‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 281 sur 344 · PRÉLIMINAIRES DE LA GUERRE DE SAVOIE. 5S · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES DE LA GUERRE DE SAVOIE. 5S

sur les relations extérieures sa sollicitude et son activité. Par les divers traités conclus de 1594 à 1598, il avait terminé les différends de la France avec le duc de Lorraine^ le pape, le roi d'Espagne, et dissous la coalition formée originairement^our la conquête et le partage du royaume. Les dangereuses difficultés dont la Ligue avait surchargé son règne n'étaient cependant pas toutes résolues, et il restait à vider la vieille querelle que nous avions avec le duc de Savoie.

. De tous les voisins de la France, le duc de Savoie s'était pendant douze ans montré le plus hostile et le plus injuste. Les comptes que nous avions à lui demander étaient infinis. A la fin du règne de Henri III, en pleine paix, il nous avait enlevé le marquisat de Saluées : c'était un brigandage. Durant les cinq premières années du règne de Henri lY, il avait envahi et cherché à nous arracher le Dauphiné et la Provence, sans pouvoir alléguer d'autres raisons que celles de sa convenance et de son avidité. Henri, par amour de la paix, renonçant à la vengeance de tant d'injures, se bornait à réclamer son bien, le marquisat de Saluées.

En ce qui concernait le marquisat, la France avait pour elle, outre la possession jusqu'en 1 588, le droit et les traités. Le traité de Cateau-Gambrésis l'avait déclaré partie intégrante des possessions françaises, et ce traité avait servi de base à celui de Vervins, dans lequel le duc de Savoie s'était trouvé heureux d'être compris, grâce à l'intervention du roi d'Espagne, son beau-père. U était donc obligé à restitution par le droit commun, et par deux traités dont l'un était signé par lui-même ^

Ce qu'il était tenu de rendre, il prétendit le garder : la lutte qu'une politique éclairée l'engageait à éviter avec le

> Le duc de Savoie ratifia le traité de Verfiiu», le 21 jaiu 1598 (Thuanns, 1. GXX, § 7, U V, p. 728).

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plus grand soin, il l'affronta. Voici par quelles espérances vaines et quels faux calculs il fut conduit à cet imprudent éclat, n imagina d'abord quf^ pour garder le marquisat usurpé, il ne s'agissait que de gagner du temps, attendu que, dans le cours des négociations et (^ pourparlers, s'ils se prolongeaient, il surviendrait nécessairement des incidents qui l'affranchiraient de l'obligation de se dessaisir. En conséquence, il parvint à faire insérer dans le traité de Vervinsque le pape Clément VIII prononcerait comme arbitre entre lui et le roi de France au sujet de la posses* sion du marquisat de Saluées (1598). 11 refusa ensuite les conditions les plus équitables, en proposa chaque jour de nouvelles, et fatigua tellement le pape, que le pontife renonça au compromis fait entre ses mains (1599). Leduc annonça alors qu'il traiterait lui-même avec le roi, et il se transporta en effet à sa cour au mois de décembre 1599. Depuis le traité de Vervins, il s'était maintenu vingt mois dans la possession du marquisat, en temporisant : il se flatta de le conserver à jamais en troublant la France par ses intrigues. Il gagna Biron, déjà perdu d'ambition et de ressentiment contre Henri, en lui promettant l'une de ses lîllesen mariage et la souveraineté de son gouvernement de Bourgogile. Il débaucha du roi quelques seigneurs de la cour, qui, selon de Thou, n'étaient que trop disposés à la révolte, suite presque infaillible des guerres civiles. 11 s'attacha encore par ses largesses plusieurs membres du conseil, notamment le chancelier Bellièvre. 11 partit de France après avoir signé un traité aux termes duquel il s'engageait à restituer le marquisat de Saluées, ou à céder en échange la Bresse, le Bugey, le pays de Gex et le Valromey. Mais il obtenait encore trois mois de délai pour se décider : durant ce laps de temps, il espérait que la persuasion ou latorce mettrait le roi dans l'impossibilité de rien réclamer de lui.

