DE L^AVEU DE TOUS. ERREURS ET FAUTE DE LA NATION
concours une monarchie tempérée et un bon gouvernement . On a dit que quand le Conseil de ï*aison résigna ses pouvoirs, la France donna sa démission entre les mains du roi. C'est l'expression piquante .d'une vérité. Le nord et le centre du royaume, soupirant alors uniquement après Tordre et le repos, et le voulant à tout prix; etFrayés de l'audace des Notables , et des conséquences qu'elle pouvait entraîner ; frappés de l'incapacité administrative du Conseil de raison, applaudirent à sa chute et à la suspension indéfinie des assemblées lé^slatives. En 1602, les provinces du midi se révoltèrent contre la perception de l'impdt du sou pour livre; mais elles ne réclamèrent en aucune manière une convocation nouvelle de députés du royaume ; elles avaient leurs États particuliers, et ne se souciaient ni des États-généraux ni des Notables. On trouve dans deux historiens du temps, Lie Grain et Sully, Texpression du sentiment de la masse de la nation. Le Grain dit : « Le roi abolit en son règne la loi desÉtats- » généraux plutôt que de la profaner à l'exemple de ses n prédécesseurs. 71 a rendu sa domination si douce, que » ses sujets en ont tiré plus (T heur y de profit, de soulage- ^» menty que les annuelles assemblées des Etats-généraux » ne leur en eussent ^u apporta. » Sully dirige dans ses (Economies royales un chapitre entier contre les assemblées nationales, tendant à prouver qu'en tout temps elles ont été inutiles ou funestes au pays. On ne pouvait leur faire une oraison funèbre plus aigre et plus dénigrante. Sully, fidèle en matière de subsides au sentiment de Comines, admet bien que la nation doit voter les sacrifices qu'elle s'impose ; mais son thème est que cela fait^ elle n'a plus ni à se réunir ni à se mêler du gouvernement, tâche dont la royauté, qu'il veut du reste modérée, s'acquittera incomparablement mieux qu'elle *. Les Par-
*LeGrain,Decad.,l.VI,p.3îl.— Sully, CEoon.roy.,ch.70,t.I,p. 280, 237.
288 LIV. V. en. IX. LE ROI ÉTABLIT LA MONARCHIE TEMPÉRÉE.
lements, de leur côté, se gardèrent bien de réclamer. Ceux des provinces craignirent d*ébranler la paix publique dans un pays encore si fort agité , et de se rendr<{ odieux. Celui de Paris avait l'ambition de succéder par les remontrances, par Tenregistrement accordé ou ref usé, à l'autorité des Notables et des États-généraux, qu'il avait essayé de supplanter au commencement de 1 589 eten 1 593. Ainsi les assemblées nationales périrent sous ce règne, de l'aveu; de l'assentiment de tout le monde. Ainsi toutes les classes de la nation se rendirent complices de cet acte de renoncement à soi-même, se livrèrent à la discrétion du pouvoir, remirent leurs destinées à la volonté d'un homme, au lieu de les placer sous la protection d'institutions politiques. C'était une lourde faute, une souveraine imprudence. La garde de la liberté demande moins d'entratnement irréfléchi, plus de prévoyance, plus de suite dans les idées et dans la conduite, plus de désintéressement dans leslcorps dépositaires de quelques partie» des pouvoirs publics, plus de patriotisme et de résolution dans les masses qu'on n'en eut chez nous à la fin du xvi* siècle.
La nation avait renvoyé au roi la puissance discré-' tionnaire, le pouvoir dictatorial. La modération de Henri n'y trouva même pas la tentation d'un excès ; il n'usa de cette puissance qu'avec une sagesse et une retenue infinies. En ce qui touchait à la constitution, il acheva l'établissement de la monarchie tempérée qu'il avait inaugurée à l'assemblée des Notables, en augmentant les prérogatives des corps conservateurs, en donnant pour contrepoids au pouvoir souverain les libertés locales des pays d'Etats, les libertés municipales, qu'il respecta toutes, et dont il développa quelques-unes. Quant à l'administration, il la réforma avec une rapidité , la perfectionna dans une mesure qui émerveillent : de plus il la régla