CHAPITRE II
Premiers complots, puis conspiration du maréchal de Biron. Sédition dans les provinces du Midi pour la Pancarte {1595-1602).
Attachement <lu roi pour le maréchal de Birou : il a épuisé pour lui toutes les faveurs et lui a sauvé trois fols la vie. — Premières pratiques de Biron avec les E-ipa^oIs de 1595 à 1598. Henri en est instruit et essaie généreusement mais eo vain de le ramener en lui créant une poslllon exceptlornelle et en IVnvoyant à Bruxelles jurer la paix de Vervins : suite des tntriipues de Biron avec les Espa* gnols en 1599. — Premier traité du maréclinl avec le duc de Savoie au mois de décembre 1599. Pondant la guerre de Savoie, en 1600, trahisons de Biron, ses projets contre In vie de Rosny et du roi, sa tentative avec quelques grands seigneurs pour placer Henri entre un soulèvement en France, et une révolte à Tarmée. Le roi, informé de ses trames, essaie pour la seconde fois, et par un généreux avis, de tirer Biron de la vole du crime. Le maréchal y persiste et conclut avec le duc de Savoie et.les Espagnols TlnfAroe ronvenlion de Sorae : Pexlermioation du roi et de la famille royale, le démembrement de la Fran'-e, la monarchie élective sous la dépendance de TEspagne pour les provinces restantes y sont proposés. Pour détourner les soupçons du roi et le jeter dans la sécurité, Biron lui fait l'aveu de la moindre partie de ses crimes, et obtient le pardon de Lyon. Henri Pavertlt de ne plus y revenir (janvier 1601). - Le maréchal conspire pendant dix-huit mois après le pardon de Lyon. Il poursuit activement ses pratiques et son traité avec le duc de Savoie et le comte de Fuentes. An dedans du royaume, il s*unit au duc de Bouillon et au comte d*Auvergne, et tenle de former une vaste conspiration dans laquelle entreront les anciens ligueurs et le clergé: les grands seigneurs poursuivant le projet de ressusciter Taristocrati^féo'laie; les calvinistes, auxquels on abandonnera un certain nombre de provinces du royaume démembré, les populations mécontentes. Résultat des tentatives de Biron auprès de ces diverses classes de citoyens. — Le roi cherche deux nouveaux moyens de Tarracher aux Savoyanis, aux Espagnols, à la haute trahison : Il rappelle auprès de lui, et l'envoie en ambassade en Angleterre et en Suisse (1601). Le maréchal sacrifie ses deux premiers agents Iji Fin et Renazé : il les remplace par de Lux et Hébert, qui concluent son traité avec la Savoie et PEspagne, et consentent en son nom les deux clauses principales de la convention de Some. — Ses intrigues et celles de Bouillon à l'intérieur : calomnies répandues contre le roi, séditions dans les provinces du midi provoquées par la levée de Pimp^t du sou pour livre ou Pancarte. Le roi se rend à Poitiers (25 niai 1602). Il envoie ses commissaires h Limoges punir les auteurs de Témotion populaire, calme partout ailleurs iuiménie la sédition, rétablit momentanément la Pancarte pour que force demeure k la loi, mais peu après la remplace par un impât moins antipathique au peuple. — Le roi est averti par ses ambassadeurs des progrès de la conspiration de Biron au dedans et au dehors. La Fin, l*anclen agent du maréchal, fournit an roi sur ces complots des détails précis et écrits. Henri appelle Biron à Fontainebleau. Il essaie trois fois de le sauver, en ne lui demandant pour prix d*un entier pardon qu'un aVeu et un repentir. Il ne trouve cbez le maréchal que dénégations mensongères, morgue, insultes détournées, provocations à ses prétentlus ennemis. Il le livre au Parlement, A la justice régulière du pays. Dis-
550 LIV. VI. CH. 11. INFINIES OBLIGATIONS DG BIBOX ETHrERS LE MN.
couru fie Biron pour «a d^frmie. Il est coodamnéà WÊ&n à rmmamtmÊÊr de H! jage% (31 jull'.rt 1602'. Sa mort met fin non aax consplratioas, ci mmoL ili ll%i ai t ■ avec rétraoger, raaU aux révoltes armées des grands jelgoci»^ et à levrs tentatives pour le r^ablUwmeot de rartstocratle iéndalc. — J«y iiif i< wmr Im c«bdalle du roi dans cette affaire.
