OPPOSITION DU PEUPLE : FAUX CALCULS DES NOTABLES
classe des paysans, puisqu'il u'atteignait pas lesvillages^ En peu de temps, il devait par son produit permettre de diminuer les autres impôts, notamment la taille. Le peuple devait donc l'accepter avec transport : loin de là, il le combattit à outrance, surtout en Poitou, Saintonge, Limosin, Périgord, Agenois, Quercy ^. Sa résistance s'espplique par des dispositions permanentes et par des circonstabces particulières. Le peuple, surtout dans les provinces du midi dç la France, a fait de tout temps une violente opposition aux nouveaux impôts, qu'il a considérés comme des attentats à sa liberté , et non comme une dette payée à la patrie. En 1596, la misère était au comble : un impôt surles consommations était «jouté aux impôts personnels que la nécessité forçait de maintenir provisoirement dans leur entier. Le peuple des villes et des bourgs fut uniquement sensible au léger renchérissement dans les denrées que produisait le sou pour livre, ferma les yeux sur les résultats avantageux qu'il devait amener plus tard , et s'opposa avec fureur à son établissement ^.
. Les Notables n'avaient compté ni avec la misère de la masse de la nation, qui restreignit pendant longtemps les achats au strict nécessaire, ni avec la fraude, ni avec les soulèvements du Poitou et des provinces voisines, qui
* Legrain, p. 82S, dit: « ez villes closes,» ce qai exclut les villages.
« D'Aubigné, 1. IV, 1. 111, p. 382.
*' Le sou pour livre rencontra dès le principe une opposition passionnée dans les provinces du Midi et bien avant la révolte de 1602. Sully, (Econ. roy., ch. 73, t. i, p. 245 A. « En premier lieu à cause des » grandes difficuitez que les membres du Conseil de raison rencon- » troientei\ rétablissement de ce beau sol pour livre dont ils avoient » fait tant de cas au Roy. » •— Legrain, Décade, 1. VI, p. 324. « Plu- » sieurs provinces se rendirent refractaires aux commissaires envoyez » par le Roy pour establir cesle pancarte, spécialement les plus reculées 0 du Parlement de Paris, et entre celles-là le Poictou et autres adja- » centes. »
â7i LIV. y. cil. IX. LES GAGES DES FONCTIONNAIRES nECULÊS D*(JNB ANNÉE.
s'opposèrent à rétablissement du nouvel impôt dans une partie du royaume. Les Notables avaient estimé le produit annuel du sou pour livre à cinq millions : il ne ren- ^t jamais au delà d'un million cent mille livres ^ Ils se trompei*ent encore dans l'espoir d'accroître sur-le-champ -ies produits de plusieurs branches des revenus publics. Ces augmentations ne vinrent que bien plus tard, 'à la suite de pénibles et lentes améliorations; et ce n'est qu'après les réformes de Sully, et dans les dernières années du règne, que l'on trouve le chiflFre de trente millions de ' recettes, qu'ils avaient rêvé pour l'année 1 597 *.
Si les Notables ne soupçonnèrent et ne prévirent aucun des mécomptes de leur calcul, aucun, des obstacles qui s'opposaient pour longtemps à la réalisation de leur plan, ils sentirent du moins qu'il ûe pouvait avoir une exécution immédiate. L'augmentation du produit des anciens impôts par les réformes, le produit du sou pour livre ne devaient avoir leur effet que dans quelques mois au plus tôt. En attendant, pour tirer le gouvernement de la détresse où il était réduit , la France, des dangers qu'elle cx)urait, ils recoururent à un expédient. Ils statuèrent que les gages des officiers, c'est-à-dire les appointements de tous ceux qui servaient l'État dans Tordre civil, seraient reculés d'une année. Cette décision reçut son exécution sans délai, et les fonds affectés aux appointements de ces fonctionnaires furent versés dans le Trésor du roi. Les lermes dont se servent les historiens contemporains pour exprimer le concours des Notables dans ces diverses me- • sures financières, impliquent une décision et non une simple proposition 3.
• Sully, OEcou. roy., ch. 70, p. 237 B, à la fin.— Les états recueillis par Forbonnais, t. I, p. 97. — Leprain, Décade, I. VI, p. 324.
• Les états publiés par Forbonnais, t. J, p. 126.
• Legrain, Décade, 1. VI, p. 322. « \a conclusion de l'Assemblée fut » quUl falloit faire un fonds, et que les plus prompts moyens d*en