PRÉPARATIFS DU ROI POUR LA GUERRE DE 9AV0IE
effet les États du duc de Savoie étaient hérissés de villes qui toutes pouvaient attendre l'ennemi, et défendus par les deux places de Bourg et de Montmélian qui comptaient parmi les plus fortes de TEurope. >
La prudence de Henri aplanit les difficultés et pourvut à tous les besoins. Biron, en sa qualité de maréchalgénéral des camps et armées, avait seul commandé, dans les dernières campagnes, à toutes les forces rassemblées par le roi. Henri avait des renseignements certains sur ses trames, mais il n'avait pas de preuves ; et jusqu'à ce qu'il en eût, il ne pouvait éloigner des armées ce chef que ses talents et ses services avaient rendu populaire, sans soulever contre lui toute la noblesse , et même toute la nation. Dans cette situation difficile, il usa de tempéraments, recourut à des combinaisons où éclatait son habileté. Pour la guerre de Savoie, il se réserva le commandement suprême de l'armée. 11 partagea le commandement sous ses ordres entre Biron et Lesdiguièrcs, sans que les partisans de Biron pussent articuler une plainte. En effet, il s'agissait d'une part d'attaquer à la fois l'ennemi en Bresse et en Savoie; d'une autre, pour la conduite des opérations en Savoie, la voix publique déisignait Lesdiguièrcs que recommandaient une expérience et des exploits de onze années. Par ce partage des forces et du commandement, le roi laissait déjà peu de prise aux collusions de Biron avec l'étranger. Il ne s'en tint pas là. Il remplit la division confiée au maréchal, d'officiers dont la fidélité, aussi bien que la valeur, était éprouvée, et qui devaient neutraliser le mauvais vouloir et la trahison de leur général, dès qu*ils se produiraient. Le roi écarta de la grande maîtrise de l'artiUerie le vieux d'Estrées qui manquait de l'activité et de l'habileté réclamées par les circonstances, et il investit Bosny de ces importantes fonctions. Pour Rosny, le renouvellement presque complet du corps des Il 3i
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officiers d'artillerie, dont il chassa près de cinq cents incapables, la fonte de 40 nouveaux canons et de 6,000 boulets, la fabrication de 120 milliers de poudre nouvelle, ajoutés ^680 milliers de poudre ancienne qu'il tira des arsenaux du Languedoc, de Provence, de Bourgogne, de Lyon et du Dauphiné, la réunion de ce qui était nécessaire pour tirer 40,000 coups de canon, furent Tafifaire de quelques mois , et le transport d'un immense matériel de siège à Lyon et à Grenoble, celle de quelques jours. Comme il joignait alors la surintendance des finances à la grande maîtrise de l'artillerie, il appliqua pour quelque temps tous les revenus publics aux dépenses de la guerre et à la solde de l'armée , qu'il quadrupla par des recrues £sdtes subitement dans toutes les provinces. Le roi qui, au mois de janvier 1600, n'avait à Paris que six canons en état, presque pas d'armes ni de munitions , et qui ne comptait que huit mille cinq cents soldats, au mois de septembre de la même année, se trouva à la tête d'une armée de 23,000 hommes, portée bientôt à 30,000, pourvue d'une artillerie formidable et d'approvisionnements immenses *. Le mois de juin 1600 étant arrivé, terme fatal fixé au duc de Savoie pour la cession du marquisat de Saluées ou c(41e de la Bresse ; ce prince éluda de nouveau ses promesses, et mit en avant d'autres conditions. Henri se rendit à Lyon et se prépara à entrer en campagne. Le duc feignit alors d'en revenir aux idées d'accommodement, et il dépêcha au roi des ambassadeurs chargés en appa-
» Sully, CEcon. roy. , ch. 93 à la fin , 94 , 96 , t. I, p. 322 B, 823 B, 330 A, 331 B. — Mallhieu, Hisl. de Henri IV, l. II, p. 365. « Chascun » admirolt la diligence dont Rosny nvoil usé en la conduite d'un si M grand équipage, qui estoit de trente canons, et dix autres pièces, » avec tout ce qu'il faut pour lirer quarante mille coups,,. Pour tirer » quarante mille coups, il faut huit cens milliers de poudre, » — Thuanus, l. CXXV, § 5, t. VI, p. 37. — Lettre du roi du 3 septembre, t. V, p. 296.