LIV. V. CH. XI. MANQUE DE PAROLE DES BRETONS
Mercœur le gouvernement de la Bretagne et de Nantes '. Mais de tous les obstacles le plus sérieux était la difficulté où se trouvait le roi de payer et de faire agir son armée, et la situation critique où cette difficulté le plaçait à l'égard de son ennemi. Les 10 et 15 mars il écrivait au connétable :
• Vous savez que nous avions du tout fondé le payement de Tarmée que j*ai amenée sur les offres et promesses que mes sajets de Bretagne et des provinces circonvoisines m*a voient faites de me seconrir et assister d*argent. Je n'ai pas trouvé un écu prêt pour y satisfaire, ni même le département des dites levées commencé, de sorte que je n*ai^aucun moyen de payer mes forces; et sans Tordre que nous avons donné à la fourniture des vivres, devant que de partir de Paris» toute mon armée mourroit de faim. Quoique je fasse tout ce qui se peut pour réchauffer ceux qui doivent fournir lesdits deniers, afin de s'acquitter de leurs promesses, et pouvoir par ce moyen mettre mon armée en besogne à leur soulagement, je ne sais qu*en espérer. Par où vous pouvez juger, mon cousin, on quels termes je me retrouve; car il D*a pas été apporté un seul écu de Paris, et il ne se trouve encore rien de reçu en mes receptes générales et particulières de celte année. 11 semble qu'il suffit à ceux du pays de m'avoir attiré par deçà, et obligisr ma réputation à les tirer du mal qui les presse. Cela m'a (ait prendre le parti d'accorder (faire accord) avec le duc de Mercœur, peul-^tre plus promptement et à conditions plus avantageuses pour lui que je n'eusse fait, craignant que l'appréhension qu'il a eue de ma venue ne se changeât en une obstination, quand il découvrirait mes incommuh dites, et saurait mes forces demeurées inutiles et languir par foule d'argent, »
« II faut, mon cousin, faire de nécessité vertu, comme je suis contraint de faire par deçà, n'ayant encore pu faire recevoir un seul écu des deniers de Bretagne qui doivent être baillés à mon armée ; la levée desdits deniers étant retardée, et les volontés de mes serviteurs refroidies de prêter, espérant s'en faire décharger, si le traité se résout
1 Dom Morice^ Hist., 1. XIX, t. 11^ p. 481, pour cinq des villes et gouvemeura du parti de Mercœur. Pour les autres, de Thou, l. CXX, et Duplessis-Mornay, lettre à sa femme du 3 mars 1598^ dans ses Mém. et corr., t. VIII, p 118. — Les Registres de Nantes, cités pai M. Grégoire, p. 308, pour la demande adressée au roi par les bourgeois de Nantes.