LF. MARÉCHAL SONGE A FUIR
sur le simple soupçon que ce jeune prince avait voulu troubler ses Etats *.
Après le souper, Biron et le comte d'Auvergne se dirigèrent vers le bhâteau. Presqu'à la porte, le maréchal trouva un homme qui lui remit une seconde lettre, écrite au nom de la comtesse de.Roussy sa sœur, dans laquelle on le prévenait qu'il avait à partir avant deux heures, s'il ne voulait être arrêté. Alors seulement il renonça à l'idée et pour ainsi dire à la superstition de son inviolabilité, et admit comme possible le projet de s'assurer de sa personne, que son orgueil avait traité jusque là de chimère. Mais il conserva l'espoir de déjouer ce dessein, s'il était formé, par les précautions auxquelles il recourut sur-le-champ. Il se munit d'une solide et courte 'épée, avec laquelle il se promettait de se faire place et jour partout, en se mettant à la tête des gentilshommes et des soldats qui formaient son escorte, et dont il attendait une vigoureuse assistance. Il enjoignit à ses gens de tenir ses chevaux sellés et bridés à son logb. Après avoir donné secrètement ces ordres, il entra au château avec le comte d'Auvergne, et ils allèrent trouver le roi qui se promenait au jardin. Henri, après la promenade. Invita le duc de Biron au jeu. Tous se dirigèrent alors vers la chambre de la reine. A la porte, le comte d'Auvergne qui, pendant la promenade, avait trouvé moyen d'apprendre ou de conjecturer la résolution du Conseil, s'approcha du maréchal, et l'avertit de leur commun péril, en lui disant à l'oreille : « Nous sommes perdus. » Ces paroles le troublèrent, et il joua à la prime contre la reine avec une distraction marquée ; mais elles n'éveillèrent chez lui aucun remords, elles ne lui inspirèrent pas la seule résolution qui pouvait le sauver. Quand il fut près de minuit, le roi rompit le jeu, et invita chacun
1 La Relation contemporaine dans P. Cayet, p. 186. — MatUiieu, 1. ni, p. 502.
612 LIV. Yl. GH. 11. DBRNfèRB BNTRBVUB DU ROI BT DU MARÊCnAL.
à se retirer. Les courtisans partis, il tira à part le marécbaly et rinterpella encore un coup de lui donner ce contentement : « Qu'il apprit de sa bouche ce dont, à son grand regret, il étoit trop informé d'ailleurs; qu'il lui déclarât ce qu'il avoit fait avec le duc de Savoie et le comte de Fuentes; qu'il s'assurât que quelque faute qu'il eût commise contre lui, pourvu qu'il la confessât sincèrement, il la couvriroit de sa clémence, et l'oublieroit pour toujours. » Le maréchal lui répondit plus arrogamment que jamais : « Qu'il n'avoit eu d'autre dessein que celui qu'il avoit dit, et que c'étoit trop presser un homme dç bien. » Ces mots prouvaient â Henri qu'il avait devant lui un coupable d'une dissimulation sans égale , d'une arrogance inflexible , comme les complots repris après le pardon de Lyon et continués depuis pendant plus de deux ans, lui montraient qu'il avait affaire à un conspirateurâncorrigible. U quitta la chambre de la reine, entra dans son cabinet, et donna l'ordre à ses capitaines des gardes, les sieurs de Vitry et de Praslin de se saisir, Vitry du maréchal de Biron, Rraslin du comte d'Auvergne. Les ministres de leur côté avaient tout prévu, et tout préparé, pendant la soirée, pour que la résistance des conjurés fût vaine, s'ils en tentaient une, et pour qu'ils ne pussent ni fuir, ni échapper. Ds avaient rempli de soldats et de gentilshommes armés la bassecour, les salles, les escaliers du château, les pavillons attenant au palais. Au moment de faire exécuter ses ordres, le roi eut uu dernier retour d'affection et de pitié pour le maréchal. Il rentra dans la chambre et lui dit : « Maréchal, vous savez ce que je vous ai dit. » Il provo- <|uait ainsi, et épiait un bon mouvement qui ne vint pas : Biron resta froid et muet. C'était l'impénitence finale; la sentence de réprobation ne se 6t pas attendre, a Adieu, » baron de Biron, » ajouta le roi, qui anéantissait ainsi d'un mot, effaçait d'un trait toutes les éminentes dignités
MIRESTATION DB BIHON. 613
dont il l'avait honoré, et renvoyait dégradé devant la Jnslice, pour lui répondre de ses crimes *.
