ROSNY INVESTI DE LA PRINCIPALE AUTORITÉ DANS LES FINANCES
pour le recouvrement des deniers publics *. Rosny dèslors n'était plus seulemeut^ comme durant le siège de La Fère, l'agent principal el continu du roi auprès du Conseil d'État et du Conseil des finances ; il devenait son représentant^ son lieutenant. La charge de surintendant, avec les pouvoirs qui s'y rattachaient, n'était pas encore rétablie pour lui : Henri se réservait, po.ur quelcpie temps encore, le dernier mot, la décision dans toutes les questions importantes, comme le montrent ses lettres. Mais il donnait à Rosny la principale autorité dans le département des finances : les membres du Conseil d'État, les membres du Conseil des finances qui dura deux ans encore, se trouvaient subordonnés à l'homme du choix du roi. Non-seulement la haute direction, mais la gestion même dépendaient désormais de lui, car les justes sévérités qu'il avait exercées dans les quatre généralités naguère visitées par lui, apprenaient à tous les officiers de finances, grands et petits, à quelles conditions de probité, de régularité, de zèle pour la chose publique, ils pouvaient espérer de conserver leurs fonctions. Sancy jugea très-bien la portée de lar mesure que Henri venait de prendre : la confiance du roi se retirait de lui, passait à un autre, « commençoit en sa personne un establissement absolu aux » finances. » Les pouvoirs nouveaux dont Rosny était investi décidèrent Sancy à la retraite un mois plus tard. Il se rendit au camp d'Amiens, pour y commander les Suisses, dont il était colonel-général, et par son départ, il laissa le champ libre aux réformes et au crédit chaque jour croissant de Rosny. Ce dernier trouva bien encore
^ Cette particularité très remarquable et très significative pour les pouvoirs financiers et politiques conférés à Rosny, est rapportée eu ces termes dans les QBcon. roy., ch. 75, p. 250, à la fin : « Le roy » donna ordre aux expéditions nécessaires pour le recouvrement des » deniers; puis vous ayant recommandé la vigilance et la diligence » il partit de Paris, et s'ep alla rassembler ses troupes. »
358 Liv.v. en. X. chariieoe l'approvisioivnesbxt de l\
queLpes contradiotears dans le G3nseil d*Étafc et dans le CoiLseil des finances, mais leur opposition ne dora pts au-delà d'une prochaine affaire, dont tout l'honneiir râla à leur jeune, intègre et habile collègue *. On Terra an (patrième et au cinquième mois du siège d'Amiens, son intervention agir souverainement sur la paye, les subsistances, et par conséquent la durée de Tarmée ; et Tévénement de Tentreprise dépendre de la réforme dans les finances et dans Tadministration militaire que le roi venait d'accomplir.
ITenri partit de Paris le 4 juin, et arriva le 7 au camp devant Amiens, fl était accomfkigné de quelques-uns des princes du sang, du duc tie Mayenne et de son fils le prince de Joinville ; le connétable ne tarda pas à le n;joindre. Il trouva les travaux de T investissement déjà fort avancés par l'activité de Biron. et par Thabileté d'Errard. Os travaux nous reportent au 3 avril, et demandent à être exposés dans leur succession. On commença fvir jeter un pont sur la Somme, au-dessous du village (le Long[>ré, (ît on le fortifia de deux bastions^ im de chaque colé de la rivière, tant pour passer librement au-{lessus et au-dessous de la place , que pour empêcher
' Sully, TEcon. roy., ch. 75, t. I, p. 250 : « Plusieurs jugèrent bien w \}fïr l;i qnf. r.'f'.AUtH commen«;fr en vostre per?Anne un e»tabli5sement » abrolu aux finan<!r;.s. (Ju<iuf.'l ils sVàtoiont tùusjour? doutez; de sorte » ({w rn^M.-tifturs d*-, Sancy ot Sobombonr, «pii s'ostoienl le plus arrojrê ). d'autlioril/;, se résolur^-nt rie suivre le Ri>y, et quitter le Couàeil » rt»';deiitaire (U iMris, auquel iU re^seiitoieiil bien que leur grande » puis'tance nlloit rliaque jour diminuant. » Les contradictions qoe HoHiiy trouvr» dan.s le Conseil aprè.s \f départ de Saiioy, ne durent pas au t\i'\k (hi î8 juillet el de sa coutestation avec queliiuos membres de rr (:r>iim-il, au sujot de la vent»' d'une partio dos offices dt* triennaux, romrn»! on li- vr»i( ilaiis Ir rliap. 75 de Sully, p. Î5I, «^l dans la Lettre Mi.-i^iv. du iR jiiilUft, I. IV, p. 81»i. — Dans r.» niènv cbapitn*, le roi dit »l«î Ko-iiy : c Qu'il le rhoisissoit connue celuy de son Conseil qu'il i> l'o^fiioin-i.oit d»î plus louffUi; main, ie plus jvùnp et vigoureux jKtur » (illrr tit vanir, >» Il n'avait alors qu«î trente-six ans : l'opinion populaire t:n fait dt';s ce tcnqts un lionunu tri's-inùr, ou même un vieillard.
CONTREVALLATION ET CIRGONVALLATION D'AMIENo COMMENCÉES. 359
les ennemis de traverser la Somme en cet endroit où elle se partage, et de secourir la ville du côté où elle n'était pas assiégée. On travailla ensuite à la contrevallation. On tira un retranchement qui enveloppait la plaine en forme de demi-lune : il partait près des borJsde la rivière du château de Rivery, situé à un quart de lieue environ d'Amiens du côté dé Corbie , remontait au-delà de la porte Montre-Écu jusqu'au chemin d'Arras, se terminait, aussi au bord delà rivière, à un quart de lieue au-dessous de la ville, du côlé de Pecquigny. Il se composait d'un fossé, d'un parapet, de sept forts royaux, la plupart pentagones, qui battaient et flanquaient le retranchement. Un autre retranchement, d'une aussi vaste enceinte, garni d'autant de forts, forma la circonvallation. Il se développait à gauche de la contrevallation, partait au nord du chemin d'Arras, et s'arrêtait à cinq cents pas du village de Longpré, à quelque distance de la rive droite de la Somme et du pont de bateaux fortifié. De ce côté , le nombre des forts était le même, le fossé plus profond, le parapet plus élevé, pour repousser, à couvert deces fortifications, l'attaque de l'armée espagnole. On employa à ce travail toute l'armée, et un très grand nombre de pionniers, qui rassemblés de tout le pays d'alentour par les ordres sévères de Biron, travaillaient nuit et jour presque sans aucun salaire. Hernantello traversa et ralentit les ouvrages, mais sans réussir à les interrompre, par de fréquentes escarmouches , dont la plus vive fut celle du 24 mai. La contrevallation et la circonvallation présentaient, dans leur développement, une étendue de 40,000 toises. Elles interdisaient à Amiens les communicatious avec la moitié de la campagne environnante : elles fermaient en outre tous les chemins qui conduisaient à Dourlens, dans le Cambresis, dans la Flandre. Ainsi vivres, fourrages, munitions, renforts d'hommes, tout ce