‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 72 sur 344 · LE ROI CHARGE DE VIG DE LA DÉPENSE DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

LE ROI CHARGE DE VIG DE LA DÉPENSE DE CAMBRAI

dont trois portes restèrent ouvertes pendant trois semaines. Avec la garnison, renforcée du secours, Balagny avait assez de monde pour diriger contre les Espagnols * d'incessantes attaques. « Si les assiégés , dit un écrivain militaire du temps, soit par des sorties, soit par le feu de leur artillerie, eussent inquiété les travaux, ils n'auroient avancé qu'avec une extrême difficulté , et peut-être à la fin seroient-ils devenus inutiles *. » Rien de tout cçla n'eut lieu : Balagny, par défaut de courage ou par manque de science militaire, resta dans une complète inaction pendant dix jours.

De la Franche-Comté où il séjournait alors, le roi, depuis la bataille de Dourlens, avait suivi avec une vigilance attentive les événements de la frontière du Nord, et s'était préparé à traverser les entreprises des Espagnols , à combattre» pied à pied leurs progrès. Il avait envoyé en Picardie , avec ses instructions , Dominique de Vie ^ l'un de ses plus éminents capitaines. C'était l'officier de l'armée qui entendait le mieux la défense des places : à ces talents du militaire, il joignait ceux du négociateur, et il était éminemment propre à étouffer, si elles pouvaient l'être, les fatales dissensions nées entre les généraux français. De Vie élait entré dans Cambrai le 15 août, le même jour que le duc de Rhételois ; mais il n'y était pas resté. Il était allé au-dehors tenter d'abord de former une armée qui contraignît les Espagnols à lever le siège : s'il n'y réussissait pas, il devait, en interposant l'autorité du roi, réunir des renforts considérables, les introduire dans Cambrai et rendre la place imprenable ^. En même

1 Davila, 1. XV, t. HI, supplément^ p. 25.

• P. Cayet, 1. VU, p. 674 A ; Lesloile, p. 265 A, disent tous deux que de Vie entra à Cambrai le 15 août. Matthieu, 1. 1^ Davila^ 1. XV, p. 26, témoignent que de Vie ne resta [jos alors dans la ville, et qu'il n'y rentra que le 2 septembre.

i 14l1V.V.CH.III.FAUTESDEBOU1LLOI{ETNEVBR8 : PROGRÈS DE FUENTES.

temps qu'il levait des soldats, il avait des entrevues à Saint-Quentin et à Ripemont avec les ducs de Nevere et de Bouillon. Après la défaite de Dourlens, ces deux généraux avaient recruté des troupes, grossies depuis des auxiliaires que le roi leur avait envoyés, et tout récemment d'un corps d'intrépides Gascons *. Nevers et Bouillon devaient réunir et combiner leurs forces, en former une armée, assaillir les Espagnols du côté de la campagne, tandis nue du côté de la ville la garnison ferait une vigoureuse sortie ; Fuentes n'aurait pas tenu contre cette double attaque. De Vie représenta vivement à ces deux seigneurs ce que le roi et la France attendaient d'eux. H n'obtint rien. Leurs animosités, ranimées plus vives que jamais, se refusèrent à tout rapprochement. Les contemporains leur.reprochent sévèrement et justement d'avoir, par leur mésintelligence, perdu l'occasion d'attaquer en temps utile les lignes espagnoles, et de n'avoir ainsi ni prévenu ni empêché ce qui arriva dans la suite '. Le champ restait libre aux progrès de Fuentes : du 21 au 31 août , il ouvrit deux larges tranchées, et le 1*' septembre, il les fit déboucher dans le fossé de Cambrai. De Vie n'ayant pu vaincre les haines de Nevers et de Bouillon, ne songea plus qu'à exécuter la grave mission dont Henri l'avait l^ersonnellement chargé, il conduisit le 2 septembre cinq cents hommes de renfort dans Cambrai, ce qui porta le nombre des Français à quinze cents, ajoutés aux soldats qui dans le principe avaient formé la garnison ^. Jusque-là

* Lettre missive du 29 noùt, t. IV, p. 397. « À qiioy servira bien, iHnxr » les cmpesoher et jettor dodaus, Ips Gascous qui sont allez trouver i> oion cousiu le duc de UoulIIod. » Il parle des Espa^uols et du siège de Oimbrai.

* Matthieu, 1. 1, p. 199. « Geste mauvaise intelligence perdit Cambray. » ' P. Cayet, 1. VII, p. 684 A. « Les François au nombre de mil hommes

» de pied et de près de cinq cents chevaux. » Page 673 B, pour les s(>pt cents soldats formant originairement la garnison.

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