LIV. V. CH. I. CRAINTE ET INDIGNATION DES BOURGUIGNONS
Franche-Comté, Suisse, Allemagne et Lorraine, et pour ce qu'elle appartenait de droit et par légitime succession au roi d'Espagne, duquel il y aurait moyen cTen obtenir la cession^ et par faide du Pape et de f Empereur la faire ériger en royaume, comme elle en avait porté le titre autrefois * . » Pour servir cette dernière ambition, pour amener l'Espagne à la favoriser, Mayenne, au sortir de Laon, s'était rendu dans les Pays-Bas, et avait entamé à Bruxelles des négociations avec l'archiduc Ernest, alors encore vivant , et avec les ministres de Philippe II. Ses démarches, le but auquel il tendait, furent bientôt connus en Bourgogne, et y excitèrent la plus vive fermentation. Si le roi catholique se prêtait aux vues de Mayenne, la province devenait Lorraine : s'il profitait des extrémités auxquelles le duc était réduit pour le dépouiller, elle passait sous la loi de l'Espagne : dans les deux suppositions les Bourguignons perdaient leur qualité de Français, au milieu du déchirement du royaume, et cette pensée les indignait. Deux autres griefs les animaient contre Mayenne. Il avait cherché à retenir de force les villes dans la sujétion, et particulièrement Seurre, Chàlon, Dijon, la capitale du pays, Beaune enfin, dont il disait : a Que qui lui ôterait » Beaune hii arracherait le cœur, » parce que cette ville alors très forte, située entre Châlon et Dijon, tenait sous sa dépendance une partie considérable de la province. Il avait mis dans les châteaux des villes des aventuriers ne connaissant d'autre loi que sa volonté, prêts à servir son despotisme par les plus violents et les plus vils moyens, à Beaune Montmoyen , son serviteur particulier, à Seurre l'italien Guillermino, à Dijon l'italien Franceschi. H avait distribué dans l'intérieur des villes des garnisons presque toutes composées de soldats étrangers, qu'il avait afiran-
* Sully, QEcon roy., ch. 56, t. I, p. 171. Nous ne conservons pas TorUiographe un temps.