‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 17 sur 344 · RÉPRESSION SANGLANTE ET PRÉCAUTIONS MILITAIRES DE MAYENNE · texte numérisé non relu

RÉPRESSION SANGLANTE ET PRÉCAUTIONS MILITAIRES DE MAYENNE

tête tranchée siir Téchafaud de Morimont : beaucoup d'habitants, et dans ce nombre quelques conseillers du parlement de Dijon, furent envoyés prisonniers à la citadelle : d'autres furent ruinés par les confiscations (29 octobre 1594).

Après avoir annoncé sa venue par ces exécutions, Mayenne arriva à Dijon le 2 novembre. Son premier soin fut de députer Harlay de Chanvalon à la cour de Madrid pour renouer et resserrer son alliance avec Philippe II, et pour obtenir le consentement de ce prince à Térection du royaume de Bourgogne. Il prit ensuite toutes les mesures tendant à assurer l'asservissement des villes de la province. Pendant son séjour à Dijon il augmenta la garnison du château. Il envoya un corps de troupes à Beaune, donnant ainsi à la ville une garnison qu'elle n'avait pas encore eue jusque-là, indépendante de celle du château, et destinée à réduire la garde bourgeofseà l'impuissance. n dépiVha ses deux ingénieurs italiens Camille et Carie pour visiter et examiner la place. Il suivit de près ces officiers, et il entra le 10 novembre dans Beaune. Il ordonna d'abattre les vastes et populeux faubourgs de la ville, et fit démolir deux mille maisons, sans se soucier de la ruine et de la désolation d'une population entière *. Une pauvre veuve, entre autres, lui amena ses six enfants en bas âge, et lui dit qu'il leur coupât donc la gorge, puisqu'il avait détruit la maison dont le produit fournissait seul à leur nourriture. Il fit ensuite élever de nouvelles fortifications près de l'église de Sainte-rMadeleine, et prescrivit de murer toutes les portes hormis deux. Son but était d'empêcher à tout prix les communications et les intelligences des habitants avec les royaux du dehors, de

* Les faubourgs détruite furent ceux de Saint-Jean, de la Madeleine, du Pcrperet, de la Bertonniëre, de Saint-Nicolas, et une partie de celui de Saint-Martin.

30LlV.y . CH.l. IL PÈSE SURDIJON ET SUR BEAUNE, ET APPELLE L*E8PAGN0L.

prévenir les approches imprévues de rennemi et les sur prises. Il comptait que ces précautions mettraient Beaune à l'abri de toute attaque, et que les habitants, perdant l'espoir d'être secourus par les lieutenants du roi , renonceraient au projet de conjurer désormais contre son usurpation. Il enjoignit ensuite à Camille et à Carie de mettre dans un pareil état de défense les autres places de Bourgogne restées en son pouvoir. Il quitta Beaune pour retourner à Dijon, où il passa l'hiver, tenant le pied sur la gorge à l'une des deux villes, surveillant l'autre ; appelant en outre le connétable de Castille et l'armée espagnole du Milanez à son secours ; plaçant les peuples de son gouverment entre ses garnisons et l'étranger *.

Ainsi menacés au dedans et au dehors, serrés entre deux ennemis, les Boiu'guignons semblaient n'avoir qu'à baisser la tète et à se résigner à l'esclavage. Mais on était alors à une époque d'héroïques efforts, et les Bourguignons résolurent de périr ou de rester Français et de s'affranchir. A la fin de la Ligue ils continuaient cette série d'actes où la boiu'geoisie, depuis la défense de Dieppe jusqu'à l'insurrection de Lyon et de Paris, avait joué les biens et la vie pour le triomphe de son opinion et delà cause nationale. Les citoyens de Beaune et des autres villes de Bourgogne informèrent le roi de leur dessein, et de la ferme résolution où ils étaient de le poursuivre à travers tous les dangnrs, en tenant les promesses qu'ils lui avaient précédemment adressées. Henri, de son côté, arrêta de prévenir le démembrement dont la France était menacée par la distraction de la Boiu*gogne, de délivrer

* Pour ces trois paragraphes, voir la pièce contemporaine intitulée : Discours de la prise des ville et chasteau de Beaune, par M. le mareschai de Biron, Paris ^ Claude de Monstreil, 1595, in-8, de 32 pages, p. 9- 15. — Thuanus, 1. CXII, § 3, t. V, p. 457, 458. — D'Aubigné , t. HI, 1. IV, ch. 7 (et non 6), p. 860. — Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, l. XXm, L IV, p. 621.

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