LIV. V. CH. IV. SES PRÉPARATIFS POUR S'EMPAR£R DB MARSEILLE
un danger plus menaçant encore. Il avait gagné à son parti et à ses desseins Louis d'Aix, viguier, et Charles Casaux, premier consul. Ces deux hommes d'une adresse égale à leur audace et à leur perversité , s'étaient acquis avec la faveur du peuple une puissance absolue dans leur patrie. Ils étaient parvenus à' se faire continuer cinq ans de suite dans leurs charges, et avaient converti en despotisme le pouvoir attaché à ces offices. Ils avaient banni une partie des plus notables citoyens : ils en avaient jeté un grand nombre d'autres dans les prisons , sur leur refus ou leur impuissance d'acquitter les contributions arbitraires et excessives qu'ils leur avaient imposées. Ils tenaient deux galères armées dans le port, et ils y avaient mis à la chaîne tous ceux qu'ils savaient être leurs ennemis , en leur imputant d'avoir comploté contre leur autorité : ils s'étaient débarrassés des plus redoutables par la mort. Ils occupaient les forteresses de Saint-Jean, de Notre- Dame de la Garde , de Saint-Victor , la porte d' Aix , la porte Royale, un fort enfin nouvellement bâti à l'embouchure du port, nommé la Tète de More, et servant de citadelle à la ville. Ils avaient à leur solde un corps nombreux de troupes , infanterie et cavalerie. Ils ne sortaient qu'entourés d'une escorte de gardes , portant leurs couleurs, armés de mousquets chargés. Pendant cinq ans, ces moyens de terreur avaient suffi pour assurer leur pouvoir, sans qu'ils eussent besoin de recourir à aucun support étranger, ni de rien céder de leiu* pleine indépendance. Mais depuis le déclin de la Ligue dans le Midi, en 1595, et depuis l'envoi du duc de Guise et de Lesdiguières en Provence, ils avaient craint de se trouver faibles contre leurs ennemis intérieurs , concertant leurs efforts avec les lieutenants du roi pour les renverser. Ils avaient alors abandonné la Ligue pour passer au parti espagnol. Après avoir tiré de Philippe II des assurances de