SIÈGE DE CAMBRAI COMMENCÉ PAR LES ESPAGNOLS
sit son armée à quatre milles des murs de la place, et annonça son dessein d'en entreprendre le siège ^
• Pour les deux paragraphes qui précèdent, voyez : la lettre de Lafond^ Tun des combattants à la bataille de Dourlens^ insérée dans les (Econ. roy., ch. 60, p. 195, 496. — La relation contemporaine dans Cayet, 1. VII, p. 668-670. — Davila, 1. XV, t. III, supplément, p. 14-20. — Thuanus, l. CXH, § 18, 19, t. V, p. 481, 483, 484. — P. Matthieu, 1. 1, p. 196-198. ~ D'Aubigné, t. III, l. IV, ch. 9, p. 357, 358.
Les contemporains portent le jugement le plus opposé sur la seconde partie de la bataille de Dourleus, après la destruction de Tinfanterie, sur les causes de la déroute de la cavalerie, sur celles de la défaite et de la mort de Villars, sur la conduite des chefs dans cette journée. De Thou, Matthieu, d'Aubigné imputent le revers partiel et final à l'opiniâtreté de Villars, animé d'un courage invincible, mais fatal, prolongeant le combat, contre les avis de Bouillon, alors qu'on ne devait plus s'occuper qu'à faire la retraite.
Le sentiment de ces trois historiens est combattu par cinq autres contemporains. 1* Lafond, Tun des gentilshommes qui ont combattu à Dourleus, et près de Villars, écrit à Rosny une lettre où il se propose, suivant ses expressions, de déjouer les artifices dont on a usé pour déguiser ce qui s'est passé dans cette bataille ; de faire connaître la pure vérité, d'après ce que ses yeux ont vu et ses oreilles entendu. Lafond accuse BouUlon d'avoir induit Villars à un combat à outrance, en lui proposant, ce qui fut entendu par toute la troupe de Villars, de faire chacun de leur côté une chnrge furieuse aux Espagnols ; d'avoir refusé ensuite de s'associer à ses périls, et de l'avoir abandonné, sous prétexte qu'il ne lui avait demandé de faire qu'une fausse charge; d'avoir ainsi causé sa défaite et sa mort. — 2" Davila, 1. XV, p. 17, ajoute : « Le duc de Bouillon, soit qu'il crût rendre un » plus grand service au roi en sauvant le reste de l'armée, soit par ^.mauvaise volonté pour l'amiral^ seigneur distingué par sa piété et » par son attachement pour la religion catholique, persuada au comte » de Saint-Paul, qui à cause de sa grande jeunesse s'en rapportoit au j» sentiment des généraux plus âgé» que lui, de ne rien tentur pour » dégager l'amiral^ et de se retirer en sûreté avec le corps de bataille, » Le marquis de Belin, indigné de ce conseil, s'avança avec l'arrière- » garde pour dégager l'amiral. Mais ayant rencontré quatre escadrons » de Ismciers que lui opposa le comte de Fuentes, il ne put soutenir » le choc, et fut mis en déroute en un instant. » — 3» Le duc de Nevers qui le jour même de la bataille de Dourlens, apprit des fuyards ce qui s'y était passé, dit à Bouillon et à S&int-Paul, dans la première entrevue qu'il eut avec eux à Péquigny, « qu'ils avoient » été trop hardis à former leur dessein, et trop prudents à faire leur » retraite. » (Davila, 1. XV, p. 20.) — 4» Rosny, coreligionnaire de Bouillon, 66 prononce contre lui, en insérant dans ses (Economies
84 LIV. V. CH. ni. LE ROI NE PEUT SE RENDRE A LA FRONTIERE DU NORD.
La nouvelle des revers essuyés au Nord vint trouver le roi en Franche-Comté ; mais il ne pouvait courir alors à la frontière de Picardie pour faire tète aux Espagnols : il devait quelque temps encore laisser ce soin à ses lieutenants. Les plus graves motifs lui commandaient de suivre et d'activer le mouvement qu'avaient produit au dedans et au dehors du royaume la victoire de Fontaine- Française , la conquête de presque toute la Bourgogne, l'occupation de la Franche-Comté. En ce qui regarde l'intérieur de la France, ces succès avaient frappé de consternation, dans les provinces de l'Est, dans celles du Centre, dans celles du Midi, les chefs et les villes qui tenaient encore le parti de la Ligue. La saine politique demandait qu'il employât les forces à la tête desquelles il se trouvait, et l'autorité de sa présence, à recevoir les soumissions de la révolte là où elle se montrait disposée à céder, à la combattre là où elle résistait, à préparer sa ruine là où il ne pouvait encore la prendre corps à corps, à recueillir les nouveaux et inappréciables avantages qui devaient en résulter pour la pacification et la sûreté du royaume. Aussi , en quittant la Franche-Comté , il conduisit son armée à Lyon, où l'appelaient ces intérêts divers, et l'intérêt non moins grave de sa réconciliation avec
royales, ch. 60, p. 196, la lettre de Lafond, qui accuse si hautement BouilloD. — 5<* ileuri IV incline au môme sentiment, après avoir recueilli les renseignements sur la bataille de Dourlens. Dans son entrevue avec Rosny à Moret, il lui dit : « Je croy qu*enfin il se trou- » vera que le pauvre mort (Villars) qui ne faisoit que d'entrer en » mon service^ aura été celuy (contre les impressions que les autres » essayoient de m'en donner, lorsque je leur nommay pour estre avec » eux) qui s*y sera le plus vaillamment et loyalement comporté. » Sully, OEcon. roy., c. 61, p. 199 B
Le sentiment de ces cinq contemporains paraît absoudre Villars de témérité et d'opiniâtreté, et établir la culpabilité de Bouillon. L'intérêt de la vérité historique^ l'honneur de plusieurs personnages les plus considérables du temps engagé dans la question^ rendaient nécessaire la discussion qu'on vient de lire.