‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 70 sur 344 · LIV. V. CH. 111. RAPPORTS ET CONDUITE DU ROI AVEC BALAGNY · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. 111. RAPPORTS ET CONDUITE DU ROI AVEC BALAGNY

faveur de cet homme , il se décida certainement par des motifs tout autres , par des considérations d'honneur , de respect du droit, de politique. Le premier des chefs de la Ligue, Balagny s'était prononcé, durant la trêve de 1593, . en faveur de Henri : en 1594, il l'avait utilement aidé du secours de ses troujpes au siège de Laon. Le roi était lié à son égard par trois traités et par la décision des corps de la cité. En effet aux termes des stipulations du 29 novembre 1593, du mois d'avril 1594, des 17 juillet et 12 août 1594, Henri s'était engagé à défendre envers et contre tous Balagny, sa femme, ses enfants; à leur garantir le gouvernement et la souveraineté de Cambrai, que les deux ordres de la cité, le doyen et le chapitre au nom du clergé, le prévôt des marchands et les échevins au nom de la bourgeoisie, leur avaient, de leur côté, déférés solennellement au mois de juillet 1594 *. En 1595, le roi ne pouvait manquer de parole à Balagny sans se déshonorer, et de plus sans donner une secousse dan* gereuse à l'État. Les villes de la Ligue, les chefs de la Ligue, avec lesquels il avait traité depuis deux ans, Mayenne et les trois autres avec lesquels il traitait maintenant, en le voyant spolier Balagny, se seraient persuadé qu'il n'y avait aucun fond à faire sur ses engagements, aucune sûreté à attendre pour eux. Les premiers auraient agité la France du Nord de leurs craintes et de leurs mécontentements, peut-être de soulèvements partiels. Les derniers, dans la France de l'Est et du Midi, n'auraient pas traité. D'une part, la pacification du royaume aurait été compromise ; d'une autre , elle se serait arrêtée. Dans les rapports de protection obligée où le roi se trouvait à l'égard de Balagny, il n y avait qu'un parti à prendre pour retenir Cambrai dans la dépendance

» Thuanus, 1. GXl, § 4, 6, t. V, p. klb, 427-429. — P. Cayel, 1. V, VI, p. 524, 581, 622.

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de la France ; c'était de fournir au gouverneur les moyens de se défendre contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Le despotisme de Balagny, la fierté et Tavidité de sa femme avaient aliéné les habitants. Leurs torts réels avaient été grossis et envenimés par un parti considérable qui complotait en apparence pour Louis de Barlemont, ancien souverain de Cambrai, en réalité pour les Espagnols : de Rosne était l'àme de ces intrigues. Il s'agissait de réduire ce parti à l'impuissance, et de calmer, de rapprocher de leur gouverneur le reste des habitants. Il fallait, en outre, fournir à Balagny des ressources et des forces qui le missent à même de repousser les attaques de l'armée espagnole. Henri poiu^^ut à tout avec vigilance et avec suite, en commençant par ce qui regardait la défense extérieure. Avant le siège, Balagny, guidé par ses conseils, libéralement aidé de son argent, fortifia sa ville avec beaucoup de soin, rendit sa citadelle plus redoutable encore ; les garnit d'artillerie, de munitions, de vivres en abondance ; leur donna pour défense une garnison aguerrie qui pouvait être facilement augmentée par les gouverneurs français des pays voisins et par le roi. Durant le siège, comme on le verra plus loin , le roi travailla à réformer le gouvernenient intérieur de Cambrai, à donner aux habitants les satisfactions qu'ils réclamaient, à ménager une réconciliation entre eux et Balagny.

Le comte de Fuentes fit les approches de Cambrai le 11 août, et ouvrit le siège le 13 : son armée ne comptait alors que 10,000 hommes *. Il attendait, il est vrai , des renforts , que les populations des provinces soumises à l'Espagne dans les Pays-Bas et les lieutenants de Philippe II devaient amener à son camp ; mais les premiers

* La relatioD contemp. dans P. Gayet, 1. VII, p. 673. « L'armée du • comte de Fuentes ne pouvait être an pins que de dix mille hommes. »

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