‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 279 sur 344 · CONSIDÉHATIONS SUR L*II:DIT DE NANTES · texte numérisé non relu

CONSIDÉHATIONS SUR L*II:DIT DE NANTES

titués en parti qui avait ses assemblées politiques, ses finances, ses nombreuses places de défense, sa force militaire, tout ce qui était nécessaire pour résoudre et pour agir contre le corps de la nation, le jour où ils se laisseraient égarer par l'esprit de faction ou par l'ambition de leurs chefs. L'édit de Nantes était donc plus funeste que les traités avec la Ligue, puisque les traités ne concédaient que de l'argent et des charges en viager, tandis que l'édit contenait l'aliénation d'une partie de la souveraineté Nationale. L'engagement était à terme, il est vrai, mais le terme arrivé, la couronne fut hors d'état, même sous Henri IV, de retirer des mains des huguenots le gage qu'elle leur avait livré. Si ce prince les réduisit à n'en point abuser, ce fut par des moyens inhérents à sa personne, mais étrangers à l'autorité royale. Sous son successeur tout changea : dès quelle gouvernement eut faibli, le^ réformés employèrent les forces dangereuses dont ils disposaient à un soulèvement et à deux guerres civiles. Ce résultat suffirait seul pour montrer les vices de leur constitution politique.

On les saisit bien mieux quand on voit qu'elle ne protégea ni leur existence comme parti, ni leur liberté civile et religieuse comme citoyens ; qu'elle ne leur sauva ni la prise de la Rochelle, ni la révocation de l'édit de Nanteé. Les réfoijipés commirent une faute énorme en cherchant leur point d'appui et leur sûreté dans leur force matérielle, laquelle ne pouvait jamais être que médiocre, puisqu'ils formaient la minorité, et la très-faible minorité de la nation. Leurs véritables garanties résidaient dans des moyens qu'ils négligèrent. Us devaient avant tout rester sévèrement étrangers aux séditions , et convaincre la France qu'elle n'avait rien à redouter d'eux. Ils devaient se concilier les catholiques par l'union des familles au moyen des mariages; accroître leur influence par les services

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rendus à la fois dansTarmée, dans les emplois civils, dans les grand services intérieurs au gouvememeat, dans les négociations et les ambassades; agir incessamment sur l'opinion publique par les écrits, la gagn^et la niettre de leur côté. Ces moyens leur étaient faciles, car, de l'aveu même de leurs ennemis, ils avaient, an xm* siècle, conqois la supériorité intellectuelle, et- il ne s'agissait pour eux que de la conserver. Sans soiiir des*probâbilités^ on peut croire qu'ils auraient ainsi, à force de services et déraison, élevé à leur liberté civile et religieuse un solide rempart contre le despotisme et l'aveugle intolérance de Louis XIV.

'Nous avons relevé dans Tédit de Nantes ses vices et ses conséquences funestes, voyons maintenant ses sérieux avantages, ses importants et salutaires effets. Le principe de la tolérance religieuse proclamé par Lhospital et inscrit par lui le premier dans notre législation, était resté, malgré ses généreux eff'orts, l'exception et non la règle. Mis en pratique durant de faibles intervalles, quand la nécessité commandait, il avait été habituellement combattu avec funnir par les peuples et par les rois : il n'était passé dans les usages ni de la nation ni du gouvernement. L'édit de Nantes donna à ce principe la force et la durée dont il avait manqué jusqu'alors ; par sa vertu propre, par son eflicace puissance, il assura aux réformés, pour j)rès d'un siècle, la liberté civile et la liberté de conscience. La merveilleuse sagesse de Richelieu vainqueur l'ayant respecté dans sa partie religieuse, en lui enlevant sa partie politique, parasite et dangereuse annexe, le mit à l'état de loi pure qui protégeait une classe entière de citoyens, sans dommage pour la chose publique. Par un excès sans nom de l'absolu pouvoir, Louis XIV put bien révoijuer l'éilit, proscrire les calvinistes, et frapper ainsi la France d'une plaie plus profonde que toutes celles que

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