LIV. V. CH. X. RETOUR DU ROI A L^ARMÉE
que la garnison pouvait ou se procurer d'elle-même, ou recevoir du dehors, du côté du nord, lui était désormais enlevé ; aucun secours ne pouvait, sur ce point, entrer dans la place, si les Espagnols ne parvenaient au préalable à forcer les lignes royales *. L'arrivée du roi ne fut pas vue sans regret par le maréchal de Biron, qui voulait achever les retranchements avant que ce prince vînt au siège, et ne lui laisser guère, après son arrivée, (ju'une autorité de nom et de représentation. Le roi s'efforça de calmer son dépit en louant extrêmement son ouvrage et son activité, çt en réglant qu'il commanderait l'armée, qu'il dirigerait tous les travaux du siège, comme il avait fait jusqu'alors. Mais nous verrons bientôt qu'il ne parvint à fléchir ni ce ressentiment ni cet orgueil. Henri prit son poste, avec les princes, dans l'église de la Madeleine, où il restait encore quelques voûtes entières, et il ne voulut point l'abandonner, malgré les volées de canon qui portaient jusqu'à cet endroit : longtemps après le siège d'Amiens, on montrait la trace d'un boulet- qui avait menacé sa vie, tandis (ju'il donnait à tous l'exemple de braver les dangers. Le connétable, les ducs de Mayenne et d'Epernon, le prince de Joinville établirent leurs quartiers dans les forts, et le maréchal de Biron prit le sien
^ Davila, 1. XV, t. III, 2» partie, p. 101, 102. Circulaire du roi du 16 septembre, t. IV, p. 844 : « Nous feismes advancer une partie de » nostre cavalerie et de nos gens de pieds jusques au village de Long" » p^'é, éloigné de notre camp de cinq cents pas.» — Le plan du siège d'Amiens , dressé en 1 598 , par Claude Chastillon , topographe du roi. Ce plan précieux, portant pour titre : « Portrait de la ville d'Amiens, M assiégée par lo roi Henri II II, » se trouve à la Bibliothèque impériale, département des estampes, dans 1»; volume intitulé : Topographie de la France, Somme, IV« arrondissement, Amiims. De Thou, dans son livre CXVIII, § 9, ne donne une court»' indication que sur la contrevallation : il ne parle pas de la circonvallation. Il indique le 29 mai pour la sortie des Espagnol-j : Davila, présent au siège, donne la dp.te du 24. — Mezeray, t. III, p. 1093, indique la mesure des travaux d'investissement.
ORDRE ADMIRABLE ETABLI DANS LE CAMP. I.A PAYE. 36l
dans rHermitage ou chapelle de Saint-Montan, à une portée de mousquet de la contrescarpe, dans le dessein de commencer l'attaque de la place du côté de la porte Montre-Écu, dès que les lignes du camp seraient achevées *.
En l'absence du roi, le nombre des troupes n'avait pas varié : à son arrivée au camp, l'armée ne se composait encore que de six mille hommes de pied, bien disciplinés, et d'un corps peu nombreux de cavalerie. Mais les renforts survenus la portèrent en peu de temps à douze mille fantassins et à trois mille chevaux ^. Un ordre admirable y fut établi. La paye fut fournie aux soldats régulièrement tous les mois pour empêcher la désertion : c'était Villeroy, appelé au camp, qui distribuait l'argent à chaque revue, de peur qu'il n'y eût de la fraude et des détournements. Un marché perpétuel fut établi dans le camp, de manière que les vivres fussent aussi abondants et ne fussent pas plus chers qu'à Paris; tout prétexte dès lors fut ôté aux soldats de quitter les quartiers, en les exposant aux soudaines attaques de Tennemi , et de se répandre dans les campagnes pour les piller et les dévaster. Ce fut la seule armée depuis trente ans qui fût pourvue du nécessaire ; la première qui eût un hôpital réglé dans
» Davila, 1. XV, p. 103. - ThuQDua, 1. GXVIII, § 9, t. V, p. 679. — Lettre Miss, du 9 juin, t. IV, p. 778 : « Arrivant hier en mon armée, » je l'ai trouvée en bataille près des forts et retranc^emens que mon » cousin le mareschal de Biron a faict faire.... L'ouvrage des forts et » retranchemens est tellement advancé, que je puis dès demain loger » à la Magdeleine, qui est le lieu le plus proche de la ville. »
» Dans sa Lettre Miss, du 9 juin, t. IV, p. 778, le roi dit : « Le nom- » bre de l'infanterie est de plus de six mil hommes. J*ay trouvé peu » de cavalerie en mon armée. J'ay receu beaucoup de contentement » pour le bon ordre et discipline qui est entre eux. » — Thuanus, 1. GXVIU, § 9, t. V, p. 679. Voici la traduction de ce passage : « Le » roi se logea près de l'église de la Magdeleine.... Tannée du roi étoit » composée de douze mille honmies de pied et de trois mille chevaux.»
362 L1V. V. CII. X. LES APPnOVlSIONNEMENTS ET L*HÔPITAL MlUTAUtE.
lequel les blessés et les malades reçussent les secours qu'on leur donnait alors pour la première fois : chaque troupe auparavant avait soin de ses blessés comme elle pouvait, et le manque de soins avait fait périr autant de monde que les armes. L'hôpital fut pourvu de toutes les choses nécessaires et même délicates; « jusque-là que )) plusieurs personnes de qualité et de moyens, étant ma- » lades, s'y faisoient porter pour y être mieux accomo- )) dées et traitées que dans Paris. » On recueillit les fruits de ces soins infinis : grâce aux commodités qui régnaient dans le camp, au bien-être des soldats, il y eut très peu de maladies, et personne n'en mourut. L'ordre nouveau et excellent établi par le roi et par Rosny à l'année d'Amiens assura en grande partie le succès du siège ; mais il avait une bien autre portée : il dura en France, il s'étendit peu à peu aux autres armées de TEuropc, et devint un bienfait pour l'humanité ^
Le roi, après avoir visité la tranchéeet les lignes, donna les ordres nécessaires pour l'achèvement des travaux exécutés en son absence, et pour l'entier et strict blocus d'Amiens au nord. Il s'occupa ensuite activement d'étendre rinvestissement an raidi de la place. Depuis que les assiégés s'étaient vus resserrés du eôtù de la Flandre, ils avaient été chercher des blés et des fourrages du côté de la France et du Midi, dans les campagnes situées sur la rive gauche de la Somme -. Henri travailla à les priver de cette ressource. En même temps, il pourvut à
« Sully, CEcoii. ruy., ch. 75, t. I, p. 250 B. — Thuanus, 1. CXVHI, t^ 9, l. Y, p. 679. — Davila, 1. XV, «• partie, p. 105. — Le Grain, Décade,!. VI, p. 336. — D'Aubifnié, t. 111, 1. IV, ch. 16, p. 388 : « Si » bien que le Koi mena, coiniuc on disait , un VarU devant Anlicn^. »
« D'Aubigiié, t. III, 1. IV, ch. 16, p. 389. « Les trenchéos du costé » d'Artois estaus diligeuuncnt couiiucncées et avancées par ringéuieor » Hcrard, les Espagnols qui nesioient assiégez que de loin de deçà la » Somme, veuoient ir. cueillir les bleds et fournîmes. »