LEURS PROJETS ET LEURS ASSEMBLÉES
tout ce que leurs pères n'avoieut osé espérer, et que les plus hardis n'avoient encore demandé *. » Le parti de l'aristocratie féodale se ranima en même temps , et pactisa avec le parti réformé. Des deux princes du sang, qui précédemment s'étaient engagés dans le tiers-parti, le duc de Soissons refusa malgré les pressantes sollicitalions du Toi de se rendre au camp d'Amiens * ; le duc de Montpensier ne vint que très tard et au dernier moment, et ils se concertèrent avec les chefs de la faction protestante. Tous ensemble ils attirèrent un moment dans leurs rangs les seigneurs bretons, trompés par une fausse appréciation de la situation. La prise d'Amiens avait fait croire au plus grand nombre que le roi n'avait plus aucune ressource : les esprits agités et flottants roulaient différents projets ; et comme on s'imaginait que c'en était fait de là monarchie française, chacun songeait à ses intérêts particuliers, et ne croyait pas en cela trahir son devoir. Les seigneurs bretons s'assemblèrent. Le duc de Montpensier, qui était en Normandie , les ducs de Bouillon et de la Trémoille qui étaient en Poitou, eurent part à la résolution prise dans cette réunion de députer en Angleterre. La députation en commun n'eut pas lieu, et par un secret accord, l'on convint que les protestants la feraient seuls. Polignac de Saint-Germain fut envoyé de leur part en Angleterre, pour prier Elisabeth de secourir le royaume et la religion réformée, dans l'état déplorable où l'un et l'autre étaient, disaient-ils, réduits 3. C'était une France, composée des pays protestants et de quelques contrées voisines, détachées du corps de la monarchie , dont on déférait le protectorat à Elisabeth, comme celui de
1 p. Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. 11, p. 230. ' Lettres du roi au comte de Soissousdu 29 juillet, t. IV, p. 816, 817, et du 28 août, p. 836, 837.
^ Tliuauus, 1. GXVIII, § 15, t. V, p. 686, 690.
40i LIV. V. CH. X. LE ROI CONTIENT LES FACTIONS.
Hollande. Le 1 1 août, le roi écrivait à son ambassadeur à Rome :
ff Si je tenois les huguenots en bride par ma conduite et la crainte de mes armes, ils éclaleroient et feraient plus de mal que defaot, fomentés du dehors à diverses fins et sous prétexte do religion.... Je suis contraint de lâcher quelques grâces aux huguenots, puur at&t le moyen aux chefs de parti et factieux de les émouvoir. Us sont encore assemblés à Châtellerault, et je n*en reçois aucune assistance en ce siège d'Amiens , au grand retardement d'icelui et à mon trèsgrand regret ^ »
La surveillance armée exercée par Henri , l'intervention de quelques-uns de ses serviteurs arrêtèrent les progrès du mal. Eclairés par le maréchal de Brissac, par les commissaires du roi Schomberg et de Thou, rameiiés par les succès obtenus sur le ligueur Saint-Laiurens , les seigneurs bretons ouvrirent les yeux sur les démarches où on les entraînait , revinrent à leurs sentiments de fidélité et de dévouement envers cette royauté, ce pouvoir central qui sauvait alors le pays. Nous ne retracerons pas ici en détail la conduite et les actes du parti protestant et de ses chefs, que nous exposerons ailleurs : nous n'en prendrons que ce qui se rapporte à la sitiiation générale. Les mesures de force et de conciliation auxquelles recourut Henri, l'autorité et les sages conseils de Duplessis- Mornay ^, la reprise d'Amiens imposèrent aux réformés et les arnUèrent. Ils continuèrent à poursuivre leur édit : ils restèrent hostiles et menaçants ; mais ils renoncèrent au protectorat de l'Angleterre, à l'aliénation de la souverai-
» Lettre Missive au duc de Luxembourg du 11 août, t. IV, p. 8i5, 826, sans l'orlhographe du Ipmps.
« Mém. de Mme Diiplessis, t. I, p. 315. En rendant compte de Topposition faite par son mari aux intrigues des chefs et à la révolte du parti prolestant, elle dit : « Ce doncq qu'on peut faire pour ce coup » en ceste assemblée (de Cbatellerault) feut que le mal fiesclast pat » plus avant, »