‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 291 sur 344 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Etat politique de la France en 1600.

Gmods résultnts obtenus contre Ifs factions et contre les étrangers par Henri IV, dans la première partie de son règne. Dans la seconde il veot, par un gouvernement sage et une administration savante, rëgéoërer la France, lui rendre sa prospérité et sa puissance des meilleurs temps, assurer à toutes les classes de citoyen» la somme de bonheur à laquelle elles ont droit de prétendre. Les cornplot.s et les soulèvements partiels, qui font le sujet de ce livre, ne peuvent distraire le roi de ce soin. — État politique de la France en 1600. I>*s quatre grandes causes de guerres civiles qui, depuis quarante ans, ont agité et désolé le royaume, n'existent plus. L'adjonction des domaines et de la maison de Bourbon et la supériorité personnelle du prince ajoutent h la puissance du gouvernement. Toutes les classes des cltoyeus, excepté celle des hauts seigneurs, sentent vivement le prix du rétablissement de la paix et de Tordre, Us sont dégoûtés dé la révolte.— Les guerres civiles ne sont phis possibles; les conspirations, les troubles, les assassinats le sont encore, entretenus par diverses causes.L'esprit de réaction a survécu aux fSictlons. Les hauts seigneurs persistent dans le projet, les uns de rétablir la féodalité, les autres de se créer des principautés : en outre leurs désordres leur rendeul nécessaire le renouvellement des troubles : paroles et espérances de Biron à ce sujet. L'esprit de fanatisme ne peut plus armer les masse»; mais il peut pousser quelques furieux à rassas&lnat du roi.

En dix ans et demi de règne, Henri avait abattu ou désarmé les deux grands partis de la Ligue et du Calvinisme, et plusieurs autres factions secondaires : il avait ainsi détruit dans notre pays tous les principes de révolution et de bouleversement. En même temps, il avait vaincu

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Mal* le tara, trrre «lu sran.J h»:»mm^ est rètre c^^oifJet : cehii d^ ?^ œii\T^ »i^ ^Vt»fn.ire a tt>at, de ti>ut embras- .vît. I>; royaume, ^âuvtf de la ruine, était faible et épuisé ; se» hahitant.^. remis en [io^.s>ssion de leur indépendance . étaient rnlrérables. Henri sentit qu'il n'avait accompli que la moitié de l'œuvre à laquelle l'appelaient la Providence et .vjn génie. Rendre au pays sa prospérité et sa puissance des meilleurs temps; assurer, non pas seulement aux haute et moyenne classe, mais au plus humble des eitriyens, au dernier des paysans, la somme de Uinheur à Lujuelle il avait droit de prétendre, à l'aide iWin gouvernement protecteur et d'une administration H;ivanU;, ti'lles furent les préoccupations, tel fut le travail de Henri durant la s^îconde moitié de son règne. Dans Tas-

CAUSES DE ISUERRES CIVILES DÉTIIUITES. 551

semblée des Notables tenue à Rouen il avait annoncé que ce n'était pas assez pour lui d'être le libérateur, qu'il voulait de plus être le restaurateur de la France. Ce projet, il l'accomplit ; cette parole, il la tint, trouvant dans sa merveilleuse organisation la puissance d'esprit , la fécondité et la souplesse d'intelligence nécessaires pour devenir à l'improviste administrateur et législateur.

Il fut souvent troublé , jamais interrompu dans ses nouveaux travaux, par des complots et des soulèvements partiels que nous réunirons ici dans un même chapitre , afin de nous occuper ensuite sans distraction de ce qui fait la partie, sinon la plus populaire, au moins la plus solide de sa gloire, et le point de départ véritable de la France dans la carrière des arts de la paix.

Depuis quarante ans, quatre causes avaient donné naissance aux guerres civiles en France et les avaient alimentées. C'étaient les persécutions dirigées contre la liberté religieuse des réformés, et, les armes une fois prises, les passions déchaînées, la nécessité où s'étiiient trouvés les catholiques de défendre leur culte. C'étaient la puissance et l'ambition des Guises, qui avaient disputé le trône aux Valois d'abord, aux Bourbons ensuite, ens'aidant au dehors de l'Espagne. A ces causes principales s'étaient jointes deux causes secondaires, mais très-puissantes encore. En premier lieu, l'usurpation des pouvoirs royaux par les gouverneurs de provinces , dont plusieurs s'étaient placés dans un état d'indépendance à peu près absolue à l'égard de la couronne. En second lieu, l'existence prolongée du dernier grand fief véritable qui restât encore en France. La branche aînée de la maison de Bourbon posvsédait en toute souveraineté, soit par le droit, soit par le fait, un royaume et seize principautés, duchés, comtés, dont la plus grande partie -était située loin du centre du gouvernement. Les maîtres de ces vastes do-

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mnies avaient k titr? de rv:<5 H df pccmefs prîiKieg^ du sai^. Dans la soerr? desdeox neiisîctts'.dai^lr débat reialnreoieot à la soocesaioo de la «ovroane, ik aiûmt donné à leor parti des fortes maléneO» et une aalûfilè qui loi araîent pennis de tenir tète à laronnté.

