OBSTINATION, CONFIANCE ET INSOLENCE DE BIIION. G
en menaces contre ses accusateurs. Henri écouta froidement ces mensonges et ces bravades, et ne les interrompit que pour ramener incessamment le maréchal en présence de sa situation, et lui montrer Fabime où l'entraînait son opiniâtreté. Il ne gagna rien sur son esprit, et les démarches du maréchal, au sortir de cette entrevue, montrèrent qu'il fallait renoncer à Tespoir de le fléchir et de le ramener. En allant diner, il rencontra un homme qui lui remit une lettre dans laquelle on l'avertissait qu'il était perdu s'il ne partait sans retarder d'un seul moment. Il la montra à son capitaine des gardes, lequel lui dit : a Je voudrais avoir un coup de poignard dans le sein, et que vous fussiez en Bourgogne. y> Biron le plaisanta sur ses craintes, et se moqua également de tous ceux qui lui prédisaient son malheur, plus hardi et plus insolent que jamais dans ses propos *.
Le roi avait à protéger l'ordre public et l'intégrité du territoire. Ne pouvant plus attendre la sauvegarde de ces grands intérêts du repentir et du changement de IMron, il dut la demander à la force que la nation avait remise entre ses mains, et à la puissance de la justice. Après le dîner, durant quatre heures, il entretint dans la galerie ses conseillers les plus éclairés et les plus sûrs : Rosny, Villeroy, Sillery, de Gèvres, et agita avec eux les mesures que son gouvernement avait à prendre. La résolution fut
1 Matthieu, 1. III, p. 500, 501. — La Relation contemporaine dans P. Gayet, p. 186 A. — D*Aubigné, Hist. univ., t. 111, 1. V, ch. 11, p. 494. — D'Aubigné, si peu disposé en général à vanter la conduite du roi, lui rend pleine justice en cette circonstance. Il résume en ces mots les instances réitérées de Henri auprès de Biron pour tirer de lui ' un aveu et le sauver : « Le roy à son arrivée, lui ayant ouvert ce » qu^il sçavoit, le conjure par trois diverses fois lui avouer son péché, » avec promesse non-seulement de la vie, mais de ne luy rien dimi- » nuer en faveur et authorité. Mais l'obstiné mit^tousjours ses services » à la place de ses défauts, s*exal(ant au lieu de s'ubaisser. » Il 39
KIO lit. fi. cm. n. «ocus abixiéi? d <
que, puisque le maréchal refusait de
roDJaraliaa. dont on avait tant de
devait s'assurer de sa personne et de eeQe àm «
vergne son complice. Mais il fut décidé •
qiK le maréchal serait renvoyé devant le .
pairs de France réunis ; qne son procès i
son sort décidé par la justice du pav^. cft
commisÂon; que, dans cette cause, toiries 1» lois, :
et s^^nnités légales, seraient rdigieosemcMt
Biron recevait donc , dans leur plénitude , les \
qui proi^seaient alors la vie et l'honneur des <
encore le roi se réserva-t-il de faire on
pour lui arracher à temps un aven« ei le S4
ainsi à TactioD de la justice et à la rignenr des lots, en le
faisant bénéficier du droit de grâce. «Je ne wax pas
» perdre cet homme, dit-il ; mais il se veat peidre Im-
ji même. Je lui veux encore dire qne s'il se laisse mener
» par la justice, il ne s'attende plus à grâce qocleonque de
1* moi ^ » Au lieu d'un dernier avis, il loi en donna
deux , nous alloiLs le voir.
Biron soupa chez Monligoy. Pendant le repas, il vanta en tifrmes plus pompeux que jamais ses services, et repro^:ha d'une manière indirecte au roi de les avoir maigrement récTimpensés, ainsi que ceux de son père. D se jeta ensuite sur les louanges de Philippe II, vantant outre mesure ses mérites et ses qualités, exaltant par-dessus tout sa générr^ité et sa libéralité envers ses capitaines et leurs enfants, montrant ainsi de quel côté étaient désormais ses affections, et même ses engagements. Montigny coupa court à ces propos doublement révoltants, en lui disant que parmi les éloges qu'il avait faits de Philippe H. il avait oublié de rappeler qu'il avait mis son fils à mort,
* Sully, CEcon. roy., ch. 109, p. 398. — I-a Relation contemporaine dans P. Gayet, p. 186 A. - Matthieu, 1. III, p. 501, 50i.