LA SITUATION. DIRON SB HEND A FONTAINEBLEAU
qu'il devait au maréchal, estimant que les faute^ du coupable n'effaçaient pas ses services. Il lui parlait dans les termes les plus affectueux, lui rappelait, mais par allusion seulement, les bienfaits dont il l'avait comblé, lui promettait une fortune et une faveur égales pour l'avenir, dès qu'il aurait reçu de lui des assurances de sa fidélité. Cette lettre étant restée sans effet, Biron étant demeuré en Bourgogne, Henri lui avait envoyé successivement d'Escures, puis le {«résident Jeannin, pour le presser de se rendre à la cour, a Le président Jeannin, dit d'Aubigné, fut le dernier messager qui lui parla de sa faute, de la clémence du roi, lui fit voir les bandes préparées pour aller à lui, à la tête desquelles était Lavardin, fait maréchal de France. Il lui fit voir encore par la dextérité de Sully que son arsenal était changé en poudres inutiles ^ » Parmi les confidents de Biron, ceux qui jugeaient que son humeur intraitable, son inflexible orgueil se refuseraient à demander grâce au roi, comme le lui conseillait Jeannin, le pressaient de profiter au moins des avis du président, en se retirant en Franche-Comté auprès des Espagnols. Pour son malheur il ne suivit pas ce conseil, et dans le parti qu'il prit, il se décida pour les affirmations de La Fin , et par le sentiment du baron de Lux , diversement, mais également propres à l'égarer. La Fin devait de toute nécessité tromper le maréchal, et il le trompa. Outre les motifs de haine et de vengeance qu'il avait contre lui, et qui ont été précédemment exposés , il était persuadé que Biron le ferait assassiner par ses sicaires ou par ses parents, pour peu qu'il le soupçonnât de l'avoir trahi, ou seulement compromis. Et en effet, les jours de La Fin ne cessèrent d'être menacés qu'après l'ar-
< Sully, CEcoD. roy., ch. i09, p. 896 B, 397. ~ Lettre du roi à Biron du 14 mai 1609, t. V, p. 594. — Matthieu, Hist. de Henri IV, liv. m, p. 396. — D'Aubigné, Hiat. uuiv., t. UI, 1. V, ch. Il, p. 494.
GÛO LIV. VI. Cil. II. PLAN DB COmHJITB llO HAftÊCHAL.
restation du maréchal, quand la justice qui, pour arriver à la vérité, avait besoin de la vie et du témoignage de La Fin, Teut placé sous sa garde, et lui eut donné une escorte année -pour le dMendre *. La Fin, interrogé par Biron sur son voyage à Fontainebleau, lui répondit qu'il n'avait rien révélé de la conjuration, et que le roi en était resté aux soupçons et aux conjectiu^s. Biron .cmi à ces assertions et à l'absence de toute preuve contre hii. Le baron de Lux, avec lequel il agita le parti auquel il devait s'arrêter, vit trop le dfljiger de la dégradation, et pas assez le péril de la vie. Il lui représenta qu'il ne lui restait rien dans ses places fortes pour se défendre ; que si le roi venait à lui tète baissée, avec ses diligences accoutumées, il serait contraint de quitter le royaume, et n'apporterait aux ennemis qu'un cœiu'ulcéréet une fortune ruinée. Ces réflexions firent une vive impression sur l'esprit du maréchal^ et quand il apprit d'un autre côté que le roi avait dit publiquement : « que s'il ne venait à lui il Tirait que- » rir, » il ne put supporter l'idée d'un exil, déshonoré en France, impuissant et peut-être méprisé à l'étranger : il se décida donc pour une entrevue dont il se flattait de surmonter les dangers, parce qu'il était persuadé que Henri manquait des moyens de le convaincre. Son plan fut de nier hautement au roi qu'il eut jamais rien comploté; de rejeter sur la haine de ses envieux et de ses ennemis les bruits d'une conjuration ; de donner du poids à ces assertions par la hauteur de ses réponses et de sa conduite ;
* Le passage suivant montre jusqu'à quel point les craintes de La Fin étaient fondées. « Le samedy 13 de ce mois^ arriva à Paris le » seigneur de La Fin, fort bien accompagné, et qui marchoit ordinai- » rement par les rues, avec quinze ou vingt hommes à cheval, qui » avoient tous les pistolets à l'arçon de la selle, et l'épée à la main ; » ce qui luy avoit esté octroyé par Sa Majesté pour les advis qu'il avoit » eus que les parens et amis du mareschal menaçoient, et quelques » mis d'entre eux avoient juré de le tuer, là où ils le rencontreroient. » Supplément au Journal de Lestoile par un contemporain, p. 333 B.
