PLAN UU ROI POUR DÉPENDRE LA CITADELLE ET REPRENDRE LA VILLE
pouvait encore sauver la citadelle de Calais, arracher la ville aux Espagnols et la rendre à la France. Le dessein hardi et intelligent conçu par Henri, dont on ne trouve l'exposé et la preuve que dans ses lettres et dans les mémoires de ses ambassadeurs, devait avoir infailliblement ce résultat * . Les moyens d'exécution étaient le rassemblement et la concentration, puis l'effort commun des divers corps de troupes et des armées qui , en ce moment, stationnaient soit en France, soit à l'étranger dans un rayon de quelques lieues autour du royaume. Les trois corps français, le premier formé par Saint-Paul, le second amené par le roi, le troisième rassemblé par Montpensier et déjà en marche, formaient ensemble un effectif de sept mille cincf c^nts soldats*. Le comte Maurice avait promis quatre mille Hollandais. D'Abbeville Henri dépêcha , le 18 , Sancy à Elisabeth, pour réclamer son aide, et si la reine disposait en sa faveur des troupes qu'elle tenait à Douvres, sous le commandi^ment du comte d'Essex , elle pouvait en cinq heures jeter seize mille hommes sur la côte de France. Ces divers contingents devaient, en se réunissant, former une armée de vingt-sept mille cinq cents soldats, plus que capable de reprendre aux Espagnols leur conquête , ou de les y écraser. Sancy, employé par le roi dans cette affaire, dit en parlant du seul secours que l'Angleterre pouvait fournir :
• Le roi résolut de m'envoyer en diligence en Angleterre prier la reine de faire avancer Tarmée qu'elle avait toute prête à Douvres pour l'entreprise de Cadix, et la faire paraître deva/it Calais, estimant
' Ce n'est que dans les lettres du roi et les mémoires de ses ambassadeurs, notamment de Sancy. que l'on trouve l'exposé de ce plan : on le chercherait vainement ailleurs.
' Le corps de troupes rassemblé pour le secours par S*-Paul, Belin, MonUuc avait 800 soldats ; le corps amené par le roi 1,500 hommes; le corps envoyé par Montpensier 5,Î00 hommes : total 7,500 hommfs. (Thuanus, 1. GXVI, § 0, t V, p. GOO, 60i.)
190 LIV. V.CH. VI. DEMANDES QU'lL ADRESSEA LA HOLLANDE ET A L*ANGL.
qu*à la Tue de cette année, qui était de quinu ou $ei%e nUUe l celle d'Espagne quitterait ce dessein^ cf/mme elle eût fait tant doute, si Vautre 's'y fût aussi promptement présentée comme elle en avait le moyen ; car Varmée était à Y ancre , et pouvait en einq heures faire l'effet que nous désirions d'elle. »
Le roi écrivait au connétable le 1 8 :
• J'ai dés ce matin dépéché en Angleterre, pour solliciter U reine de me prêter toutes ses forces : si elle fait, et que ceux des États (les Hollandais) m*envoyent aussi les quatre mille hommes qu'ils m*ont promis, je penserai avoir de Tavantage sur les ennemis, et en nombre d'hommes, et en quantité de bons chefs ^ »
L'heureux coup de main des Espagnols pouvait et devait se terminer par un désastre. Le roi fit marcher de front les deux parties de son plan : le secours de la citadelle , la réunion et la concentration des forces françaises et étrangères contre l'armée espagnole pour la reprise de la ville. Dans l'exécution de ce dessein, il apporta tout ce qu'un homme pouvait y mettre d'activité, d'énergie , de mépris du danger, d'opiniâtreté héroïque.
D'Abbeville il passa le même jour 18 à Saint- Valéry. Là il envoya un exprès à Bidossan et à sa garnison, pour les informer qu'il les secourrait, et pour leur défendre de se rendre sur peine de la vie -. Là encore ayant appris que Saint-Paul, Belin et Montluc, battus par la tempête,
* Sancy, discours sur l'occur. de ses affaires, en suite des Mém. d*E:?tal do M. de Villeroy, p. 202. — Lettre du roi au connétable en date du 18 avril, t. IV, p. 571. Dans ces deux extraits, nous ne const-rvous pas l'orthographe du femps.
* Lettre missive au conuétable, datée du 48 avril et de Saint-Valery, lu secriude de cl» jour. « Je vous euvoye ce porteur en toute diligence M pour vous dire comme la ville de Culais se rendit hier. I-a citadelle » tient encore», et le moyen qu'il y avoit de secourir la ville, nous » Tavons de secourir la citadelle. A Saint-Valery XVlll* avril. » — Lettre missive du 2U avril. «Je vous adverlisjeudy, de Saint-Valéry.... » Je depescbay aussitost à ceux de la citadelle que je les secourois, » et qu'ils ne se rendissent poinct sur peine de la vie. » (Tome IV, p. 572, 573.}