SUITE DE LA CONJURATION DES HABITANTS DE BEAUNE
ses sujets opprimés, de favoriser le mouvement insurrectionnel et national qui se produisait. Aussitôt après la déclaration de guerre à l'Espagne, il envoya en Bourgogne un corps d'armée avec le plus hardi de ses capitaines, le maréchal Biron , qu'il avait déjà désigné et qu'il nomma peu après gouverneur de la province à la place de Mayenne *.
Dès que le maire Bellin eut nouvelle, à la fin de janvier 1595, de l'approche de Biron et des troupes royales, il réunit dans une assemblée secrète les échevins, les principaux citoyens, les représentants de l'ordre judiciaire et du clergé, et leur proposa de se concerter avec le maréchal pour renverser l'autorité de Mayenne et rétablir celle du roi. L'entreprise fut résolue à l'unanimité, et il est remarquable que les chanoines de la collégiale s'associèrent, à ce vote : le clergé lui-même rompait avec la Ligue guisarde et espagnole. Les conjurés envoyèrent un des échevins au sieur de Vaugrenan, gouverneur royal de Sainte Jean-de-Losne, pour porter à Biron leurs propositions. Ils offraient de prendre les armes et d'attaquer la garnison : ils demandaient au maréchal de s'approcher avec un corps de troupes et de les aider dans ce combat. Biron leur promit de donner le chauge à l'ennemi en feignant de conduire son armée au siège de Chàteauneuf ; de tourner tout à coup vers eux ; de se porter par une marche imprévue et rapide sous leurs murs, et d'y paraître le dimanche 5 février à deux heures : il leur recommanda expressément de s'assurer de l'une des portes de leur ville pour donner entrée à ses soldats. Cette fois les habitants de Beaune furent trahis non pas par un membre du con-
1 Dès la fin du mois de janvier 1595, le roi avait désigné Biron pour gouverneur de Bourgogne. U ne le nomma officiellement et ne lui délivra ses lettres-patentes que le 20 avril 1595 (Thuanus, l. GXII, § 3, t. V, p. 457. — Dom Plancher, 1. XXIIl, t. IV, p. CM. — Le P. Anselme, t. VU, p. 36i).