‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 82 sur 344 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite des progiès àt la cotise royale et nationale, Edifs de Foiemhray : réduction de àiarseilte et de d'Epernon 131 janvier — U mars 1596.

Édit de Folraibray et traite Avec Mayenne (31 Junvfer 4596). Autre» Édita de F«rieiDbray et accord avec le nouveau duc de Nemours et le duc de Joyeuse. Conditions auxquelles ils mettent leur soumission. Rëducllon consommée de la Bourgo^e; de plusieurs portions du Velay. du Poitou, du Forez, de l'Auvergne, du l^n^edoc occidental. — Conduite du l*;irlement de Toulouse et observations sur rinlerventloii dett P.irlemeuls pendant la période de la Ligue. — nouveaux projets de Philippe II. — Conjurniion de Ltbertà. des bannis et de la bourgeoisie de Marseille, pour la dëlivrance de cett'* ville. — Campagne du duc de Guise en Provence, et son approche de Marseille. Loul£ d*A(x et Casaux vaincue, les Espagnols chastes, par les efforts combinés de Liberté, des bourgeois, du duc de Ciuise (17 février). Importance de la réduction de Marseille. — Guerre faite et places enlevées par le duc de Gui^^e au duc d*£pernon. Soumission d*Épernon, pacification de la Provence (24 mars 1596).

1596. Henri prouva que son génie et sa puissante activité suffisaient à la double tâche de désarmer les factions au dedans et de combattre Tennemi du dehors. Mais dans la multiplicité des combinaisons et des actes qu'elle nécessitait, il était impossible qu'il échappât à toutes les erreurs, à toutes les fautes de détail. Il faut ajouter seulement, si Ton veut être juste, que l'on a mis au compte de ses fautes plusieurs revers qui eurent pour uniques causes les faux calculs et les manques de foi de ses alliés, des hasards malheureux, des circonstances de force majeure. Nous ne parlerons ici que des dernières. Le travail de la reconstitution du pays et celui de sa défense se nuisaient l'un à l'autre. L^épuisement de la France était extrême et ses finances en désordre : cependant il fallait en même temps défrayer la guerre, et satisfaire les chefs de la Ligue, qui exigeaient en argent tout ce qu'ils abandonnaient en indépendance : l'argent manqua souvent à

lia UV. V. cil. IV. EDIT DR KOLKMbllAY REI^TlF A MAYENNE.

Tune des deux dépenses. Aussi allons-nous voir Henri dans le cours des trois dernières années poursuivre d'une part sans déviation et accomplir la pacification du royaume ; d'une autre, dans la guerre contre l'Espagne, essuyer quelques grands revers, réparables il est vrai, mais difKciiement réparables.

La réduction d'un grand nombre de seigneurs et de pays, préparée* par d'activés et adroites négociations, par de prévoyantes mesures, dès l'année précédente, s'accomplit au commencement de l'an 1596. Le 31 janvier. Mayenne fit sa soumission publique. Par l'édit de Folembray, le roi lui accordait, à lui et à ses partisans, amnistie pleine et entière pour le passé ; trois places de sûreté pour six ans, Cliâlon-sur-Saône, Seurre et Soissons; le gouvernement de l'Ile-de-France, avec distraction du gouvernement de Paris ; des sommes enfin qui, soit pour l'acquittement de ses dettes, soit pour l'accroissement de sa fortune, ne montaient pas à moins de 3,580,000 livres du temps (12,888,000 francs d'aujourd'hui). U obtenait en outre pour son fils, M. d'Aiguillon, la duché- pairie. On s'indignait que Mayenne obtînt non-seulement impunité, mais récompense pour les maux dont il avait accablé le royaume, et pour le meurtre de Henri III, dans lequel la voix publique l'accusait si hautement d'avoir trempé, que pour le garantir des poursuites de la justice, Henri fut obligé d'insérer un article exprès dans l'édit de Folembray , et d'écrire à la reine Louise , veuve de Henri III, une lettre dans laquelle il la suppliait, au nom de la France et des dangers publics, de se désister de ses poursuites. Aussi le Parlement de Paris refusa-t-il d'abord d'enregistnT l'édit, et ne céda-t-il qu'à trois jussions réitérées du roi, le 9 avril 1596. Mais Henri pensait, avec les hommes les plus sages et les plus expérimentés du temps, qu'au moment où la France épuisée

AUTRES BDITS DE POLBIIBBAY RELATIFS A NEMOURS ET A JOYEUSE. i43

faiblissait dans la guerre contre l'Espagne, on ne pouvait payer trop cher la soumission du chef de la Ligue, et le retrait du gouvernement de Bourgogne, placé sur les frontières et dans le voisinage des possessions espagnoles. De plus, le duc ramenait sous l'obéissance de Henri quatre chefs ligueurs, les marquis de Yillars et de Montpezat, ses deux beaux-fils ; Lestrange, gouverneur du Puyen-Velay ; La Severie, gouvernem' de la Garnache en Poitou *. Les événements qui suivirent jus lifièrent de reste les prévisions du roi et les concessions faites à Mayenne. Dans le même mois de janvier, et par deux autres édits donnés également à Folembray, Henri traita avec le marquis de Saint-Sorlin, devenu duc de Nemours, et avec le duc de Joyeuse. Ils reconnurent tous deux l'autorité du prince, et ne durent plus agir qu'en qualité d'officiers de la couronne. Le duc de Nemours gardait le gouvernement de Montbrison en Forez, d'Ambert en Auvergne, et de quelques petites places voisines: il obtenait d'y conserver les garnisons que son frère y avait mises, avec la même solde qu'elles recevaient auparavant : il maintenait comme chefs militaires ceux qui commandaient dans ces places, à condition qu'ils feraient serment de les conserver , sous l'autorité du duc , en l'obéissance de Sa Majesté : il recevait 378,000 Uvres du temps (1 ,383,480 francs d'aujourd'hui). Quant aux Toulousains et à leur gouverneur le duc de Joyeuse , les habitants de Toulouse obtinrent l'exercice exclusif du culte catholique dans leurs murs, l'abolition pour tous les excès commis

1 Le texte de Tédit relatif à Mayenne dans le recueil intitulé : Edicts du roi Henry IV pour la réunion de ses subjects, Paris, 1601 in-8*, fol. 96-103 verso ; dans P. Cayet, l. VIII, p. 727-731, pour les articles publics, et p. 732 B pour les articles secrets. G*est à Tarticle 28 que se trouve l'énoncé de la soumission de Yillars, Montpezat, Lestrange, La Severie. — Sully, CEcon. roy., ch. 151, t. Il, p. 29 B. — L'exposé de l'édit de Folembray par Davila, 1. XV, p. 40, conlient quelques erreurs.

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