COMPLICITÉ DE BOUILLON AVEC 61R0N : ^A FUITE
mier pour recouvrer sa liberté, le second pour obteuir avec sa grâce, la faveuM'être maintenu dans la lieutenance de la Bourgogne et de la Bresse. Leurs dépositions reçues aux mois d'octobre et de novembre, confirmèrent ce que Ton savait de la première partie de la conjuration, et dévoilèrent toute la suite de l'entreprise depuis le moment où ils avaient succédé à La Fin dans la confiance du maréchal, période sur laquelle Ton n'avait que des renseignements incomplets. Le complot fut alors connu dans son ensemble, dans tous ses détails, dans ses agents divers, que le roi put désormais surveiller et contenir !.
Le duc de Bouillon, chargé de complicité avec Biron l>ar les témoins que Ton avait entendus dans le procès, par le comte d'Auvergne, par Hébert et de Lux, était accusé de plus d'avoir continué les pratiques et le traité avec l'Espagne depuis la mort du maréchal *. Henri lui offrit l'alternative de se rendre à la cour où l'exemple du baron de Lux prouvait qu'il pouvait venir en toute sûreté, et s'il était innocent ; de confondre ses accusateurs et de détruire les charges qui s'élevaient contre lui ; ou bien, s'il se sentait coupable, d'avouer sa faute, et de recevoir un pardon auquel le roi attachait généreusement l'oubli complet du passé, et le maintien du duc dans toutes ses charges, honneurs et dignités. Bouillon, qui n'était pas innocent, et qui ne voulait pas se soumettre au roi, ne prit aucun de ces deux partis. Il était alors dans sa vicomte de Turenne, au milieu de ses nombreux vassaux. 11 écrivit au roi i|u'il le suppliait de le dispenser de se rendre à la cour, et de trouver bon que son procès fut instruit devant la chambre mi-partie de Castres.
> Lettres Missives des 10 octobre, 8 et 11 novembre 1602, t. V, p. 685, 689-698. — Matthieu, L UI, p. 536, 537. — Sully, CEcoD. roy., cb. 110, p. 402.
' Lettre du roi du 8 novembre 1602 : « II y a des gens qui depuis » la roorl du marescbai continuent le traiclé. »
1144 u^. n. ca. m. tcriAm oc loinLtflii es Allemagne.
Cétaît «ne tjoat de jvstiee étabfie pour juger les procès des réferaés* aux iennes de l^dit de Nantes : le duc demandaii que Foa renfi>%At les aecusaticHis et les accusateurs defânt eette chambre, auprès de laquelle il se promettait une justice partiale en sa CaTeur. Bouillon, pair de France^ ne pouraît être jugé que par le Parlement de Paris, les pairs y siégeant, ou dûment convoqués et £eûsant début. Le roi dépêcha à Bouilkm pour lui enjoindre de nouveau de se rendre auprès de lui , et pour lui signifier que sa prétention de se justifier devant la chambre de Castres était insoutenable, puisque d'une part il ne s'agissait pas encore de le mettre en jf^ce, puisque d'une autre il n'était pas du ressort de cette chanii>re, et qu'elle ne pouvait être saisie de sa cause sans évocation , et sans nouvelle attribution de pouvoirs. Le roi fit signifier en même temps à la chambre qu'il lui interdisait la connaissance de l'affaire de Bouillon. Le duc se présenta devant les juges de Castres, et prit acte de sa comparution (6 décembre). Informé que le roi envoyait Caumartin, président au grand Conseil, pour l'arrêter partout où il le rencontrerait, et pour le lui amener sous bonne garde, il partit précipitamment de Castres, se sauva à Orange, puis à Genève, et de là se retira à Heidelberg en Allemagne, auprès de l'électeur palatin *. Il refusait d'obéir, mais pour refuser impunément, il était contraint de fuir. Il poursuivit, comme nous le verrons bientôt, ses intrigues au dedans du royaume; mais son éloignement rendait ses pratiques infiniment moins dangereuses auprès du parti protestant et auprès des factieux.
« Lettros du roi des 18 et 22 novembre, des 3, 5, 6 décembre, t. V, p. «%, 098, 707, 708, 710, 711. — Lettre de Boiiilloa au roi du 30 noviMiihre. — P. Cayet, I. V, p. 206, 207. — Matthieu, I. Ul, p. 538. — Thuauus, 1. C.XXVIll, § 10, t. VI, p. U7, 148.
