LE ROI TRAITE AVEC E(J\ : DÉTAILS DE LA NÉGOCIATION
seu tirent toutes les conditions qui devaient assurer aux dissidents la plénitude de la liberté civile, la plénitude de la liberté de conscience , Texercice de leur culte dans les limites que pouvaient fixer les plus zélés d'entre eux, pourvu qu'ils ne fussent ni aveugles ni factieux. Les commissaires ne repoussèrent que les demandes contraires à la légitime autorité du roi et à l'intérêt de l'État. Henri, de son côté, tint à justifier la parole de ses envoyés par les actes les plus significatifs. A la suite de l'assemblée des Notables à Rouen, et après une lutte prolongée contre le Parlement de Normandie, il fit enregistrer par cette cour, l'iuie des plus hostiles aux huguenots, l'édit de Poitiers ; il sanctionna d'une manière éclatante les dispositions de redit et l'enregistrement, en rétablissant dans son siège un conseiller du Parlement de Rouen qui en avait été chassé pour cause de calvinisme (2, 5 février 1597) ^ Mais les conditions relatives à l'organisation politique et à la force militaire des huguenots, auxquelles le roi et ses commissaires essayaient si justement de se soustraire, étaient précisément celles que Bouillon et la Trémoille avaient à cœur de faire passer, pour fonder leur pouvoiç. Il s'établit entre eux et les commissaires une lutte dans laquelle ils eurent le triste avantage de l'emporter, favorisés par les progrès de l'Espagnol, par les dangereuses menées du parti aristocratique, et par la crainte qu'ils surent inspirer, en violant leurs plus saint» devoirs. Tandis que les Espagnols prenaient Amiens, et qoe les grands conspi-
t. VI, p. 502 : « Faites donc advaocer U. d'Emery, je dis le président m de Tboa. » — L'aateur ealTiniste de THlstoire de Tédit de Nantes, L IV, 1. 1, p. 176 : « Le roi Tonlot donner la commission an préâdent » de Tbou , boomie d'anc équité et d*ime probité reconnues de tout » le monde. »
1 Mém. de Groulart, c. 7, t. XI, p. 574-576. — Registres secreU du parlement de Normandie dans KHist. de M. Floguet , U ÏV, p. Sl-lO*. Le conseiller calTîniste réintégré ao parlement de Rouen se nommait Mojnet de Tanconrt — HisU de l'édit de Nantes, 1. IV, p. 17MM.
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raient, tandis que l'État était évidemm^it incliné vers sa 'mine, et t{ae les ambitieux attendaient ce naufrage pour se jeter chacun sor sa pièce ', les chéfis calvinistes attaquaient d'an autre côté le roi et le pays pour les faire céder ou les faire périr, et, dans ce dernier cas, prendre leur part des dépouilles. De Tbou pressa, conjura Bouillon et La Trémoille d'amener à Henri les secours dont il avait besoin pour reprendre Amiens. Non-seulement ils persuadèrent à rassemblée de Chàtelleraultde lui refusa les troupes dont le corps des Eglises réformées disposait , an nombre de cinq ou six mille hommes; mais ils employèrent même ailleurs les soldats qu'ils levèrent dans ks provinces du Midi, au nom du roi et de ses deniers. Bouillon, avec les forces qu'il avait ramassées, s'en alla dans l'Auvergne et le Gévaudan, où Montmorency-Fosseuse avait repris les armes par ses conseils et à son instigation. La Trémoille resta inactif en Poitou. On craignait qu'ils ne persuadassent à ces soldats de levei* l'étendard contre le roi. D'Aubigné, dans son histoire, tait ces derniers faits, ces tentatives de soulèvement , contre lesquelles nous avons vu que le roi eut à se prémunir jusqu'au mois de janvier 1598. II cherche à donner le change sur la défection des huguenots : il prétend que le régiment de Navarre, avec plusieurs autres officiers et chefs, composant ensemble quinze cents réformés , combattirent valeureusement au siège d'Amiens. Cette assertion ne trompera que les esprits inattentifs. Le régiment de Navarre, qui, avant l'avènement du roi ne comptait que des calvinistes, était alors mi -parti de calvinistes et de catholiques, comme d'Aubigné le reconnaît ailleurs lui-même : de plus, soldé par le roi, faisant partie de ses troupes régulières , et non des troupes aux ordres des protestants , il
* C'est Mme Duplessis, t. I, p. 326, qui trace elle-même ce tableau de l'état de la Frauce avec cette vérité et cette éoergie.
HBNRl NE PRÉVIENT QU'AVEC PEINE UN SOULÈVEMENT ARMÉ. 509
était obligé de concourir aux opérations du siège d'Amiens. Mais la force militaire dont le parti protestant , le corps des Eglises réformées disposait, l'armée qu'ils n'avaient cessé d'entretenir depuis le commencement des guerres de religion, ils la refusèrent au roi : c'est ce que reconnaît dans ses Mémoires la yéridique madame Duplessis. En même temps les députés calvinistes formant l'assemblée de Chàtellerault imploraient l'assistance de la reine d'Angleterre et de la Hollande, et leur demandaient d'intervenir entre eux et le roi. Ils poussaient les Églises réformées à prendre les armes, en publiant un pamphlet où ils peignaient la condition des calvinistes comme celle de vaincus et d'esclaves en butte à d'intolérables rigueurs,' et en représentant le roi , dans toutes leurs assemblées, comme un apostat dont ils n'avaient rien à espérer et tout à craindre *. Selon toute apparence, ils les auraient décidés à une révolte ouverte et à la guerre contre Henri, si la mésintelligence n'eût éclaté subitement parmi eux : la noblesse calviniste voulait manier les deniers qu'on lèverait;
> Le pamphlet, portant pour titre : Plaintes des Églises réformées de France , est celui que nous avons cité plusieurs fols au commencement de ce chapitre. Il fut publié au commencement de l'année 1597 (P. Cayet, 1. VIII, p. 780 A.). II se trouve tout entier dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 4Î8-486. — Sully, QEcon. roy., c. 75, t. I, p. 252. « 1^ roy disoit que la plupart des églises, et surtout des grandes villes » et des principaux de la noblesse, avoient bien déclaré ne le vouloir » pas presser d'aucunes nouvelles concessions , tant que le siège » d'Amiens dureroit ; dont il se sentoit leur estre obligé. Mais qu*il » craignoit qu'à la longue ces messieurs de Bouillon, de La TrémoUle, j» Duplessis, accompagnez par quinze ou vingt de leur caballe des i> plus eschaufiPez qui les sollicitoient à cela, ne les y disposassent avant » qtCïl eust pris Amiens j qui seroit ia ruine entière de ses affaires, » On verra, dans la note suivante, le roi reconnaître, dans une lettre du 18 janvier 1598, la différence entre la conduite de Duplessis, et celle de Bouillon et de La Trémoille, mais maintenir jusqu'au bout ses accusations contre les deux derniers ; on verra les hommes d'État et les historiens contemporains témoigner unanimement que ces accusations étaient fondées.