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LE PARLEMENT DE ROUEN. LIBÉRALE MODÉRATION DU ROI

résistèrent deux mois encore, et cédèrent moins qu'ils ne composèrent, quand Henri eut réduit de moitié la cotisation qu'il demandait à la ville de Rouen, ainsi que le nombre des charges de judicature qu'il voulait établir, et quand il les eut menacés de recourir à un lit de justice et à la force armée.

Ces détails contiennent l'histoire de l'esprit public en ce temps. Trop souvent on ne rencontre dans ceux qui sont appelés à influer sur les destinées du pays que des vues étroites, des passions égoïstes, l'esprit de corps et de la localité. La royauté seule s'élève aux considérations d'ensemble, s'occupe seule des intérêts généraux et des dangers publics, se trouve avoir le monopole de la grande politique et du patriotisme. Bien que le roi eût la conscience de sa supériorité, et tant de raisons de se plaindre des Parlements, il se garda bien de les abaisser ou de les corrompre, de les réduire, comme sous Charles IX et Henri HT, à enregistrer ses volontés. Il connaissait trop le faible du pouvoir absolu, pour ne pas accepter la liberté avec ses inconvénients; pour ne pas laisser à ses cours de justice leurs remontrances, leurs oppositions, leurs len- . teurs à obéir, dont la couronne avait à faire souvent son prqfit, tantôt pour le fond même des mesures, tantôt pour les détails. Nous verrons bientôt les Parlements, dans plusieurs circonstances importantes, exercer utilement les prérogatives qu'il leur laissa, mais en prévenant l'abus qu'Us pouvaient en faire, en préservant la chose publique de leurs écarts et de leurs erreurs.

Le roi, sorti avec des peines infinies des contradictions qu'il avait rencontrées dans les Parlements, ménagea à la fortune publique de prochains accroissements proportionnés aux exigences de la situation. L'augmentation

citée par M. Floquet, t. IV, p. 120. Celte lettre ne se trouve pas dans le recueil des Lettres missives.

336 Liv.v. en. X . REssouncES financières tirées des édits bubsaux.

rVimpût sur le sel fournissait une première et considérable ressource. On devait tirer des prêts volontaires 300,00d écus; des triennaux 1,200,000 écus ; des financiers, qui aimèrent mieux se taxer eux-mêmes que de souffinr une recherche, 1,200,000 écus: c'était en tout 2,700,000 écus, c'est-à-dire au delà de 8 millions de livres du temps *. Ces divers fonds s'ajoutant aux anciens impôts, au nouveau subside du sou pour livre, devaient faire face à la dépense extraordinaire du siège d'Amiens, comme aux dépenses ordinaires de l'Etat. La condition était pourtant qu'une nouvelle et active surveillance assurât à l'Épargne ou Trésor public le recouvrement intégral des impôts, et y versât, également sans distraction et sans diminution, le produit des édits bursaux . Jamais il n'avait été si nécessaire de se procurer des ressources, et détenir sous lesarmes une grande force militaire. Tandis que les Espagnols étaient à trente lieues de Paris, et ordonnaient partout des levées pour la formation prochaine d'une nombreuse armée; tandis que l'activité de leurs négociations cherchait à envelopper la France d'un nouveau cercle d'ennemis, les restes de la Ligue, le parti de l'aristocratie féodale s'agitaient d'un bout du royaunu^àTautre, et menaçaient l'Etat de subversion. Durant les mois d'avril et de mai, quatre tentatives furent faites pour enlever au roi Reims, Poitiers, Rouen, Saint-Quentin, et dans toutes on trouve le parti fanatique du clergé complotant avec la population ligueuse pour livrer ces places au roi catholique ou à Mercœur. Au commencement d'avril, il fallut chasser de Reims les Capucins pour rompre leurs intrigues avec quelques bourgeois factieux, et garantir la sûreté de la ville. Quelques jours plus tard, on apprit que Poitiers avait failli être surpris. Rouen courut un danger plus sérieux encore, et selon toute apparence aurait eu le sort d'Amiens, si la

< SuUy, (Ecou. roy., ch. 74, p. 249 B.

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