En sortant de la chambre de la reine^ et en entrant dans l'antichambre, le maréchal trouva Vitry. Vitry ne lui laissa pas le temps de se mettre en défense. Il s'approcha de lui, lui saisit fortement la main droite de sa gauche, et de sa droite prit son épée en lui disant : Monsieur, le roi m'a commandé de m'assurer de votre personne : rendez votre épée. — A moi, dit Biron, à moi qui ai si bien servi le roi, qu'on m'ôte mon épée, mon épée qui a fini la guerre et donné la paix à la France I je mourrai plutôt ! Pendant qu'il contestait, quelques-uns de ses gens mirent la main aux armes^ et tentèrent de le secourir, mais en vain : ils furent incontinent saisis et enfermés. Il déceignit alors son épée de sa main gauche, et l'abandonna à Vitry qui la tenait déjà. E jeta les yeux autour de lui pour voir s'il ne pourrait se saisir d'une autre; mais il reconnut bientôt l'impossibilité de cette tentative, et cédant à la nécessité, il se laissa emmener par Vitry, au milieu de tous les gardes rangés en ordre dans la galerie. « Vous voyez, dit-il en passant, comme on traite les bons catholiques ! )) Cet appel à la révolte fut aussi vain que tous les autres moyens qu'il avait imaginés pour se défendre. Il fut conduit dans la salle la plus haute du pa-
< Thuanus, lib. 128, § 4, t. VI, p. 188. ~ La Relation contemporaine dans P. Cayet, 1. V, p. 186, 187. — P. Matthieu, Hist. de Henri IV, I. III, p. 502, 508. — D'Aubigné, t. 111,1. V, ch. 11, p. 494. — Tous les contemporains sont d'accord sur les circonstances de la dernière entrevue entre Henri et Biron : voici quelques détails. Matthieu dit : o Le duc de Biron qui croyoit que celui-là méritoit de perdre la vie D qui la demandoit, n'avoit poiot de coeur, pour s*humilier, ny de lan- » gue pour demander pardon. Il répond au Roy plus rogupment que » jamais : Que ifestoit trop presser un homme de bien. » D'Aubigné «joute : « Nonobstant le Roy eut recours encores k ses prières, Tautre » à son orgueil, jusqu'à respondre que c'estoit Irop presser un homme M de courage. »
Gl4 LIV. VI. cil. II. INCARCERATION DB RIRON A FONTAINEBLEAU.
villon voisin de Thorloge, et y passa la nuit gardé à vue. Le comte d*Auvei^e fut arrêté par Praslin à la porte du château, au moment où il se disposait à en sortir, et dans le temps même que Vitry s'assurait de Biron. Les deux chefs de la conspiration étaient sous la main du pouvoir, hors d'état désormais de nuire à la chose publique ; et leur arrestation n'avait pas coûté la vie à un seul homme ^
Les derniers actes et les dernières paroles de Biron nous donnent le mot de ses calculs, de ses espérances, de sa conduite. Il se flatta de pouvoir résister au roi jusque dans sa cour, en s'aidant de son intrépidité, de sa vigueur, des précautions prises par lui et par ses serviteurs, du prestige qu'il exerçait sur les gens de guerre. Il imagina que les grands seigneurs prendraient sa cause en main, parce qu'ils avaient avec lui la solidarité des intérêts et de la puissance. Il crut que les catholiques le défendraient, parce qu'ils devaient voir en lui le défenseur de leur religion; parce qu'il supposait que le fanatisme de la Ligue vivait encore, et vivait pour lui. Enfin il se cmt inattaquable comme au temps où Henri pardonnait forcément toutes les trahisons, parce qu'il était hors d'état de les punir. Les premières espérances du maréchal étaient des illusions, et les dernières des anachronisraes. En ce moment même, Henri armé d'une autorité qui lui permettait de se faire obéir des seigneurs les plus puist^aats et les plus indociles, disait : a Qu'il avoit bien résolu de ne plus en- » durer à l'avenir que ses sujets sejouassent de leur roi. n Vitry, Tancieu ligueur, arrêta Biron : les plus grands seigneurs, après un moment d'hésitation qui suivit l'incar-
* La Relation contemporaine dans P. Gayet, livre V, p. 187 A. — P. Matthieu, 1. III, p. 503. — Sully, (Econ. roy., cb. 109, p. 399 A.— Lettres du roi à divers, en date du 14 juin, sur l'arrestation de Biron et du comte d'Auvergne, t. V, p. 612-615.