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Aussitôt après son départ, ses partisans à la cour de France commencèrent à répandre partout qne la garde et la défense du marquisat de Saluées coûteraient six fois plus que cette principauté ne rendrait de revenu ; que Talliance du duc de Savoie était incoraparaU^ment préférable au recouvrement du marquisat; (|ue jsi le roi employait la force des armes pour se faire j ustice, il trouverait pour adversaires, outre le duc, le roi d'Espagne et tous les alliés de l'Espagne; que la France, à laquelle le traité de Vervins venait à peine de rendre la paix, serait rejetée dans une guerre terrible contre la moitié de l'Europe. En même temps, le duc de Savoie renouait ses relations avec l'Espagne, et recevait du comte de Fuentes, gouverneur du Milanez, l'assurance qu'il serait secouru de toutes les forces du parti catholique, s'il voulait rompre le traité qu'il venait de conclure. Le duc cherchait d'un autre côté à se ménager une puissante diversion en France et à enchaîner Henri dans ses États par une révolte, si ce prince quittait les négociations pour la guerre. A son instigation, Biron traita avec le comte de Fuentes et les Espagnols, et après avoir engagé dans son complot quelques-uns des grands seigneurs, il promit de fairesoulever une partie du royaume contre Henri, au moment où celui-ci en viendrait à une rupture avec le duc de Savoie. Dans certaines éventualités, la révolte pouvait prendre des proportions redoutables, parce que Biron, gouverneur de la Bourgogne, se trouvait en position de recevoir sans obstacles les troupes que l'Espagne lui enverrait de la France-Comté qui touchait à cette province, de la Savoie et du Milanez qui en étaient si voisins, et que le comte de Fuentes rassembla bientôt dans le Milanez jusqu'à 40,000 hommes. Le duc de Savoie, faisant allusion à la réussite et au progrès de ses intrigues auprès de Biron et des seigneurs ses complices, disait qu'on ne

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pourrait effacer qu'avec Tépée les traces profondes que son passage avait imprimées eu France '•

Les copiplots de l'intérieur auraient mis en péril un ' gouvernement mal assis ; les raisons de prudence que les partisans du duc dé Savoie en France faisaient valoir auraient ébranlé un roi faible. Une seule considération frappa Henri, c'est que son honneur et celui du pays exigeaient qu'un petit prince ne retînt pas ce qui leur appartenait, et ne les bravât pas par ses ruses, ses tergiversations , ses délais sans fin. Il résolut donc d'abord de le mettre à ses pieds par la force. Ea examinant avec attention les conséquences que le parti de la vigueur entraînait à sa suite, il se convainquit qu'il n'imposait nullement à la France une guerre contre l'Espagne et contre une partie de l'Europe. Le nouveau roi d'Espagne, Philippe III, était aussi timide de cœur que faible d'intelligence; ses finances étaient très embarrassées : son premier ministre, le duc de Lerme, entendait employer les sommes restreintes dont la couronne pouvait encore disposer, non pas à guerroyer, mais à s'enrichir. Henri était donc à peu près assuré qu'ils resteraient sourds aux prières du duc de Savoie, aux provocations du comte de Fuentes^. L'armée que lèverait le roi servirait à la fois à écraser le duc de Savoie, et à tenir en respect Biron et les seigneurs ses complices, lesquels n'oseraient en venir à une révolte ouverte, dès qu'ils verraient cette armée formée et conduite dans certaines conditions. Il s'agissait qu'elle fût forte , commandée par un chef sur la fidélité duquel Henri pût compter, suffisamment pourvue d'artillerie et de munitions pour une guerre où les sièges devaient jouer le rôle principal. En

* Pour ces deux paragraphes, Thuanus, 1. CXX, § 7, 1. CXXIII, § H, 1i, t. V, p. 7i8, 838-842; et 1. CXXV, § 5, 15, t. VI, p. 36, 37, 56. — Sully. CEcon. roy., ch. 94, 96, t. I, p. 3î5 A, 329, 330.

» Sully, OE^OD. roy., ch. 9C, t. 1, p. 331 A.

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