‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 176 sur 344 · AMBASSADE ENVOYÉE AUX PRINCES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AMBASSADE ENVOYÉE AUX PRINCES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

Ancel aux princes protestants et aux villes d'Allemagne , pour les engager à lui prêter secours dans une lutte qui était Tafiaire de l'Europe entière y en même temps que le danger de la France. Du mois de décembre 1596 au mois d'avril 1597, les négociateurs parcoururent les diverses cours d'Allemagne, visitèrent l'électeur Palatin , le marquis d'Anspach, le duc de Wurtemberg, le prince de Bade, le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick, les princes d'Anhalt, le régent de Saxe, l'électeur de Brandebourg. Ils leur représentèrent, dans les termes les plus forts : Que Philippe II travaillait depuis trente-six ans à l'établissement de sa monarchie sur toute la chrétienté par l'asseivvissement de ses voisins, et qu'il poursuivait actuellement cette œuvre ambitieuse par l'invasion projetée de la France, de l'Angleterre, de la Hollande. Que l'Allemagne, si elle ouvrait les yeux, devait voir la domination espagnole s'approcher d'elle par l'occupation de Rhinberg et d'autres villes sur les bords du Rhin ; par les garnisons mises dans quelques places de la Westphalie; par les incursions des soldats espagnols jusque dans la Hesse ; par l'étroite union rétablie entre la branche espagnole et la branche allemande de la maison d'Autriche, la cour de Vienne attendant désormais, dans toutes les questions importantes, les décisions de Madrid et les oracles de l'Escurial. Si des a£faires politiques on portait son attention sur les affaires de conscience , les princes professant la réforme devaient savoir ce qu'ils avaient à attendre, eux et leur religion, du roi catholique, qui, hors de l'Allemagne, après avoir exterminé les protestants dans tous ses États, trempé dans le massacre des huguenots français, continué depuis tant d'années une guerre acharnée contre l'Angleterre et la Hollande, sans cesse attenté à la vie d'Elisabeth et des princes d'Orange, avait en Allemagne dicté récemment à l'empereur, son parent , les rigueurs contre les protes-

S9S UV. 1. Ci. T. ELLX T ABDIE ATCni USCLTAT.

tmts dWix-lfr-iiha^wik. rexdaâoa des princes proiestairt» de rftiminLsIratîoa da dodie de Qèves. La scdidarite de rindefieodaneepolît^iie. bsolidant^ de la liberté refigieiee demaaJaieiit «jne tons les somnarains de FEorrope s'untstieiit eooire <c« eocmniin ennemi. Henri, par Tor^ane de ses amb«ââadear> ^ pressait donc les princes aUemandb d'arireder à la Bne offsnsÎTe tri déiensiFe formée Tannée (vécedente par la France. rAn^elene, la HûUande. 0 les soilieitait en outre de loi foomir on continssent de quatre mille fantassins et de miDe cavaliers» 50«idoyès par eux poor deux ans. Les puisantes raisons dont Bonearset Ancel avaient appoyé leur demande laissèrent dans les esprits des in^Nressions qoi plus tard infinèrent sor les déterminations de r Allemagne ; mais alors elles ne décidèrent personne à aeeneillir la demande diemême. La récente abjuration de Henri IV. les revers essorés par la France an nord . et la perte d* Amiens dans le coiu^ même des néâx^iations « avaient rebtMdi les amitiés et alarmé les intérêts: la considération de la guerre de Turquie . les actives menées de Tambassadeur es^)agnol Mend<>za traversèrent et firent échouer les démarches du roi et de ses négociateurs. Ils ne retirèrent des princes allemands que de stériles protestations d*intérèl, et quelques secours particuliers insignifiants ".

Tandis que le roi cherchait en vain à se ménager du côté de l'Allemagne une grande assistant dans sa guerre contre Philippe II , le pape faisait les premières tentatives pour amener les deux som-erains à un accord et à la paix. Clément VIII était un grand , et par plusieurs cAtés un saint pape. Après avoir brisé la cliaine à laquelle Philippe II avait tenu ses prédécesseurs, il avait, au moment où il prononça Tabsolution de Henri IV. pris le rôle de médiateur, d'arbitre des dif-

» Hiiudiu, I. CXVin, § 1-4. t. V, p. 66i-iî7J.