PROMPTB SOUMISSION DE LA BOURGOGNE : CALME DE LA BRESSE. 6l5
cération du maréchal, se prononcèrent tous pour le roi, se rangèrent du parti de la couronne, qui était celui delà force en même temps que du droit ^
Tout manqua à la fois à Biron, les moyens sérieux de résistance à la cour, Tassistance de ses servitejirs, l'assistance des étrangers au dehors. Quand le bruit de son arrestation parvint en Bourgogne, quelques gouverneurs, qui lui étaient particuUèrement dévoués, se mirent en devoir de défendre contre le roi les places de ce gouvernement, avec Taide de leurs garnisons. On put craindre aussi un moment que le baron de Lux ne livrât aux Espagnols Dijon et Beaune. Mais tous renoncèrent bientôt à leurs desseins. La marche des bandes françaises commandées par Lavardin, l'approche de six mille Suisses, le vide des magasins et le manque de munitions, les barricades élevées par les habitants de Dijon et de Beaune contre leurs garnisons, pour ne pas être entraînés dans la révolte et dans la défection à l'étranger, furent les arguments victorieux par lesquels Jeannin persuada aux commandants dévoués à Biron et à de Lux de mettre bas les armes, de recevoir avec empressement le pardon que le roi daignait leur accorder, et d'imiter la soumission des autres gouverneurs des places de Bourgogne. De Lux se retira d'abord à Saulx-le-Duc , en attendant qu'il vînt à la cour, sur l'assurance qui lui fut donnée de sa grâce, confesser au roi ce qu'il savait des complots de Biron, après la condamnation du maréchal. La Bresse, province nouvellement annexée à notre territoire, fut maintenue dans l'obéissance et le calme par la fermeté vigilante de
1 Matthieu, Hist. de Henri (V, 1. lU, p. 505 pour le mot de HeDri IV, et p. 504 pour la conduite des grands seigneurs^ après Tarrestation de Birou. « Ceux qui estoient embrouillez de cette menée demeurèrent n un peu à quartier ; mais peu après chascun commença à s'appro- » cher du Roy. »
616 UT. Tl. CR II. LC ROI TA A TARIS : ESfTflOCSUSVB DC PCCTLE.
Boesse, qne Henri avait nomiœ goaTemeor de Boii^g mdgré Biron. Toute la France demeura en paix, chacun à FenTi détestant les projets dn maréchal et de ses complices. Les Espagnols de Spinola, ceux da comte de Fuentes qm s'étaient avancés josqn^à notre frontière^ les Savoyards commandés par d' Albignj, renonoèreiit à toute invasion en France, à tout effcnrt en favear de Biron, dès qu'ils apprirent le mauvais succès de la comqMration, la ruine des cbeEs, les dispositions et Tattitude des populations '.
Le samedi 1 5 juin, Biron ei le comte d'Auvfggue forent transférés de Fontainebleau à Paris, et enfermés à la Bastille. Le roi entra à Paris le même jour, au milieu des acclamations enthousiastes d'un peuple qui bénissait sod retour, et louait Dieu de la captivité de ceux qui avaient voulu bouleverser le pays et Tassujeltir à Tétranger. Trois jours après, le roi étant à Saint-Maur des Fossés, les paroits et les alliés du maréchal vinrent se jeter à ses pieds et im* plorer la grâce du prisonnier. La Force, son bean-firèns, porta la parole, et dans sa harangue joignit au pathétique la mesure et l'adresse. Le roi leur dit qu'il les autorisait à employer tous les moyens qui étaient en leur puissance pour la défense de Biron, jusqu'au prononcé du jugement. Il les rassura contre la crainte de se voir compris dans sa disgrâce, atteints par son déshonneur, s'il était condamné. Mais il refusa de le distraire de ses juges naturels, et de lui remettre la peine qu'ils prononceraient contre lui, au cas qu'ils le trouvassent coupable, la raison d'État et la justice défendant également cette indulgence. « La clémence » dont vous voulez que j'use envers lui, dit-il, ne seroit » miséricorde, mais cruauté. S'il n'y alloit que de mon
* D'Aubigné, t. III, 1. V, ch. 11, p. 495. — La Relation contemporaine dans P. Guyet, i. V, p. 187 B, 205 B. —Matthieu. 1. III, p. 505, 50Ô, 507- — Lettre du roi ù M. de Beaumont du «î juin, t. V, p. €17.
