‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 321 sur 344 · PKEIIIÉRE ENTREVUE DU ROI ET DE BIRON · texte numérisé non relu

PKEIIIÉRE ENTREVUE DU ROI ET DE BIRON

lime humiliation qui s*y attachait, le coupable, d'une part, offrîl à la justice la satisfaction qu'il ne lui donnait pas par son châtiment; et que de l'autre, il descendit de l'orgueilleuse et redoutable position qu'il s'était faite audessus du droit et de l'ordre public du pays. Il fallait que par le repentir et le changement, il fournit la garantie qu'il ne reprendrait pas ses trames le lendemain, et que le règne entier de Henri ne se passerait pas à réprimer des complots intérieurs, appuyés par l'étranger, au lieu de s'employer à restaurer la France. Tels furent les mobiles auxquels le roi obéit, la règle de conduite qu'il se traça, dans^ ses derniers rapports avec le maréchal de Biron.

Leur première entrevue eut lieu dans le grand jardin de Fontainebleau, près du parterre. Le roi embrassa Biron, reçut ses excuses sur le retardement de son voyage, le prit par la main en se promenant, et lui montra le dessin de ses bâtiments. Après avoir essayé,. par cet accueil tout cordial, de réveiller chez lui l'affection des anciens temps, il le conduisit du grand jardin dans le petit, et le tira à part dans l'u&e des allées. Là il lui dit : c Qu'il avoit désiré ardemment le voir, pour être éclairci sur plusieurs menées traméesparsesennemiscontre son service; que s'il lui en parloit franchement et véritablement, il lui assuroit qu'il ôteroit de son cœur tout le ressentiment qu'il pourroit en appréhender. Que s'il avoit eu quelque mauvaise intention contre son État, cette faute ne lui causeroit aucun préjudice, et ne lui apporteroit qu'im repentir. » Biron comptait que La Fin n'avait rien révélé, que le roi manquait de preuves contre lui ; qu'il ne pouvait être convaincu que par sa propre conscience, et il répondit : « Qu'il » n'étoit venu ni pour se justifier, ni pour demander par- » don, ni pour accuser ses amis. i> Il ajouta plusieurs paroles hardies, et les accompagna de mouvements si peu

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SECONDE EKTHEVUE : LE MAnÈCFIAL INSULTE LE ROI. 605

Y> été si familier; mais toute mon appréhension est que )) quand je lui auray pardonné, il ne pardonne ni à moi, » ni à mes enfans, ni à mon État; car il ne m'a jamais » rien voulu confesser, et vit avec moi comme im homme » qui a quelque chose de malin dans le cœur. Je vous prie,

» voyez-le S'il s'ouvre à vous sur les discours que

» vous lui tiendrez, et sur la certitude de ma bienveillance » que vous lui donnerez , assurez-le qu'il peut en toute » fiance me venir trouver, faire confession de tout ce qu'il » a pensé, dit et fait, moyennant qu'il ne cèle rien, et que » je lui pardonnerai de bon cœur , comme je vous en » donne ma foi et ma parole ^ »

Biron vint trouver le roi pour la seconde fois ce jourlà, à l'issue du diner. Henri ordonna à son fils, le duc de Vendôme, de l'aller saluer, prévenance délicate, avance adressée à l'affection, qui ne rencontra que la haine. Ce sentiment éclata aux premiers mots de leur conversation. Le roi, lui montrant la cheminée de marbre où était sa statue équestre en relief, triomphante au-dessus de ses victoires, lui dit : a Eh bien! mon cousin, si le roi d'Es- » pagne me voyoit comme cela, que diroit-il? » Biron répondit : « Il ne vous craindroit guères. » Henri le regarda d'un œil rigoureux. Le maréchal ajouta alors : a J'entends, sire, en cette statue que voilà, et non pas en

< Sully, OEcon. roy., ch. 109, p. 397 A-B. Le billet par lequel le roi appelle Sully de Moret à Fontainebleau, ne se trouve pas dans le Recueil des Lettres Missives, t. V. Le voici avec quelques circonstances détaillées et précieuses. « Si tost qu'il fui arrivé (Biron) le roi » vous escrivit un mot de sa main k Moret, auquel lieu vous vous » étiez allé promener, où il y avoit ces mots : Mon amy, nostre » homme venu, qui fait fort le retenu et le prudent. Venez en dilir » gence, afin que nous advisions à ce que nous avons à faire. Adieu » je vous aime bien. » La présence de Sully, alors marquis de Rosny, à Fontainebleau, dès le It juin, est établie par le témoignage des historiens contemporains, Tanteur de la Relation contemporaine dans P. Cayet,p. 185 B,'et Matthieu,]. lU, p. 500 au conmiencement. Dans \e Discours du roi nous ne reproduisons pas Torlhographe du temps.