Henri IV disait qu'il n'avait jamais sâmé personne autant que le duc de Biron, et comme cette aflfection s'était noblement satisfaite, il en résultait que personne en France n'était redevable au roi autant que le duc. Henri avait pris cet liomme baron de Biron et mestre-de-camp, pour en faire d'abord un maréchal de camp, puis un amiral de France, puis un maréchal de France ; un gouverneur de Bourgogne, la première province et la première pairie du royaume; un lieutenant-général de ses armées, au siège d'Amiens, ayant autorité au-dessus du connétable et des princes du sang ; un duc et pair enfin, et cela en neuf ans. Il avait réuni, accumulé sur lui toutes les charges et tous les honneurs qu*un prince reconnaissant trouvait dans le pays pour payer ses servipes. Quelque grandes que fussent les obligations que Biron avait contractées en sollicitant et en recevant ces bienfaits, il était lié par d'autres plus particulières et plus étroites, de l'espèce de celles qu'un honnête homme ne rompt, et même n'oublie jamais. Le roi lui avait sauvé la vie trois fois au péril de la sienne, la première au passage de l'Aisne, dans la poursuite du duc de Parme , la seconde, au combat de Fontaine-Française, la troisième, à la sortie du 17 juillet faite par les Espagnols durant le siège d'Amiens '.
» MalUiioii, Histoire do H-iiri IV. 1. III, p. 485 et 505. — Le Père Anselraf», Histoire généalogique de la maison de France, t. VU, p. S62, 303. — Sully, (Econ. roy., cb. 31, t. I, p. 82. Henri IV dit au sujet de lîirou. « Jamais jo u'ay tant aymé personne comme je l'ay aymé : » je luy eusse fié mon fils ot mou royaulme. Il m'a bien servy, mais » il ne peut dire que je ne luy aye sauvé la vie trois fois. Je le liray » des mains de l'eunemy £i Fontaine-Françjaise si blessé et si estourdy » de coups que comme j'avois fait le soldat pour le sauver, je lis » encores le marescliul pour la retraicte; car il me dict qu*il n'esloit » pas eu estât d'y penser, uy de me servir. »
' CAUSES DE l'ingratitude ET DES COMPLOTS DE BIRON. 557
Comment le duc de Biron comblé par le roi , comblé par la France, devint-il traître envers son bienfaitem: et sa patrie : la chose étonne tristement mais s'explique. Les exemples domestiques, Taudace et l'impunité de quelques grands seigneurs du temps, les regrets et les intrigues de l'étranger, et par-dessus tout ses passions contribuèrent diversement à sa chute. Il y avait dans la maison de Biron, à côté de l'héritage de grands services, toute une tradition d'intrigues et de perfidies. La maxime du vieux maréchal de Biron était «qu'il fallait tenir tous« » jours son prince en défiance et en jalousie. » Il Tavail mise en pratique sous Henri III, en se rapprochant du duc de Guise, toutes les fois qu'il voulait obtenir quelque dignité nouvelle ou quelque argent; sous Hehri IV, en traversant la fortune de ce prince à la guerre, quand elle devenait trop prospère à son gré, et menaçante pour la puissance des grands seigneurs et pour son crédit *. Le vieux Biron n'avait jamais passé certaines limites ; s'il avait eu collusion avec l'ennemi du dedans et du dehors, il n'avait jamais traité avec lui : s'il avait nui au roi et à l'État, il n'avait jamais entendu les perdre : il n'avait attenté ni à l'unité nationale, ni à l'intégrité du territoire, ni à la forme du gouvernement, ni à l'autorité et à la vie du roi et de la famille royale : il s'était ménagé dans la faute et le délit. D avait donc laissé à son fils l'exemple de la mesure dans la trahison, mais il lui avait appris à trahir, et la pente sur laquelle il l'avait placé était effroyablement glissante. Le duc de Biron vit Mayenne et d'Épernon traiter avec l'Espagnol et traiter impunément : il reçut de ces faits contemporains de pernicieux conseils pour sa propre conduite. Il eut le malheur encore d'être en butte aux avances et aux offres de la Savoie et de l'Espagne, alors qu'au moyen de troubles suscités en France,
« Matthieu, Hist. de Henri IV, l..ni, p. 487.