SUPPLIQUE DES PARENtS ET ALLIÉS DE BIRON RÉPONSE DU ROI. 617
» intérêt particulier, je lui pardonnerois, comme je- lui )> pardonne de bon cœur. Mais il y va de mon Estai envers » lequel j'ai de graves devoirs , de mes enfants que j'ai » mis au monde, et qui tiennent une si grande place dans » l'Ëstat. Ils pourroient me reprocher, et tout mon royaume li avec eux, que j'ai laissé un mal que je connaissois, si 0 je venois à défaillir. Il y va de ma vie, de celle de mes » enfants, de la conservation de mon royaume : je laisse- » rai donc faire le cours de la justice, et vous verrez le » jugement qui sera donné par elle... J'ai plus de regret D à la falote du sieur de Biron que vous-mêmes, mais ayant » entrepris contre son bienfaiteur, cela ne peut se supporp ter. » A la date du 18 juin, Henri envoya au Parlement les lettres-patentes par lesquelles il déférait à cette cour le jugement du maréchal, et nommait pour instruire son procès le premier président de Harlay, le président Potier, les conseillers Fleury et de Turin, tous renommés pour leur droiture et leur fermeté. Ces divers actes publics, relatifs au procès des prévenus, depuis leur arrestation, furent délibérés et décidés en Conseil des ministres^ avant de recevoir la sanction du roi *.
Pour déterminer les chefs de Taccusation , et pour les établir sur des preuves solides , on choisit vingt-sept pièces entre les papiers de Biron que La Fin avait livrés. Ces pièces n'étaient pas celles qui chargeaient le plus le maréchal, mais celles qui ne parlaient que de lui. De graves raisons de politique étrangère et intérieure décidèrent le roi à ne pas livrer à la justice et à la publicité des débats la totalité des papiers du maréchal. Les uns montraient Tintelligence des puissances étrangères avec les conspira-
1 La Relation contemporaine dans P. CjiyeU livre V, p. 187-190. — Thuanus, 1. CXXVUI, § 4, 5, t. VI, p. 484, 185. « Pablica non mea » res agiiur... Reipnblicœ, liberisque meis qni majorem partem imperii » faciunti plus quàm mihi debeo. » — P. Matthieu, 1. III, p. 509, 510,
618 UV. VI. cil. 11. INSTRUCTION DU PHOCÈS DE BIRON.
teurs, et Henri, en déjouant leurs intrigues, était résolu à ne pas rompre avec elles, à ne pas déchirer les traités de Vervins et de Lyon, à ne pas priver la France de la paix dont elle avait besoin. Les autres papiers accusaient la complicité de divers seigneurs, et le roi, décidé à faire un exemple éclatant et nécessaire dans la personne des chefs de la conspiration, était résolu en même temps à restreindre les rigueurs le plus possible, à ne pas rendre son goovernement odieux à un trop grand nombre de familles puissantes, suivant en cela les inspirations de la clémence et les conseils d'une sage politique. On donna les vingtsept pièces aux magistrats chargés d'instruire le procès : le roi et le chancelier gardèrent les autres par devers eux *. L'instruction du procès eut lieu à la Bastille , et dura trois semaines. L'accusation embrassa tout ensemble les complots ourdis par le maréchal durant la guerre de Savoie, antérieurs par conséquent à la grâce que le roi lui avait accordée à Lyon, et les complots formés de-
1 Matthieu, Hist. de Heuri IV, 1. III, p. 495. « De plusieurs papiers » que La Fiu remit au Roy, on eu choisit viugt-sept pièces, qui n'es- » loieut pas celles qui concluoient le plus contre le duc de Biron, » mais qui ne parloient que de luy ; le Roy n'ayant pas trouvé bon » quon descouvrit les autres, afin que la peine d'un seul serrist )) d'exemple à tous, se contentant que le livre fust ouvert. » Entre les pièces que le roi garda entre ses mains, qu'il ne livra pas à la justice, qui ne figurèrent pas au procès, se trouvaient celles que le roi montra à d'Escuresj « Ces lettres expresses escrites de la main du marescba) : » lesquelles prouvaient l'existence du traité entre Biron, d'une part, le comte de Fuentes etl'Espngne, de l'autre, à l'époque de la couclusiou définitive de ce traité, et au moment où il fut chargé de la clause de l'extermination du roi et du dauphin. En effet la conspiration contre la vie du dauphin ne figure ni dans Tinstructiou du procès, ni dans l'interrogatoire de l'accusé, ni parmi les chefs d'accusation. Cette pièce mentionnée par la Relation contemporaine dans P. Cayet, livre Y, p. 187 B, a été rapportée ci dessus. On ne trouve dans aucun historien moderne l'indication des lettres et instructions restées entre les mains du roi et du chancelier, lesquelles sont cependant d'une haute importance, puisqu'elles formaient un surcroît de preuves pour établir la culpabilité de Biron.
