EXAMEN DES RESSOURCES ET DBS DÉPENSES PAR LES NOTABLES
traient de lever les deniers le plus insensiblement que faire se pourrait, et avec la moindre oppression du peuple*.
Si Ton en croit Tun des auteurs des Mémoires du temps, Gabrielle d'Estrées, témoignant à Henri. son étonnement sur ce qu'il avait parlé de se mettre en tutelle, le roi lui répliqua : « Ventre saint-gris, il est vrai, mais je Ten- » tends avec mon épée au côté *. » En prenant sur un seul témoignage cette parole pour authentique, Ton n'y peut voir que l'expression d'une politique intelligente et ferme. Henri entend que la participation des Notables aux affaires publiques ne devienne pas le signal d'une révolution qui bouleverse l'édifice social de fond en comble ou rallume les feux de la guerre civile ; et si les Notables pouvaient imiter un seul instant la factieuse conduite des derniers Etats de Blois, le roi interviendrait alors avec sa puissance executive, et arrêterait le mal. C'est son droit et son devoir, et son mot n'exprime pas autre chose.
Les 5 et 6 novembre, l'assemblée se constitua et se divisa en trois chambres. Le 8, elle commença ses travaux en se rendant compte d'abord des ressources et des charges* Les revenus publics ne montaient qu'à vingttrois millions du temps , dont seize millions en tailles et le reste en autres droits. Les charges montaient à seize millions. D'où il résultait que pour subvenir aux frais de la guerre, pour entretenir les fortifications, les grands chemins, les ponts et chaussées^ la maison du roi, sans parler de la marine, dont il n'était guère alors question, l'État ne pouvait disposer que de sept millions ^. Cette somme était tout-à-fait insuffisante, et les Notables réso-
* Cheverny, Mém. dans la collect. Michaud^ t. X, p. 55!. — Legraii), Décade, 1. VI, p. 321, 322.
* LestoUe, Reg. joum. du règne de Henri IV, p. 279 A.
« Groulart, Voy. en cour, ch. 7, p. 565, 566.— Véronde Forbonnais, Recherches sur les finances de la France, t. 1, p. 28, 29.
m UV. V CH. IX. ÉTABLISSEMENT DE L*IMPÔT DU SOU POUR LIVRE.
lurent^ en portant les recettes de vingt-trois millions à trente, d'augmenter les ressources de sept millions. Pour combler la différence et se procurer les sept millions en plus, ils résolurent de réformer et d'améliorer quelquesunes des branches des revenus publics pour deux millions, et d'établir un nouvel impôt nommé sou pour livre ou pancarte^ dont ils estimèrent le produit à cinq millions. Ils statuèrent donc qu'on lèverait un droit d'entrée d'un sou pour livre sur toutes les denrées et marchandises qui se vendraient désormais dans les villes, bourgs fermés, foires du royaume, excepté sur le blé, comme étant la .nourriture du pauvre *. Le sou pour livre était sous un autre nomles octrois et les impôts indirects d'aujourd'hui, mais étendus à un bien plus grand nombre d'objets. La plupart des impôts de l'ancienne monarchie firappaient le peuple seul, et principalement le peuple des campagnes. Dès l'établissement du sou pour livre, les esprits réfléchis virent clairement que le nouvel impôt était plus juste et plus également réparti. L'un des contemporains dit en termes formels : « C'est la plus juste » et la plus raisonnable subvention que l'on puisse in- » venter , parce que toutes personnes y contribuent et à ?) l'égal, selon les facultés de chacun, sans qu'il soit be- » soin de les discuter. Car chacun y contribue selon qu'il » a moyen d'avoir des marchandises, et autant l'ecclé— » siastique et le noble que le roturier et non privilégié*.» Le sou pour livre épargnait la presque totalité de la
1 Sully, OEcon. royales, ch. 70, t. I, p. 237 B, 239 B. — Le texte pour le premier édit de la pancarte, ou droit d'entrée sur toutes les denrées et marchandises, en toutes villes, bourgs, bourgades, foires du royaume, dans Fontanon, t. Il, p. 531. — Mezeray, t. III, p. 1186, 1187. « Sur toutes marchandises, excepté sur le bled, qui » est la nourriture des pauvres. »
• Legram, Décade de Henri le Grand, 1. VI, p. 322, in-folio, Paris, \G\k, — Plusieurs des contemporains nous semblent avoir jugé le sou pour livre bien plus sainement que quelques historiens modernes.