, S6S-S70, iH- S77, 593, S9*, S99, 6i6, 617. — P, Cayet, L. m, p. 356.866. — Tiiuaiiua, 1. eu, an. — D'Aubigné, 1. m, c. 13, 14, [. m, p, Î58-Î65. —On lit dans ïei lellres àr Heori, des SO et iS avril ; n Sachans mes eunemys a que j'eBtoîs despourveu de cavallerie trançoise , ils aol usé de telle' » diligence, qu'en trois journées ils sont venus de la rivière de Somme n à moy; qui a esté cause que j'ay levé le siège. »
814 LtV. II. CD. V. COIBINJUSON DE HENRI. IL REFOIUIB SON ARMEE.
quand cette ville pourrait communiquer librement avec le Havre, recevoir des provisions par le cours de la Seine, et rétablir son commerce. Pour obtenir ce résultat, les ducs avaient à prendre Caudebec occupé par l'armée royale. La prise de cette place, importante par sa situation et par l'amas de vivres et de munitions que le roi y avait formé, était un complément nécessaire de la levée du siège de Rouen. Famèse et Mayenne se laissèrent prendre à cet appât, et après trois journées seulement de séjour à Rouenî ils portèrent leurs forces sur Caudebec dont ils s'emparèrent. A ce siège, Farnèse reçut un coup d'arquebuse, et fut dangereusement blessé au bras en deux endroits. De Caudebec ils se transportèrent à Yvetot, pour réduire le pays jusqu'à la mer et cbercher des vivres. C'était à cette démarche que Henri tes attendait. Quand il les vit enfoncés dans la Normandie, il résolut de les y enfermer et de les exterminer, tournant contre eux, par une combinaison de génie, leur succès d'un moment et la levée du siège de Rouen . Avant de se séparer de sa noblesse, il avait tiré d'elle la promesse de venir le joindre au premier appel. Cet appel, il le fit ; les gentilshommes y répondirent, les garnisons des places voisines y accoururent, et en quelques jours il réunit 23,000 hommes, parmi lesquels 6,000 cavaliers, forces très supérieures à celles de l'ennemi qu'il attaqua aussitôt.
Assailli par l'armée improvisée que son adversaire avait su rassembler, le duc de Parme disait « que le roi » faisoit la guerre en aigle. » 11 put se convaincre bientôt qu'il la faisait aussi en lion. En effet, Henri, du 28 avril au 10 mai, livra aux environs d'V'vetot cinq combats, dans lesquels les ducs essuyèrent des échecs successifs et très rudes. De plus, il les réduisit à une telle disette de vivres et de provisions, que dans leur camp le pain se vendit dix sous la livre, le vin trente sous la pinte, l'eau
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COMBATS D'YVETOT ET DK RANBON : DANCBR DES DUCS. 315
même des fontaines à un prix très élevé, tandis que }a paille et les fourrages manquaient absolument. Ils avaient déjà perdu le tiers de leur armée par la maladie, les combats et la désertion, quand ib levèrent leur camp le 11 mai, et allèrent prendre position à Ranson, village distant d'un quart de lieue de Caudebec. Davila et les autres écrivains militaires reconnaissent qu'ils étaient alors dans un extrême péril, dans une situation presque désespérée ■. Le roi les poursuivit l'épée dans les reins, attaché, avec un légitime acharnement, a leur perte qu'il lui fut donné ce jour-là de consommer. En ^et, ayant séparé son année en deux corps, il se mit à la tête de l'uD, et attaqua avec la plus grande vigueur les quartiers du duc, tandis qu'il envoyait Biron, avec l'autre division, donner contre le reste de l'armée ennemie dans Ranson même. Le corps que commandait le roi détruisit deux régiments hispano-ligueurs. De son côté, le corps commandé par Biron renversa tout ce qui se trouvait devant lui, tua huit cents hommes, mit le reste en fuite, et détruisit la cavalerie légère des ducs , composée de vingtdeux compagnies. L'armée des ducs était profondément ébranlée et découragée ; la victoire était à moitié remportée : pour l'achever, il ne fallait que vouloir et marcher. Dans ce moment le baron de Biron demanda à son père cinq cents chevaux, suffisants, disait-il, pour décider l'entière déroule des Espagnols et des Ligueurs. Le vieux maréchal les lui refusa en lui disant : u Maraud, nous » veux-tu donc renvoyer planter des choux à Biron 1 » Le jeune Biron, qui ne voyait alors qu'un éclatant succès qu'on lui arrachait des mains, s'écriait, dans les transpCffts de son indignation , que s'il étfdt roi de France, il ferait couper la tête au maréchal.
Farnèse s'aida de cette collusion : en capitaine con- ' t>KTila, 1. nu, t. m, p. «J.
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