SES VICES ET SES DANGERS. AVIS DU CONSEIL DU ROI
exclusif du pouvoir exécutif, de soustraire à tout contrôle et à toute responsabilité, les délégués de ce corps, lesquels auraient dû devenir comptables. Livrer au Conseil de raison la moitié des revenus publics, c'était, comme on le comprit et comme on le dit alors : <c dresser autel » contre s^utel, former un Estât dans l'Estat, partager » Fautorité royale *, » et les résultats de cette innovation étaient de donner peut-être à Henri les plus dangereux ennemis qu'il eût eus encore. En effet, que le Conseil de raison devînt un seul moment accessible à l'ambition et" à l'esprit de révolte, il attaquait la royauté avec la moitié de l'argent de la France , et^ en abaissant^ en dégradant le roi, il replongeait le pays dans la guerre civile et dans l'anarchie. Les plus factieux et les plus imprudents États-généraux n'avaient pas surpassé les Notables en audace.
Ces propositions, qui formaient la partie politique du travail des Notables, furent présentées au roi le 26 janvier 1 597, en même temps que les demandes de réformes administratives contenues dans leurs cahiers, sur lesquelles nous reviendrons tout-à-l'heure. Les ouvertures des Notables concernant l'établissement du Conseil de raison furent accueillies par le Conseil du roi avec indignation, par Henri avec crainte, et son Conseil lui proposa tout d'une voix de les rejeter. Rosny seul le pressa secrètement de les accepter, et de conjurer, par l'adresse et la patience seules, les conséquences de cette grande imprudence, appuyant son sentiment sur des raisons tirées de la connaissance des hommes et des affaires. La continuation de la guerre contre l'Espagne , lui disait-il, exigeait impérieusement que l'on adoptât les mesures qui augmentaient réellement les revenus publics, quoique
' Groularl, Voyages en cour, ch. Vll, p. 573, 574. — Sully, (Econ. roy., di. 70, p. 138.