En IÇOO.aœone de ces caoses n'existait plus. Les calviniâles avaient reçn la liberté de oonscienee et la pleine lilierié civile par l'édit de Nantes : les catbo&iiies, qui dès le principe avaient obtoin tontes ks garanties pour k maintien de leur religion, avaient vu ensaîte le roi passer dans leors rai^. Dans une lutte praJonsée et solennelle de neuf ans. les Guises, les princes lorrains avaient été vaincus toujours et partimt, avaient été terrassés par les Bourbons : leur allié, le roi d*E^ngne, s'était tellement épuisé, que loin d'avoir des années à prêter désormais aux ré^'oltés de France, il s'était défendu Inimême à la fin avec peine et avait recherché une paix désavantageuse. Henri, couvert de gluire et rentré en possession de la plénitude de la puissance royale, avait ramené les gouverneurs de province à n'être plus que les offi<-iers et les agents, supérieurs, il est vrai . mais enfin les agents de la royauté dans Tordre militaire et civil. Bien que Henri n'ait réuni s^in vaste domaine privé à la . couronne par un acte législatif qu'en 1607, il eu avait mis les ressources au stTvice de la couronne, il en avait augmenté d'autant la force et la puissance de la royauté depuis son avènement. Ajoutez que la France était régie par un prince belliqueux, vainqueur de tous ses ennemis, grand a/lministrateur autant que grand guerrier, admire et redouté de ses voisins. Or, [>our quiconque connaît le caractère français, il n'est pas douteux qu'à toutes les époijues les qualités bonnes ou mauvaises du chef de l'Éliit n'aient exercé la plus puissante influence sur le gouvernement et les destinées du pays. Enfin , et par-dessus

CAUSES DR THOUBLES ET D'aSSASSINAT SUBSISTANTES. 553

tout, les citoyens de toutes les classes dans le clergé, la "^ noblesse distincte des grands seigneurs, la bourgeoisie, le peuple , sentaient trop vivement le prix de la fin des troubles, du rétablissement de l'ordre public, pour y porter atteinte, en se faisant les soldats de Témeute à la voix des ambitieux : l'esprit public n'était plus, pour longtemps, tourné vers la révolte.

La France étant en cet état, les guerres civiles n'étaient plus possibles; mais les conspirations, les troubles, les assassinats l'étaient encore. Deux causes leur donnaient un aliment. L'esprit de faction nourri {)endant quarante ans, avait survécu aux factions. Le parti des liants seigneurs gardait l'idée et l'espoir qu'il avait si clairement manifesté en 1596 : les uns voulaient transformer' leurs gouvernements en fiefs : les autres songeaient à détacher des provinces du corps de la monarchie , et à s'y créer des principautés. Parmi les grands , les imaginations ardentes, les esprits faux, croyaient que rien n'était si facile que de ramener les temps de la Ligue, et leurs désordres, non moins que leur ambition, les entraînaient à la révolte : en effet, la guerre civile et le pillage pouvaient seuls fournir à leurs plaisirs, à leur luxe, à leur jeu efli*éné. Biron avouait avoir joué quinze cent mille écus du temps, environ six millions d'aujourd'hui, et en considérant l'énormité de ses perles, il disait : « Qu'il ne sçavoit pas s'il mourroitsur unéchafaud, mais » qu'il n'iroit jamais à l'hôpital. » Et pour ne pas aller à rhôpital, pour faire une fin plus digne d'un grand seigneur, il prenait de préférence le parti de mettre sa tête en jeu. « Quand la paix sera conclue , ajoutait-il , les ' . » amours du roi , les mécontentements de plusieurs , la » stérilité de ses largesses, pousseront force divisions , et » plus qu'il n'en faut pour brouiller les Etats les plus pai- » sibles du monde. Et quand cela manquerait, nous en

55i l:v. VI. cil. 1. CAUSES de troubles subsistantes.

» trouverons en la religion tant que nous voudrons, pour » mettre les plus froids liuguenots en colère et les plus re- » pentants ligueurs en fureur K » La connaissance approfondie des affaires auxquelles il avait été mêlé dès sou enfance, et un merveilleux instinct de faction avaient * révélé à Biron toutes les parties faibles du système politique et social de la France, au temps de la paix de "Vervins et de la paix avec le duc de Savoie : elles sont toutes contenues dans le peu de mots que Ton vient de lire. Mais il voyait avec les yeux de la passion, se grossissait les objets, exagérait les principes de troubles déposés au sein de la France. Il n'y avait plus de quoi bouleverser le royaume, mais il restait de quoi l'agiter : le fanatisme religieux ne pouvait plus armer les masses contre Henri IV; il ne pouvait que pousser le bras de quelques furieux et l'assassiuer.

1 p. AlaUhieu, Hist. de Heuri IV, l. III, p. 483, 488.

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