SrS PREHIERS ACTES A SON ARRIVÉE A FONTAINEBLEAU. 601
d'imposer silence aux conseillers de Henri par la nienace de la vengeance; de protéger enfin sa liberté, si elle était menacée, par l'empire qu'il exerçait sur les gens de guerre, même à la cour ; par l'aide de ses partisans parmi les grands seigneurs et les catholiques ardents ; enfin par son intrépidité, sa vigueur corporelle, son adresse à manier les armes, comptant que pourvu qu'il put mettre la main à son épée, il se tirerait toujours de la presse de ses ennemis *.
Conformément à ces résolutions, et dans l'idée d'intimider ceuK qui seraient tentés de prendre parti contre lui pour la défense du trône et de l'ordre public, il envoya peu avant sa venue en cour, son secrétaire Hébert devant lui. Hébert, après avoir supplié le roi de ne pas prendre mauvaise opinion des déportements du maréchal, de les considérer selon la vérité, et non par la passion de ses ennemis, parla hautement et hardiment de la fidélité et encore plus du courage de son maître, disant : c< Que s'il venoit en cour, il étrangleroit tous ceux qui faisoient de mauvais contes contre lui. » Biron arriva à Fontainebleau le mercredi 12 juin, entre sept et huit heures du matin. A l'entrée il trouva La Fin qui lui glissa ces mots à l'oreille : « Mon maître, courage et bon bec, ils ne savent rien. » Au moment où il aborda le roi, ce prince après avoir terminé tous les préparatifs d'une expédition, annonçait à Souvray qu'il allait monter à cheval et partir pour la Bourgogne. De l'heure où le maréchal était sorti de Dijon^ il n'était plus en son pouvoir de retourner. En effet, des troupes de cent cavaliers, placées sur divers points de son passage, s'étaient levées derrière hii à chaque traite, s'étaient attachées à ses pas, et en se
^'La Relation contemporaine, dans P. Cayel, 1. V, p. 185 A. — P. MalUiieu, Hist. de Henri IV. p. 496, 497.- Sully, OÉcon. roy., ch. 109, p. 397 A.
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relayant l'avaient suivi jusqu'à Fontainebleau. En outre, toute la cavalerie légère avait été distribuée par Rosny sur les bords du Loing, à une faible distance du château, et mettait sous la main du roi une force considérable. Henri tenait donc pleinement^ absolument Biron en sa puissance. Cette situation du coupable ne changea rien aux dispositions du roi, et pendant deux jours, nous allons le voir, il tenta tout ce qui était humainement possible pour le dérober au déshonneur et à la mort Mais il devait veiller à ce que l'intérêt public ne fût pas sacrifié à l'intérêt particulier; à ce que la démenée envers un homme ne devint pas une cruauté envers la nation , par les désastres où elle la plongerait. Les discours tenus par Ilenri dans cette grave circonstance nous révèlent ses intentions, et nous montrent comment il se proposa de résoudre ces difficultés, a Le projet du maréchal, dit-il, est » de troubler mou État, que j'ai eu tant de peine à paci- » fier ; de m'ôter les moyens de soulager mes sujets de » tant de tailles et de subsides dont ils sont oppressés, et » de leur faire voir que je ne suis pas seulement leur roi, » mais aussi leur père. Avisons donc le moyen d'étouffer
» tant de pernicieux desseins à leur naissance Il faut
» que la maréchal ployé ou qu'il rompe *. » Ployer, pour Biron, était confesser ses crimes et s'en repentir. Le roi le voulait et avait deux raisons de le vouloir, l'une morale, l'autre politique. Il fallait que par l'aveu et la légi-
1 p. Mallliicu, liv. ill, p, 497, 499. — Sully, Œcon. roy., ch. IW, p. 396 B, 397 B, 398 A, B. — La Relation conteinp., dans P. Gayet, p. 187 A. — Le Graiu, décade, 1. VIII^ p. 890. — Supplônnent de Leitoîk) p. 333 A. — Dupleix, p. 311. La dat<^ de Tarrivée de Biron à Foutamebleau est fautive dans plusieurs contemporains. l\ arriva le mercredi ii. comme le dit formellement le supplément de Lcstoilc et Dupleix, f^ comme Tiodique indirectement Le Grain, lequel témoigne qu*il fet arrêté le 13. La Relation contemporaine donne la date erroûée du IS: mais elle dit de plus que Biron arriva le mercredi^ et le mercredi ^ le 12. non le 15.