‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 86 sur 344 · PUISSANCE ET TYRANNIE DE LOUIS D*A1X ET DE CASAUX · texte numérisé non relu

PUISSANCE ET TYRANNIE DE LOUIS D*A1X ET DE CASAUX

protection, de sauvegarde, d'accroissement de fortune, ils s'étaient donnés pleinement à lui, avaient promis de lui livrer Marseille, et à partir du mois de décembre 1595 avaient frayé chaque jour la voie à spn usurpation. Ds avaient mis les galères de Charles Doria dans le port. Ils avaient logé douze cents soldats espagnols aux maisons du baron de MeoUhon, situées sur la rive au-delà du quai, près de la muraille, et pratiqué dans la muraille une porte, près le plan Forniguier ^ qui leur permettait d'introduire à toute heure les étrangers dans la ville.

Pour proclamer la royauté de Philippe II , ils n'attendaient plus que la favorable issue de deux événements qu'ils comptaient voir s'accomplir sous peu de jours. D'un tôié , ils essayaient de se réconcilier avec une partie de ceux qui s'étaient montrés jusqu'alors hostiles à leurs desseins , et ils leur prodiguaient les promesses et les séductions : s'ils parvenaient à les gagner, ils comptaient abattre tellement le crédit de ceux qu'ils prévoyaient devoir s'opposer à leur entreprise, qu'au moment où ils feraient crier dans la ville Vive Philippe ! et feraient arborer ses armes, il ne se trouverait personne en état de leur résister. D'un autre côté , ils attendaient de moment en moment l'arrivée de la flotte et de l'armée espagnoles, parties d'Italie : ils espéraient que l'approche de ces forces, en intimidant la population, dénouerait à leur avantage l'intrigue de la réconciliation , et donnerait en même temps à la force militaire qu'ils s'étaient créée dans l'intérieur de la ville un ascendant irrésistible. Ces mesures se prêtaient un si mutuel et si formidable appui, que les relations contemporaines disent : a Par raison humaine, ils pouvaient w desmembrer Marseille de l'Estat. » Cette grande cité toucha donc.au moment de subit* le joug espagnol.

Les desseins de Philippe II furent ruinés, les préparatifs de Louis d'Aix et de Casaux furent confondus, par

iiS LIV. V. CH. IV. LES BANNIS ET LE DUC DE GUISE SB CONCERTENT.

l'un de ces actes hardis, continuant noblement ceux auxquels venait de se porter la bourgeoisie de Lyon , de Paris , de Beaune, et par l'entreprise du duc de Guise renouvelée de celle du roi pour l'occupation de Paris. Les citoyens partisans du roi et de la cause nationale dans Fintérieur de Marseille, les bannis au dehors s'employèrent et contribuèrent également à conjurer le péril qui menaçait leur patrie. L'avocat Bausset, l'un des bannis, devint l'un des principaux ouvriers de cette grande entreprise. Or, quand on observe qu'il était frère du capitaine Bausset, lequel partageait le commandement du château d'If avec le toscan Pesciolini; quand on voit plus tard Fun des trois chefs de la conjuration s'adresser d'abord à ce dernier, Ton ne peut douter que les agents du grand-duc de Toscane n'aient eu les yeux ouverts sur l'imimnence du danger, n'aient donné d'utiles avis aux partisans de la Ligue française, n'aient apporté leur part à la résistance. Le duc de Guise, après quelques tentatives inutiles sur Marseille, avait tourné exclusivement ses armes contre d'Epernon et le duc de Savoie. Il réservait une attaque contre Marseille, pour le temps où il pourrait y employer âes forces sans partage, après avoir au préalable accablé ces deux ennemis. Les bannis vinrent le solliciter de s'employer sans délai à la délivrance de leur ville. Ils lui représentaient que le moindre retard le mettrait aux prises non plus avec Louis d'Aix, Casaux et leurs complices , mais avec Philippe II et toutes les forces d'Espagne. Ils lui exposaient avec chaleur que la bourgeoisie gardait aux deux tyrans une haine implacable; que si elle ne hasardait rien en ce moment pour sa délivrance, c'est qu'elle se trouvait à la fois en butte aux coups des duumvirs, à l'attaque des galères espagnoles ancrées dans le port, à la menace de la flotte espagnole mouillant dans le voisinage, sans espoir de secours du côté du parti royal ;

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