LIV. VI. CH. 111. SUITES DE LA CONSPIRATION DE BIRON
fournis, à suivre des informations, à provoquer des aveux, pour arriver à connaître toutes les ramifications du complot, tons les complices de Biron : il eut en même temps^ à prendre les mesures nécessaires pour défendre contre leurs projets ou contre leurs tentatives la paix publique et l'intégrité du territoire. Son premier soin fut de pourvoir au gouvernement de Biron, et d'empêcher que la Bourgogne ne restât une porte ouverte aux étrangers pour envahir le royaume. Il donna le gouvernement de Bourgogne au Dauphin ; il nomma pour son lieutenant Bellegarde, sur la fidélité duquel on pouvait compter, et qui d'ailleurs ne tenait pas dans l'aristocratie un rang assez élevé pour qu'on put redouter en lui un chef à venir de parti (3 août).
Les complices de Biron dans lés provinces, que le procès avait fait connaître, furent poursuivis sans relâche, saisis, et jugés par le Grand-Conseil. Le baron de Fontenelle, de l'illustre maison de Beaumanoir, fut convaincu d'avoir trempé dans les complots du maréchal , d'avoir reçu pension des Espagnols, d'avoir traité avec eux pour leur livrer l'île et rexcelleut port de Tristan, près de Douarnenez sur la côte de Bretagne, dont il avait le gouvernement. 11 fut établi en même temps que durant les troubles de la Ligue, il s'était souillé d'une suite d'actes exécrables, parmi lescjuels on citait les deux suivants. Une femme honnête et dévouée avait été le trouver dans son repaire, lui apportant la rançon de son mari, qu'il avait enlevé et qu'il tenait prisonnier : après avoir reçu la rançon, il avait fait étrangler le mari, et dans le même lieu fait violer la femme par ses soldats. Une autre fois, il avait condamné deux de ses prisonniers à mourir, l'un (le faim, l'autre d'excès de nourriture , pour éprouver par plaisir, disait- il, lequel succomberait le plus tôt. 1^ l)aron île Fontenelle , après avoir subi la (|uestion ordi-
TRAHISON ET AUTRES CRIMES DE FONTENELLE : SON SUPPLICE. 6il
naire el extraordinaire, fut, par arrêt du grand Conseil, traîné sur la claie et rompu vif en place de Grève, Son lieutenant devenu son complice, fut ccmdamné à être pendu, pour avoir porté ses dépêches en Espagne. La Ligue achevait ainsi de s'éteindre en Bretagne d'une manière digne d'elle, finissant par des atrocités, par la haute trahison et la complicité avec l'étranger. On arrêta avec eux deux bourgeois de Rennes, dont l'un fut pendu, l'autre envoyé à la torture (27 septembre). Les dépositions de tous ces coupables chargèrent Marec de Montbarrot, qui commandait à Rennes. Le grand Conseil ne trouva pas contre lui de preuves suffisantes pour pouvoir le condamner au supplice ; mais il fut retenu longtemps à la Bastille , et il n'en sortit qu'après avoir perdu le gouvernement de Rennes , qu'on ne trouva pas prudent de remettre entre ses mains *.
Ceux des seigneurs qui avaient trempé dans les desseins de Biron étaient très diversement compromis. Les uns, tels que Montpensier et d'Epemon, s'étaient volontairement et de })onne heure séparés de lui. D'autres moins bien instruits de l'énormité de ses projets, avaient entretenu de plus longues intelligences avec lui. De ce nombre étaient trois ou quatre des plus qualifiés du royaume. Il fut aisé de les ramener : ils demandèrent pardon à Henri, en présence de Rosny seul, l'obtinrent, et s'en montrèrent dignes en servant désormais fidèlement.
Les deux chefs de la conspiration après Biron, ses deux associés principaux, étaient le comte d'Auvergne et le duc de Bouillon. Henri n'avait pas de preuves écrites contre le comte d'Auvergne , car son acte d'association avec Biron et Bouillon, qui d'aiUeurs n'aurait pas suffi
> Pour ces deux paragraphes : Thuanus, 1. CXXVHI, § 9, t. VI, p. 146.— Suppléroeut de Lestoile par un contemporain, septembre 160it, p. 338 A, B. — P. Cayet, 1. V, p. Î06. - Matthieu, 1. Ill, p. 537. Il ii
642 LIV. VI. CH. m. PRISON DU COMTE D* AUVERGNE : SON PARDON.
pour le faire condamner, ne tomba que plus tard aux mains du gouvernement. Les démarches du comte disposèrent bientôt le roi à user enverç lui de sa clémence ordinaire. Après quatre mois de prison à la Bastille, le comte refléchissant combien ropiniàtreté de Biron à tout nier lui avait été funeste, convaincu qu'un aveu sincère de sa faute, fait à un prince tel que Henri, suffirait pour en obtenir le pardon, d'accusé se rendit accusateur, révéla tout ce qu'il savait de la conjuration, nomma tous ses complices, et passant bien au-delà de ce que le roi demandait, offrit de continuer ses relations avec l'Eèpagne, pour découvrir les projets et les gênées ultérieures de cette puissance. Henri crut à son repentir, et jugea en outre, comme le remarquent les contemporains, qu'il était d'une sage politique de ne pas sévir contre le gendre du connétable, contre le fils naturel de Charles IX, le dernier rejeton du sang des Valois, (jui conservait son prestige auprès d'un grand nombre. II est possible que la passion du roi pour la marquise de Verneuil, sœur utérine du comte d'Auvergne, ait été pour quelque chose dans l'indulgence dont il usa envers le comte; mais cette faiblesse fut loin, comme on le voit, d'être la raison déterminante de sa conduite. Il remit le coupable en liberté et lui rendit ses bonnes grâces «. Le comte n'usa de ces faveurs que j)0ur continuer à comploter contre le roi, et pour le trahir au lieu de trahir les Espagnols.
Hébert, secrétaire du maréchal de Biron, le baron de Lux, son lieutenant en Bourgogne, lui avaient fidèlement gardé le secret, tant que sa tète dépendait de leur silence. iMais après sa mort, ils s'ouvrirent au roi, le pre-
> Sully, CEcon. roy., ch. 109, 110, p. 400. — Thuaniis. 1. CXXV Ul, § 9, t. VI, p. 146, 147. — D'Aubigué, l. V, cb. Il, t. III, p. 496. — Mallbiou, 1. III, p. 537.