‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 228 sur 344 · LIV. V. CH. X. CONQUÊTES EN VAURIENNE ET EN SATOIB · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. X. CONQUÊTES EN VAURIENNE ET EN SATOIB

Provence, tandis que le cardinal Albert et l'année da Pays-Bas combattraient en Picardie. Henri, peu après h perte d'Amiens, avait renvoyé Lesdiguièresen Dauphioép. on le nommant son lieutenant général , et en lui donnant [>our mission de défendre les deux provinces menacées. Lesdiguières , le constant adversaire du duc de Savoie y s'acquitta merveilleusement de cette tâche difficile: i l'ouverture de la compagne il couvrit notre territoire en transportant la guerre sur celui de Tennemi ; plus tard, quand le Dauphiné fut envahi, il le délivra par des victoires. Après avoir rassemblé une armée de six mille hommes d'infanterie et de c^q cents chevaux j il commença les hostilités à la fin du mois de juin. Dans les campagnes précédentes, il avait envahi les États du duc de Savoie du côté du Piémont : dans celle de 1597, il dirigea ses efforts contre la Maurienne et la Savoie proprement dite. Après avoir franchi les montagnes qui s'opposaient à son passage , après avoir délogé du sommet de ces montagnes les ennemis qui s'y étaient retranchés , jl entra dans les I']tats du duc. En moins de quarante jours, il enleva successivement dans la Maurienne, et dans la Savoie Saint -Jean -Je -Maurienne, principale ville du pays, Saint-André, le château de Saint-Michel, Aiguebelle, le bourg et le château de la Rochette, Ghamoux, (ihamousvset. Il interrompit ses conquêtes pour prendre un fort constniit par le duc de Savoie en vue de cette dernièn». place, mais sur la rive opposée de Tlsère, et destiné à intercepter les communications de l'armée de Lesdiguières. Le général français, après avoir assuré ses com» munications et ses derrières, retourna à l'attaque des places ennemies, et enleva la tour de Charbonnière et le château de TLguille, place non moins forte d'assiette que de fortification. Par la prise de ces villes* et de ces forts, les Français se trouvèrent maîtres de toute* I0 Maurienne,

DÉFAITES SUCCESSIVES DU DUC DE 8A.T0IB. iOt

et de tout le pays au-delà de l'Isère, depuis le mont Génis jusqu'à Montmélian. Le duc de Savoie tenta d'arrêter les progrès de son adversaire. 11 se présenta aux Molettes, à demi-lieue de Montmélian, avec une armée de quinze mille hommes de pied et de quinze cents chevaux presque toute composée d'Espagnols, de Napolitains, de Suisses à la solde de Philippe U. Dans un premier engagement qui eut lieu le t2 août, Lesdiguières lui tua cinq cents hommes: le 14, après un combat de cinq heiureS; il le vainquit avec une perte de plus de douze cents soldats. Le duc se flatta de tirer parti de ses revers, et attaqua le Dauphiné qu'il croyait trouver dégarni, tandis que Lesdiguières employait ses forces à s'établir dans sa récente conquête. Mais Lesdiguières l'avait deviné et prévenu. Le duc trouva un corps d'armée qui avait été détaché pour lui disputer l'entrée du Dauphiné, et il paya par de nombreuses défaites ses tentatives d'invasion. Une première division de ses troupes qu'il avait envoyée contre Briançon perdit quatorze cents hommes, et fut presque entièrement détruite : une autre fut vaincue et dispersée près de La Frette (16 août, 9 septembre). Lesdiguières termina la campagne par l'envoi vers Barcelonnette de quatre régiments qui s'emparèrent d' Allost et de Saint-Génis, et par la mise en quartiers dans la Maurienne des troupes que son gendre Créquy commandait. Créquy défit à Saint -André douze enseignes de gens de pied et deux cornettes de cavalerie aux ordres du comte de Carraval, qu'il fit prisonnier. Les projets de persécution sanguinaire ne réussirent pas mieux au duc de Savoie que ses tentatives d'invasion sur notre territoire. Les troupes que lui-même , et la duchesse sa femme , digne fille de Philippe H, avaient envoyées dans la vallée de Pragelas pour exterminer les protestants, furent dé- II 2G

402 L1V. V. eu. X. TENTATIVES DES FACTIONS A L*INTÉR1BUR.

faites, et quatorze cents de ses soldats furent noyés précipités dans les rochers *.

Tandis que ces efforts victorieux faits sur toute lai tière du royaume, le préservaient de l'invasion, en mén^k^

temps et par une heureuse coïncidence, les projets anar

chiques, les tentatives des factions intérieures pour transrporter à l'étranger l'autorité du roi , et pour rompre l'unité nationale, se trouvaient déjoués, te Amiens, dit » Mme Duplessis-Mornay, fut repris contre Topinion delà » plus part ^, » parce que la masse de la nation ignorait encore ce qu'elle avait à attendre polir son salut des talents militaires et administratifs et de la force d'âme du prince qui la gouvernait. Les factions , contenues par sa vigilance et sa fermeté en avril et en mai , avsdent espéré qu'il ne suffirait pas à la double tâche de les comprimer et de combattre l'Espagnol, et sur ce coupable calcul, elles avaient relevé la tête. Le parti protestant continuait à être agité et entraîné par l'ambition de ses chefs Bouillon et La Trémoille, qui lui persuadaient d'arracher au roi , au milieu de la perplexité de ses affaires, une charte nouvelle portant concession d'une multitude de places fortes, d'assemblées politiques, de finances, distinctes de celles de la nation. Au mois dejuin, tandis que Henri retournait au camp devant Amiens, les réformés prenaient à l'égard de la couronne une attitude décrite par P. Matthieu en ces • termes : « Ceux de la religion s'étoient assemblez à Châtellerault pour avoir un édict si ample, qu'il pourveust à

1 Sommaire récit des progrès de Tamiée du Roi en Savoie , dans les Mém. de la Ligue, t. VI, p. 489. — P. Gayet, 1. IX, p. 762-704. — Thuanus, 1. CXIX, § 1, 2, t. V« p. 694-700. — Us détails donnés par d'Aubigné, 1. IV, § âO, t. III, p. 402, sur les opératioDs de Ejeadiguières et du duc de Savoie, sont crroués en ^e sens qu*ils se rapportent aux années précédentes et non à Tan 1597.

> Mémoires de Mme Duplessis, p. 315.

Page 1