LIV..V. CH. XI. ÉTAT POUTIQL'E ET RELIGIEUX DE LA BRETAGNE
converti au catholicisme, avait été absous par le pape, recevait maintenant en France un légat hautement prononcé pour sa cause. Les gens de guerre de Mercœur, et non-seulement ses soldats, mais ses capitaines et ses lieutenants, prétendus défenseurs de la religion, partout où ils n'avaient pas trouvé la milice bourgeoise pour leur résister, avaient outrageusement violé la religion, dans sa morale, par leurs rapines^ leurs meurtres, leurs odieux attentats aux mœurs ; dans son culte, par la profanation et la destruction des églises et des monastères, la spoliation et l'assassinat des prêtres. Les partisans de la nationalité bretonne et de la république avaient vu périr leurs illusions et leurs espérances, et le joug étranger s'approcher d'eux, au milieu des tentatives faites à l'envi parles Espagnols et les Anglais pour s'emparer des meilleures places du littoral de la Bretagne. De là les révoltes de Saint-Malo et de Morlaix contre Mercœur, à Timitation des révoltes des villes de Bourgogne contre Mayenne: de là, depuis 1594, les défections successives de plusieurs éveques, chapitres, gentilshommes ligueurs, qui déjà avaient embrassé la cause du roi, défenseur constant et partout ailleurs heureux de l'indépendance nationale : de là les vœux des paysans, l'appelant comme un libérateur contre F intolérable tyrannie des gens de guerre et des brigands. D'un autre côté, parmi les ambitieux, les nobles et les aventuriers que l'appât des gouvernements de places avaient entraînés dans le parti de Mercœur, plusieurs étai(*nt disposés à l'abandonner, du jour où ils craindraient de le trouver impuissant à les y maintenir *. En supposant qu'il fût donné
1 Histoire de Bretagne, par Dom Taillandier, I. XIX, 1° p. 45î, pour reff»*t produit sur l«.' haut clergé par la conversion et Tabsolution du roi; 2*» p. 462, pour l'assassinat des prêtres et notamment d'un curé par Fontenelle, après la prise de la petite ville de Poule-Croix. — Articles à l'effet d'obtenir abolition , présentés au roi par les frères
SITUATION DU nOI. RÉVOLTE DE DINAN CONTRE MERGŒUR. 439
au roi de joindre, à l'aide de ces favorables dispositions, le libre emploi de ses troupes, il pouvait alors venir aisément à bout de Mercœur par la force. Mais les choses prenaient un tout autre cours, si, par suite d'incidents inopinés, il éprouvait de la difficulté ou du retard à faire marcher et agir son armée ; s'il doutait de la pouvoir porter sm» les points où elle frappât des coups prompts et décisifs, prévînt ou déconcertât la résistance de Mercœur. Il était réduit alors à employer avec le duc les moyens dont il avait usé à l'égard des autres chefs de la Ligue, les traités et les concessions.
Dès qu'on fut assuré en Bretagne de sa prochaine arrivée à la tête d'une armée, un mouvement insiu'rectionnel éclata en divers lieux • plusieurs des villes et des gouverneurs qui jusqu'alors avaient suivi le parti de Mercœur, s'armèrent contre lui ou l'abandonnèrent. Les habitants de Dinan, sous la conduite de trois citoyens représentant chez eux les trois ordres, le sjmdic de leur ville, le sénéchal du lieu, le prieur de l'un des monastères, à l'instigation des Malouins, qui leur envoyèrent huit cents hommes de secours, donnèrent aux autres villes l'exemple de la révolte contre la domination usurpée de Mercœur. Le 30 janvier, après avoir éloigné de leurs murs par un faux avis leur gouverneur Saint-Laïu-ens, l'homme de confiance du duc, ils s'emparèrent de l'une des portes de la ville par laquelle ils introduisirent les Malouins. Les deux troupes appelèrent les bourgeois qui n'étaient pas dans le secret de la conspiration aux cris de : Vive
Saint-Offange, fol. 98 recto, édit. 1610, pour le pillage des biens des ecclésiastiques. — Lettre de Duplessis-Moraay à M. de Schomberg, du 26 DOTembre 1597, t. VU, p. 405. « Les partisans du duc, pour » faire une dernière main, capituleront sans luy, afin de n'estre chassés » avec luy, hors de leurs places, estans tous gens de peu d'honneur, » qui n'auront but que d^asseurer par la lascheté ce qu'ils ont gaigné » par la violence. »
440 LIV. V. en. XI. SOMMATION DBS NANTAIS A MERCŒUB.
le Roi et de la Liberté publique; se saisirent des rues, des* remparts, des tours de l'horloge ; se barricadèrent contre le château et la garnison, et les investirent en attendant un siège en règle. Ce siège commença sans retard sous la conduite du maréchal de Brissac, avecle concours du baron de Molac, de Montgommery, de Montmartin, trois des plus zélés serviteurs du roi dans la province , et avec Taide du marquis de Coêtquen, gouverneur de Saint-Malo, qui amena sept canons de cette ville. La garnison capitula le 10 février et sortit le 13 du château. Dinan, ville alors trèsforte, était la clef de la Basse-Bretagne, et dominait le cours de la rivière d'Ile, sur le bord de laquelle elle était située. La prise de cette place étonna et consterna toutes les villes ligueuses. Brissac n'eut qu'à se présenter devant le Plessis-Bertrandpour recevoir la soumission des habitants : la Tour de Sessons opposa un peu plus de résistance, mais ne soutint pas au delà de quelques jours de siège. En même temps, les habitants de Nantes déclaraient en public à Mercœur qu'ils voulaient députer au roi pour la paix : les ecclésiastiques eux-mêmes lui protestaient qu'ils ne pouvaient plus en sûreté de conscience s'abstenir d'obéir au roi et de prier pour lui, puisque le pape l'avait approuvé et commandé *. Tous ensemble, sans rompre avec le duc, sans séparer leur fortune de la sienne, l'entraînaient à un accorà.
Le roi sentit qu'il devait ajouter à cet ébranlement par sa présence, et sur ces nouvelles, il partît de Paris le 1 8 fé-
^ Lettres de Villeroy des 5, 10,. 16 février 1598, à MM. de BeUièvre et Sillery, dans les Mém. et corr. de Duplessis, t. VIII, p. 14, 84, 81. — P. Gayet, Chr. nov., 1. IX, p. 78«, 783. Les dates de TinsurrecUon des habitants do Dinan et de la reddition du château, l'effet produit par la prise de cette place et la déclaration des habitants de Nanles à Mercœur, ne se trouvent exactement exposés que dans ces deux sources. — Thuanus, l. CXX, § 2, t. V, p. 72Î. — Mém. de Montmartin^ imprimés dans le supplément aux preuves de rhisU de Bretaime t. Il, p. 314. ^* '