SUITE de; L*iNSTI\UCTION DU PROCÈS. 619
puis iieiie grâce. En reprenant et en jugeant les faits qui avaient précédé le pardon de Lyon, le Parlement se fonda sur les raisons suivantes. La première, que le pardoii^n'avait été établi, sanctionné, rendu susceptible de quelque effet, par aucunes lettres entérinées en la cour; qu'en conséquence il ne pouvait être invoqué en droit, et n'existait pas, au moins légalement pour la justice : sur ce point l'opinion du Parlement n'était pas plus rigoiu^use que celle de d'Épernon lui-même précédemment rapportée. La seconde, que Biron, comme il le confessait lui-même, n'ayant avoué au roi que la moindre partie de ce qu'il avait projeté et de ce qu'il avait fait, le pardon , quand bien même on lui voudrait supposer quelque valeur, ne pouvait s'étendre à des actes que le roi avait complètement ignorés. La dernière, que la vertu du pardon, si jamais elle avait existé, avait été détruite par les actes dont l'accusé s'était rendu postérieurement coupable, le pardon étant accordé pour l'amener à récipiscence, et non pour lui fournir l'occasion de trahir de nouveau le roi et la France * . Les magistrats commis pour l'instruction présentèrent au prisonnier les vingt-sept pièces qu'on leur avait remises : * elles comprenaient des lettres, des instructions, des mémoires, les uns écrits de la main du maréchal, les autres en chiffres. 11 en avoua plusieurs et rejeta les autres. Entre ces pièces s'en trouvaient deux particulièrement remarquables : l'une était un mémoire en trois feuilles, adressé au duc de Savoie, et destiné à ce prince, à ses généraux, à ses gouverneurs : il indiquait les vices de l'armée du roi , les moyens de la détruire, les moyens de défendre le territoire et les places fortes du duc : il se composait d'environ cent articles, dont on trouve le résumé complet dans de Thou. Biron, pressé par l'évidence, fut contraint de reconnaître
^ Malihieu, liv. 111, p. 522. — La Kolatlon contemp. dans P. Cayet, p. 196 A.
620 LIV. VI. cil. 11. INTERROGATOmE DB L'ACCUSE.
que le mémoire était entier écrit de sa main. Il s'eflPorça d*en laver le crime, en prétendant que La Fin le lui avait fait écrire, pour se souvenir des fautes qui avaient été commises dans l'armée du roi pendant la campagne de Savoie, et non pour être envoyé aux ennemis. Quelque forcée et insoutenable que fût cette explication^ il se flattait de la faire admettre. Dans la conviction où il restait que La Fin n'avait rien révélé, lui était resté fidèle, il comptait que son ancien confident appelé en témoignage, parlerait du mémoire comme lui; le montrerait sous la couleur où il l'avait présenté lui-même. Il croyait les dispositions du Parlement extrêmement bienveillantes à son égard, et il poussait la confiance au point d'espérer que plusieurs conseillers demanderaient qu'on ne donnât pas à la France le spectacle de Biron traduit en justice et traité en criminel * : il ne doutait donc pas que cette cour, si elle était contrainte de le juger, n'accueillit avec empressement tout ce qui tendrait à sa décharge et à sa justification. L'épreuve seule lui montra la vanité de ces espé- ^'ences. Des cent articles dont se composait le mémoire, le moindre était mortel comme parlent les contemporains : l'aveu seul qu'il fit de cet écrit suffisait pour le rendre passible de la peine capitale. La seconde pièce, parmi les plus importantes, était une lettre écrite par Biron à La Fin, après la naissance du Dauphin, postérieurement au mois de septembre 1601. Non seulement Biron l'avoua, lors de l'instruction ; mais il essaya même de s'en prévaloir pour sa justification, dans son interrogatoire devant le Parlement : elle devint l'une des données principales
' MaUbieu, Hist. de Henri IV, 1. III, p. 514. « Le duc de Biron peu- » soit qu'en ce grand sénat, il se trouveroit quelqu'un qui feroit env»îr3 » iuy ce que Sempronius Gracchus fit envers Scipion; qu'il diroil tout • » haut qu'il ne permettroit point que la République souffrist cesle bonle » de voir Scipiou assis au rang et en l'baLit des accusez. »