CONDITIONS DE LEUR SOUMISSION : AVIS DU CONSEIL
Scipion Sardini, et du meurtre de sop propre neveu Samuel Jean, tué par une insigne perfidie durant la trêve.' Pillage des presbytères et monastères des ecclésiasttquesy fréquemment traités avec non moins d'avide fureur que les maisons et châteaux des laïques. Meurtre des religieux tués à la prise de la place et de l'abbaye de Saint-Florent. Supplice de tous les huguenots tombés individuellement au pouvoir des Saint-Offange et de leurs soldats : l'un de ces malheureux jeté dans le feu qu'ils l'ont contraint d'allumer en réjouissance d'un avantage remporté sur les royaux, brûlé à petit feu en présence et à l'applaudissement des deux frères. Massacre par la garnison de Rochefort des huguenots rassemblés au nombre de deux cents, dans un prêche tenu au lieu de la Chastaigneraye au mois d'août 1595, l'extermination s'étendant aux femmes et aux enfants. Enfin spoliation ^ assassinats sans jugements, exécutions à mort à la suite des sentences rendues par leur tribunal de sang, contre grand nombre de gens du même partie du parti de la Ligue, traités comme ceux du parti contraire, toutes fois qu'ils ont encouru l'inimitié, ou tenté la cupidité des Saint-Offange. Duplessis de Cosme et les Saint-Offange obtinrent, outre l'abolition de tous leurs crimes, le maintien du gouvernement de leurs places, et comme tous les chefs de la Ligue, des sommes d'argent *. On peut juger maintenant de quelle délivrance les trois provinces d'Anjou, de Poitou, de Bretagne, furent redevables au roi ;
> Edicts du roy Henri IV pour la réunion de ses subjects, à la suite de l'hisl. des derniers troubles ^ Lyon 1610, in-8*, du fol. 96 verso* au fol. 102. — Thuanus, 1. CUI, § 15; 1. CXX, § 3, t. V, p. 146, 147, 7ÎÎ, 723. — Dom Morice, Preuv. de Thist. de Bretagne, t. lU, in-fol., col. 1653-1656. — Les Saint-Offange figurent à l'avant-dernier article de l'état des sommes payées aux chefs de la Ligue , pour une part dans la somme de 180,000 livres du temps (plus de 658,000 francs d aujourd'hui). Voir Sully, Œcon. roy., ch. 151, t. II, p. 30 B.
44 i LIV. V. cil. XI. DIFFICULTÉS OU SE TROUVE LE ROI.
quel avait été le sort de la France au moyen âge, au temps de la toute-puissance, de Timpunité, des guerres -privées des grands seigneurs ; quelles auraient été ses destinées, si la Ligue au lieu du parti royal eût triomphé, si la seconde féodalité était parvenue à s'établir. L^ infamies et les atrocités des Duplessis de Gosme, des Saint-Offange, des Gouleine, des Fontenelle montrent la perversité posâble de la nature humaine : la transformation, faite de dos jours, de ces hommes de boue et de sang en héros de la foi, en défenseurs du catholicisme, est l'une de ces erreurs qui étonnent plus encore qu'elles n'afiligent.
Le roi, en partant de Ghenonceaux, passa par Tours et Saumur, et arriva aux Ponts-de-Gé le 6 mars ^ Là il reçat la duchesse de Mercœur, les agents du duc, les députés de la ville de Nantes. La perte de cinq villes, Vexem^ de la défection donné par quelques gouverneurs de son parti, la présence du roi à la tète de son armée, étaient pour le duc des dangers réels et sérieux. Mais d'un autre côté, de grandes difficultés surgissaient, et menaçaient d'arrêter les progrès du roi. Mercœur avait fait avancer deux mille Espagnols au Pellerin, sur les bords de la Loire, à cinq petites lieues au-dessous de Nantes : à l'approche de l'armée royale, il devait les faire entrer dans Nantes, et les joindre aux forces qui lui obéissaient. D avait à attendre Tassistance d'un autre corps de cinq mille Espagnols, qui occupaient Blavet sous les ordres de Don Juan d'Acjuila. On était alors dans la saison des grandes crues, et les débordements de la Loire pouvaient arrêter la marche, entraver les opérations de l'armée royale : Mercœur y comptait, et le disait à Montmartin l'envoyé du roi. On avait à craindre que la résistance de Nantes,
' Thuauus, l. GXX, § 3, 4, t. V, p. 722-724. — Leltre missive daUîe des Pontâ-de-Gé et du 6 mars, t. IV, p. 919 : « Arrivant ce jourdliuy n en CH lieu. »
MOYENS DE RÉSISTANCE DE MERCŒUn ET DE SES PARTISANS. 445
estimée par les partisans de Henri à six semaines, ne se prolongeât pendant un laps de temps infiniment plusconsidérable *. Nantes n'était pas la seule ville qu'il fallût forcer, ni les Espagnols les seuls auxiliaires que trouvât le duc pour le soutien de sa fortune. En Poitou et en Bretagne, les gouverneurs de douze places en état de soutenir un siége^ ou attendaient sa détermination pour prendre un parti eux-mêmes, ou lui revenaient et se rattachaient à lui , après avoir fait précédemment des avances au roi pour leur soumission : de ce nombre était Bourcani, qui commandait dans la ville et dans le château alors très-fortifié d'Ancenis, lequel se trouvait sur le passage obligé de Henri *. Ces villes étaient TifFauges, Mirebeau, Ancenis, Hennebon, Vannes, Machecoul, Belle-Isle, Douarnenez et rile Tristan, Mont-Saint-Michel, Fougère, Quimperlé, Auray. Ajoutez que les bourgeois de Nantes, réunis en assemblée, avaient chargé leurs députés d'intercéder auprès du roi pour que, sous son autorité, il conservât à
1 Mém. de Montmartin dans le suppl. aux Preuves de Dom Taillandier, t. U« p. 315, col. 1,2. « Le peuple de Nantes estoit en très- » grande crainte que M. de Mercœur ne voulust mettre les Espagnols » dans la dite yille ; lequel en avoit fait mettre plus de deux mil au » Pèlerin, distant de cinq petites lieues au-dessous de Nantes vers la » mer. — Montmartin fit reponce au duc quUl pourroit voir dans huict » jours au plus tard Sa Majesté avec toute son armée. Le dit sieur » de Mercœur se mit à sourire, et dit qu*il se viendroit morfondre » devant Nantes, et que pendant les grandes crues il estoit fort dif- » ficile de l'attaquer , mettant en avant ses forces et moyens de se » deffendre. » — Dom Taillandier, Histoire, 1. XIX, t. II, p. 475, 477, 396. — Antoioe Amault, avocat et pubUciste, auteur de divers écrits dans lesquels il défend la cause du roi. Libre discours sur la délivrance de la Bretagne, p. 5. « Par toutes raisons militaires, Nantes sera fou- » droyée en six semaines. »
> Mém. de Montmartin dans le suppl. aux Preuves, t. II, p. 315. « Je ne dois taire que le S' de Bourganis (Bourcani) ayant donné sa » foy et paroUe au S' de la Bastide de rendre Ancenis au Roy, et estant » convenu de toutes les conditions , ne laissa de promettre à Madame » de Mercœur , passant au dit Ancenis , de luy garder la dite place et » de luy en faire serment. »