‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 285 sur 344 · GUERRE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

GUERRE DE SAVOIE

gros de Tannée, et Rosny avec une partie du matériel de guerre qu'il avait préparé de longue main : une batterie de huit canons, dressée contre le château, consterna la garnison et l'amena à capituler (21 août). La terreur des armes du roi s'étant dès lors répandue partout, la résistance, du côté de Tennemi , ne fut plus que l'exception. Conflans qui défend l'entrée de la Tarentaise, et Miolans qui ei) est proche, quoique pourvues de fortes garnisons, n'attendirent *pas un premier assaut pour se rendre. Le château de Charbonnière, qui est la clef de la Maurienne, fort de sou assiette exceptionnelle, crut pouvoir tenir bon. Il était placé sur un roc inaccessible et bien garni d'artillerie et de munitions. Quelques montagnes le dominaient, mais tellement abruptes , que c'était tout ce que poArait faire un homme à pied que d'y monter; pour armer au sommet, il fallait de plus passer devant le châ- ^Â teau et essuyer son feu. Il paraissait insensé de songer à conduire du canon en pareil lieu. Toutefois Rosny, profitant d'une nuit obscure et pluvieuse, détournant habilement l'attention et l'efiPort des ennemis sur un autre point, faisant traîner et souvent porter ses canons à force de bras par quatre cents soldats, établit une batterie de douze canons au sommet d'une montagne qui commandait la place, tira contre le fort jusqu'à six cent trente sept coups en quelques jours, et contraignit la garnison à capituler aux conditions qu'il lui convint de lui imposer (2 septembre). L'entrée de la Tarentaise étant ouverte par l'occupation de Conflans, et celle de la Maurienne par la prise de Charbonnière, la conquête marcha avec une prodigieuse rapidité. Lesdiguières soumit d'abord Saint- Jeande- Maurienne, et ensuite toutes les places de la vallée jusqu'au mont Cenis. De là il entra dans la Tarentaise, et prit successivement Moustiers, capitale du pays et les forts de Briauçon et de Saint- Jacomont. Il ne restait plus

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dans toute la Savoie propre que la citadelle de Montmâiaii qui n'eût pas subi la loi du roi '.

Henri laissa la conduite honoraire da si^e aa oomte de Soissons , la conduite effective à Lesdiguières et à Rosoy « et alla faire un voyage dans la Bresse et le Genevms pour presser les op^ations de la guerre, et surtout pour surveiller la conduite et les desseins de Biron. Cinq lettres de Biron , saisies plus tard, mais écrites à cette époque , prouvent manifestement ses intelligences dé tous les jours avec le duc de Savoie, et avec un certain nombre de grands seigneurs de la cour conjurés tous ensemble. Tant que le maréchal n'avait été poussé que par ses ambitieuses espérances et par le dépit de n'avoir pas conduit seul la guerre de Savoie, il ne s'était attaqué qu'à l'autorité de Henri. Mais quand le roi, qui en savait assez pour ne |lus compter sur sa fidélité, lui eut refusé legouvemememde Bourg et de la citadelle après qu'il l'aurait réduite, sa ^ fureur ne connut plus de bornes, et il forma le projet d'attenter à la vie du prince. Il donna son signalement au commandant du fort Sainte-Catherine, et l'invita à pointer ses pièces de manière à frapper Henri d'un coup mortel, au moment où il s'approcherait de la place pour en faire la

> Lettres du roi des 14 , 20, 22, 27 août, des 3, 9, 10 septembre 1600, dans le Recueil des Lettres Missives, t. V, p. 273, 282, 284, 291, 296, 299, 300, 301. — Matthieu, Hist. de Henri IV, l. II, p. 353, 356- 358. — Sully, OEcon. roy., ch. 96,t.I,p. 332-335.— Thuanus,LCXXV, § 2, 4, t. VI, p. 33 à la fin, 34, 35. — La prise de Bourg en Bresse et la prise de Montmélian en Savoie ont lieu la même nuit, le 13 août, comme rétabliî?sent la correspondance du roi et le témoignage de la plupart des contemporains. Matthieu, p. 353, les résume en ces mots : « Le Roy, à son réveil du quatorzième aoust, entendit la pri?e de » Bourg, et sur les onze heures du mesme jour, celle de Moutmeillan. » C'est par erreur que V. Cayet, Chron. S'plen. , 1. 111, t. II, p. 102 B, assigne le 17 août pour la date de la prise de Montmélian. Plusieurs historiens modernes s'en sont rapportés mal à propos à l'indication de ce chronologuc, et nous avons nous-mémc partagé ce tort dans notre première édition.

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reconnaissance. Toutefois Texécution de cette détestable entreprise n'eut pas lieu, et ce fut le maréchal lui-même qui la prévint. Soit qu'il reculât devant Ténormité ou la honte d'un pareil attentat ; soit qu'il appréhendât malgré les précautions prises d'être frappé lui-même, car il devait accompagner le prince dans cette reconnaissance , il détourna l'accomplissement du crime dont il avait donné l'idée, en empêchant Henri d'approcher assez près des murailles pour être atteint. Au moment où le roi n'échappait à la mort que par le hasard d'un remords ou d'une crainte, il conservait toute son affection pour Biron ; il le priait, le pressait d'éloigner de lui le traître La Fin, son agent et son intermédiaire auprès du duc de Savoie, et d'échapper ainsi au déshonneur et à la ruine *. Malheureusement Biron fut sourd à la voix de son souverain, resté son ami malgré la connaissance qu'il avait de ses intelligences avec les ennemis de l'Etat, et poussant ainsi la clémence peut-être jusqu'à l'excès, certainement jusqu'à l'héroïsme.

De retour en Savoie, Henri trouva le siège de la citadelle de Montmélian fort avancé par la prodigieuse activité et l'intelligence de Rosny. Toutes les difficultés naturelles que l'assiette des lieux présentait à Charbonnière se retrouvaient plus grandes et plus nombreuses encore à Montmélian. Cependant elles avaient été surmontées. Rosny avait élevé autour et au-dessus de la forteresse jusqu'à neuf batteries, formant une masse de quarante canons , qui foudroyaient incessamment la place, et ne laissaient à la garnison que l'alternative de s'ensevelir sous les débris ou de se rendre. Le gouver-

» Thuanus, l. CXXV, § 5, l. VI, p. 87. — Sully, CEcon. roy., cb. 97 t. I, p. 348, 844 A; ch. 98, p. 844 B. — P. Cayei, Ghron. seplen., 1. 111, t. Il, p. 111 B, et 1. V, p. 191 A. — P. BAatthieu, 1. U, p. 861, 1. 111, p. 491.

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