COMPLOT DU PniNCE DB JOINVILLE. 645
En France, quand les imaginations ont été frappées et remuées par un fait considérable, l'imitation, dans le mal comme dans le bien, devient une passion, une fureur. Pendant quatre ans, après la conjuration de Biron, il fut de mode de conspirer dans une partie de l'aristocratie , sans qu'aucune de ces entreprises mit l'Etat sérieusement en danger. Le prince de Joinville, le plus jeune des fils du duc de Guise, contrarié par le roi, dont il était le rival dans sa passion pour la manpiise de Yemeuil , traduisit son dépit amoureux «n intrigue politique. Il signa avec l'Espagne un traité aux termes duquel il devait essayer dasouJever les sujets contre le roi, et commencer la guerre en Champagne et en Bourgogne. Ce pacte ne présentait qu'un assemblage confus de projetsincohérents. Le coupable fit des aveux complets, et il fut reconnu qu'aucun membre de la puissante famille des Guises ne s'était associé à son dessein. Le roi comprit que l'éloignement était une punition et une précaution sufiisantes contre ce très jeune ennemi, et il lui ordonna de voyager dans les Etats voisins (fin novembre et décembre 1602). On a une lettre du roi qui montre quel empire il tîonservait sur luimême au" milieu de celte suite de complots, et quel tort ces menées faisaient à l'État, sans parvenir à l'ébranler. « Quant au faict du prince de Joinville, dit-il, je le » termineray avec tant de douceur et de clémence , que » cela 'accroîtra la honte de ceux qui, pour la puni- » tion ipi a été faite au duc de Biron, ont voulu faire » accroire, pour couvrir ou desguiser leurs fautes, que » j'ai changé de naturel, et que je suis devenu fort » sévère et rigoureux. Mais il est bien certain que toutes » ces brouilleries m'ostent les moyens de penser et de y> pourveoir aux affaires du dehors, et me prévaloir des » occasions qui se présentent * . »
» Lettres du roi des 7 et 24 décembre, t. V, p. 714, 727. — Siilly.
G46 Liv. VI. eu. m. conspiration d'entragues.
La promesserde mariage faite par Henri IV à Henriette d'Entragues, devenue depuis marquise de Vemeuil, était doublement nulle, en droit civil comme en droit politique, ainsi que nous Uavons établi. Mais aux yeux d*un public ignorant, cette promesse constituait im semblant d'engagement, et Taudace des factions intérieures, appuyée au dehors par l'étranger, pouvait donner à ce dangereux écrit une valeur qu'il n'avait pas légalement. Marie de Médicis craignait que si Henri venait à être enlevé par une mort prématurée, au milieu des troubles et de la faiblesse d'une minorité, la marquise ne fît valoir la promesse en faveur de la maîtresse contre l'épouse, en faveur des enfants naturels contre les enfants légitimes. Pour calmer les inquiétudes et la jalousie de Marie, qui empoisonnaient sa vie intérieure, Henri exigea et obtint de la famille d'Eutragues la restitution de sa promesse le 2 juillet 1604. Le comte d'Enlragues, père d'Henriette, son frère utérin le comte d'Auvergne , et la marquise ellemême formèrent alors une conspiration. Leur projet était de se retirer d'abord sur les terres du roi d'Espagne et de lui livrer les enfants que la marquise avait eus de Henri ; de faire assassiner le roi, et de proclamer pour son successeur le fils qu'il avait eu de la marquise, à l'exclusion des enfauts de Marie de Médicis; d'appuyer cette audacieuse tentative de l'appui de Fuentes et du duc de Savoie du côté de l'Italie et de la Bourgogne, de Spinola du côté des Pays-Bas, du duc de Bouillon du côté de T Allemagne ; et dans l'intérieur de quelques seigneurs supposés hostiles au gouvernement à Metz, en Poitou, en Guyenne, en Dauphiné. Les conjurés espéraient que le comte d'Auvergne, étant fils naturel de Charles IX et le dernier rejeton subsistant de la branche de Valois, exercerait une
rEcon. roy., ch. 110, p. 40i B. ^ P. Gayet, l. V, p. 207 B, 208. — Mattliieu, 1. lll, p. 538.