MEDIATION DE CLÉMENT VUl. SA CONDUITE ANTÉRIEURE. 293

fél^ends entre les souverains derEurope, de père commun des fidèles. Son dessein était d'assurer par les traités l'existence encore menacée de la France, de donner un contre-poids à la puissance de l'Espagne , d'assurer ainsi l'indépendance du Saint-Siège et des autres États de l'Europe. Il voulait terminer une guerre qui ensanglantait la Chrétienté^ comblait la mesure des souffrances et. de la misère des peuples, ruinait de fait la religion, dans tous les lieux qui en étaient le théâtre, par les fureurs et l'épouvantable licence des gens de guerre, source féconde de toutes les impiétés , en même temps que de toutes les violences. Il espérait que Henri IV et Philippe II réconciliés, enverraient, avec lui, des armées au secours de l'Autriche et à la défense de la Hongrie, protégeraient la religion et les nations chrétiennes contre l'attaque des Turcs, borneraient les conquêtes de ce peuple, arrêteraient les progrès de l'islamisme et dl la barbarie dans l'orient de l'Europe. Le premier des princes de rOccident, il avait envoyé au mois d'août 1 595, douze mille hommes seconder l'effort des Allemands contre les Osmanlis et prendre part à la conquête de Gran * : il levait maintenant une autre armée à laquelle il donnait la même destination. A ces nobles projets se mêlaient, en les déparant un peu, des vues d'intérêt, et la passion contre les puissances protestantes. Au mois de juillet 1596, Philippe U avait ourdi un complot contre la vie de Clément VI li, pour le punir de ses libres actes de l'année précédente*. Le pape cherchait à mettre ses jours à l'abri : il espérait, au cas où il parviendrait à persuader au roi

» p. Cayet, l. VII, p. 705-707.

< Lettre missive du roi à M. de Villeroy, du 13 août 1596, t. IV, p. 635. « Souvenés vous de faire la depesche de mon cousin le duc n de Luxembourg pour Rome, et qu'elle soit preste à partir aussy tost » que je seray par delà; mesmement sur l'advis qtte fay eu que Sa » Saincteté a descouvert une entreprise sur sa vie, de la trame d'Es- » pagne, dont Va adverty le cardinal Sforce. »

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d'Espagne de le prendre pour arbitre, que ce prinde, en acceptant sa médiation, en terminant sa lutte avec la France, oublierait ou amnistierait les incidents de cette lutte; qu'il lui pardonnerait d'avoir tiré le Saint- Siège de la dépendance et de la vassalité; d'avoir absous et aidé son rival. Il se flattait que les armes du roi catholique n'ayant plus d'occupation contre la France, s'emploieraient contre l'hérétique Hollande, l'hérétique Angleterre, et y détruiraient la révolte contre l'Eglise *. Le temps n'était pas encore venu où Ve»prit de l'Evangile dominerait ftssez les papes, pour qu'ils

' Voici les précieux renseignements fournis par les lettres de d^Ossat sur Tesprit et les dispositions de plusieurs cardinnux et du pape Clément VIU à l'égard de TEspagne en 1597, sur les projets et sur plusieurs actes significatifs du pontife.

Dépêche de d'Ossat du 17 janvier 1597, lettre 92, t. II, p. 325-327, AmsterdanjL 1708, iu-12. v Le cardinal Sforza, qui est de noble et » illustre (ntraction, courageux et généreux à merveilles, entendu en n affaires d'Etat autant ou plus qu'autre que je connaisse par deça^ porte » fort impatiemment la tyrannie des Espagnols. — Le cardinal Aquaviva » est aussi fort noble et généreux ; il a pu sentir d^autani plus la pe" n santeur de la domination espagnole, qu'il est né et a été élevé sous M icelle, et y a tous les siens. »

Dépêche du !•' février, lettre 96, t. H, p 367. « Encore que le M Pape n'ait aucune mauvaise affection envers le roi, ni aucun amour » vers le roi d'Espagne. » Nous transcrivons ici ce passage pour faire connaître les dispositions de Clément VUI à Tégard de Henri IV et de Philippe IL On trouvera plus loin, aux notes des pages 299, 300, la suite de cette citation et l'expression de la haine du pape contre les puissances hérétiques.

Dépêche du 18 février, lettre 98, p. 384. « Sa Sainteté me dit quelle » ne cesseroit de procurer la paix entre les princes chrétiens, l'esti- » mant nécessaire à toute la Chrétienté, et utile à chacun des dits M princes en particulier. Et quand il n'y auroit autre considération » que celle de la religion, qui pâtit trop en temps de guerre, il conti- » nueroit à promouvoir la paix par tous les moyens dont il se pour- >) roit aviser. »

Dépêche du 20 avril, lettre 10'», p. 455. « Sa Sainteté s'est résolue » d'envoyer secours à rEm{)ereur pour la guerre de Hongrie contre » le Turc, et comniença-t-oii à sonner le tambourin dans Rome même )) le 14 de ce mois. On dit qu'il y envoyé huit mille hommes de pied et » mille ou douze cents de cheval, qui seront commandés par le seigneur » Jean-François Aldobrandin.»

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