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y t:h*frff voos a-t-il faite? «que lui arez— tsoqs £t? Yi!«f k

• cocmoisvez bien : il esl libre et Sranc « et Tviit qw r<B » \ ire de même aret lui. L'on m'a d'A que ^«ws aria fût » le froid et le retenu avec lui ; cela nesi pas de saisn ■ » s^'lon son humeur et la vdtie. Je suis vc4re parenL iiv4ie

• w-nit^ur fi votre ami : croyez nK*a c^nseD . «•! vv«5 f voa-ï erj trr*uv*rr«rz h'i*^n. Dites-moi :if*rrrrtfyii ce ?i/f rc-^a

cKez suy U t^/niT, et p^our «rertain j'y af«f»;.rterai remède, > «rt ne f.nvjLiï^nL jvir que je v«,.as tri-mf^e. • B:r>n rvfiiqiia : J'ai répi-'ii-lu au ra sur t-i^ut ce qu'il m'a enqcis. ixj'ii.^ i-M n'onl «rte que prop-irs communs t- 1 phamJes génère]*.-*; au5*i rravois-jt^riendavantaseàlui dîne. » • Monsieur. rej>arlil Rr'>ny. ce nest [»a5 là c«:»mme il faut jj«t>eéder envers cet esprit vraiment royal: ouvrez-lui votre cœur et Ixû dites tout, ou à moi si tous ty>M/er. et devant qu'il soit nuit, je vous répc»nds que vous demeurerez ci:»ntens lun de l'autre . » A quoi le maréchal répliqua ; « Jo n'ai rien à dire au roi. ni à vous, plus que j*aî fait ; mais

^ I>a Relation ' oriteiiij»<jrame dan* P. Cayd. 1. V, p. ISS IL — Matthieu, 1. in, i». ;w, T,oo.

LE nOl TENTE TROIS FOIS DE SAUVER BIRON. 607

si sa majesté a quelque défiance ou mécontentemenf de moi, que lui ou vous me le disiez librement, que vous me fassiez connoltre sur quoi et ce que c'est, et alors j'y répondrai. » Sully reprit : a Que votre conscience vous juge » vous-paême, et conduisez-vous tout ainsi que si vous » croyiez que nous sçeussions ce que vous avez fait^ dit et » pensé déplus secret; car je vous jure en ma foi que c'est » le vrai moyen d'obtenir du roi tout ce que vous sauriez » désirer. C'est le conseil que je vous donne, et par Dieu, » si vous le voulez suivre, vous et moi nous gouvernerons ») la cour "et les affaires, n Biron répondit : « Je veux bien » vous croire ; mais je ne scais rien et n'ai a confesser péché w ni pécadille ; car j'en sens ma conscience fort nette depuis » ce que j'ai confessé au roi à Lyon. » Après cet entretien, Rosny entra au cabinet, y demeura près d'une demi-heure, et, venant retrouver le maréchal, lui dit que le roi le demandait. Henri attaqua à son tour l'opiniâtreté de la dissimulation et du silence de Biron. U le conjura de lui dire la vérité, de ne pas cherche]^ à lui cacher ce que le temps ne pouvait longuement couvrir, et ce dont il était si bien informé; que ve qu'il en voulait apprendre de sa l)ouche n'était que pour lui montrer qu'il désirait que personne que lui n'en eût connaissance. Le maréchal tint ferme sur les protestations de son innocence, se récria contre des inculpations insupportables à un homme de cœur comme lui, à une conscience aussi irréprochable que la sienne, et supplia le roi ou de 4ui faire justice de ces calomnies, ou de permettre qu'il en tirât raison par son épée. Ces protestations et cette parade d'innocence, toutes révoltantes qu'elles étaient, laissèrent le roi calme, comme les emportements et les menaces du matiu, et il continua à chercher quelque expédient nouveau pour sauver le maréchal. Dans l'assaut qu'il livra à sa folle confiance, à son orgueil, à son obstination, il proportionna

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