NOUVEAUX PROJETS DE PHILIPPE II
Après la soumission des Parlements, de presque toutes les grandes villes , de la plupart des seigneurs , la guerre civile étant près d'expirer, et Tunité nationale sur le point d^tre complètement rétablie, le projet si longtemps nourri par Philippe II, de subjuguer toute la France, devenait une chimère, et il y renonça. Il ne songea plus qu'à conquérir une seule province frontière, la Picardie, qu'il comptait joindre aux Pays-Bas, et à occuper trois points importants. Il voulait s'assurer de Marseille, dans le Biidi ; de Blavet, dans l'Ouest ; de Calais, au Nord. Ces ^riltes eussent été trois portes par lesquelles il serait entré à son gré dans le royaume , comme les Anglais pendant .tout le moyen-âge. De plus , il en eût fait des postes dominateurs sur la Méditerranée et l'Océan, semblables à ce que Gibraltar et Malte sont devenus depuis un siècle pour les Anglais. Enfin, de Blavet et de Calais il eût menacé sans cesse la côte d'Angleterre , et suivi contre cette puissance ses idées de vengeance et d'invasion. Chez cet homme , l'instinct de l'ambition était quelque chose de prodigieux : il rfest peut-être pas un moyen de domination dans lequel il n'ait à hii seul devancé les plus avides et les plus sagaces réunis ensemble.
En formant le projet de s'emparer de Marseille , Philippe avait tout préparé au dehors et au dedans de la ville pour assurer le succès de cette usurpation. Il avait envoyé de Gènes Charles Doria occuper le port de Marseille avec dix galères. Cette escadre devait être suivie d'une grande année navale, qu'il avait fait équiper dans les ports de la mer de Gênes par Jean-André Doria, père de Charles, pour appuyer l'entreprise. Dans le même but, il avait enjoint à ses lieutenants de faire aux environs de Gênes des levées qui se rassemblaient maintenant, et allaient être dirigées sur la Provence. Les intelligences que Philippe II s'était ménagées dans Marseille formaient contre cette cité u tO