LE COMTE D'AUVERGNE ET LES ESPAGPTOLS S'Y ASSOCIENT. 6i7
puissante influence sur tous ceux qui avaient vu avec répugnance Henri IV et les Bourbons arriver au trône. Tels étaient les projets et les espérances des d'Entragues; mais quant à l'appui réel qu'ils pouvaient attendre des seigneurs, il est demeuré complètement problématique. Selon toute apparence, il n*y eut de la part des grands aucun engagement formel, mais seulement des plaintes, du .mécontentement, des paroles vagues, données à la légère et accueillies par les conjurés avec une souveraine imprudence.
Les d'Entragues essayèrent deux fois de tuer le roi en embuscade, et deux fois ils échouèrent. La présence d'esprit et la vigueur de Henri dans une circonstance, les avis de la seconde fille du comte d'Entragues dans une autre, le tirèrent des périlleuses situations où il se jetait encore en jeune homme , parvenu à sa cinquantième année.
Le comte d'Auvergne fut pris par adresse, en Auvergne, et conduit à la Bastille.; le comte d'Entragues et la marquise de Verneuil, arrêtés et gardés. Parmi les papiers saisis du comte d'Entragues, on trouva trois lettres du roi d'Espagne et l'engagement pris par ce prince envers la marquise, de faire feconnaître son fils pour dauphin de France. Ces complots étaient sans doute d'une nature dangereuse; mais quand on examine les moyens d'exécution, on voit combien l'autorité royale et les garanties doimét^s au maintien de Tordre public avaient fait de progrès, surtout depuis le supplice de Biron. Les seigneurs, du temps des guerres de religion et du temps de la Ligue, levaient des soldats sur leurs terres ou dans leurs gouvernements, et marchaient contre le roi. Le comte d'Auvergne , au lieu de l'attaquer , se cache dans des retraites longtemps inaccessibles, et attend des hasards d'un crime (jui eût ôté la vie au roi, les seules chances de suc-
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ces que ses complots paissent avoir. Les coupables furent jugés et condanmés : le comte d'Anveipie et le comte d'Entragues à la peine capitale; la maïqoise à une lédasîôn perpétnelle (1*' février 1605). Le rm remit leor peine à d^Eotragues et a sa fille ; mais il tint enfermé à la Bas- . tille le comte d' Anvergne, Ton des deux esprits de ce temps les (dus féconds en redoutables intrigues *.
Au fur et à mesore que l'on avance dans le règne de Henri lY, l'on trouve la rébellion prenant des formes plus affaiblies, et se réduisant aux proportions de Fintrigue chez les grands seigneurs, chez ceux qui pourraient servir de chefs aux partis. Biron avait commis des actes de hante trahison dans la guerre de Savoie, et conclu des traités avec Tétranger : le comte d'Auvei^e et d'Entragues avaient seulement contracté des engagements avec TEspagne. Bouillon n'ose plus rien de tout cela, et retranche sur son propre passé. En 1601 et 1602, il avait signé un pacte de défense mutueUe avec Biron et d'Auvergne*, et il s'était rendu dans le midi de la France, pour payer de sa personne et aider à rinsurrection. A présent Û trouve toutes ces démarches trop audacieuses, trop compromettantes. Les lettres et les instructions par lesquelles il excite les troubles ne sont ni écrites par lui, ni signées de lui. Il se tient ù l'écart : dès que l'entreprise de Biron a mal tourné, il s'est sauvé dans les villes du Quercy et du Languedoc, tenues par les protestants : Montauban, Figeac,
1 Pour la conspiration d'Entragues, voir daiiâ le Supplément de Lestoile le texte de la promesse et de la remise de celte promesse, ]). 308, 309, notes Détail sur le procès, p- 380-383. L*écrit du temps : I)iscours d*une trahison attentée contre le roi Henri IV , dons le$ Archiv. Cur., t. XIV, p. 167-174. — Lettres de Henri, du îî juin 1604; de Villeroy, du 3 juillet; trois lettres de Henri IV et de Rosuy, dans les Œcon. roy., cli. UO, 141, 144, t. I, p 573, 577,599-602; et eh. 150, I. Il, p. 15. — Thuanus, 1. CXXXII. — P. Cayet, Chron,septen,,\. VJI, p. 317, 318.
* Sully, OEcou. roy., c. 14'., t. I, p. 597 B.