‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 88 sur 344 · LIV. V. CH. IV. LIBERTA, LE PRÉSIDENT BERNARD, LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. IV. LIBERTA, LE PRÉSIDENT BERNARD, LA BOURGEOISIE

tyrannie des Espagnols et des Génois, et dont plusieurs étaient venues chercher un asile en France. Sa vieille haine était aiguillonnée par les dangers de la situation présente, et il avait résolu, avec son frère et ses amis, de ne pas se laisser assujétir à la domination espagnole, dans sa nouvelle patrie. Il s'était ouvert d'abord de son dessein au toscan Pesciolini, qui par l'intermédiaire du capitaine Bausset, son collègue, avait mis Libertà en rapport avec l'avocat Bausset *. Ce dernier l'avait affermi dans sa résolution, et avait concerté avec lui les moyens de l'exécuter. Libertà commandait à la porte Royale de Marseille. C'était un ouvrage de fortification, une espèce de citadelle, garnie de trois portes successives, dont la dernière donnait sur la campagne. Libertà offrait délivrer cette porte, par où l'on pouvait faire entrer autant de gens de guerre que Ton voudrait pour remettre la ville sous Tobéissance du roi. En même temps, le président Bernard , intendant de la justice dans la ville au nom de l'Union, mais ferme partisan de la Ligue française, manda au duc de Guise qu'il pouvait accepter avec une entière confiance les propositions de Libertà, et qu'au jour où il conduirait les troupes royales sous les murs de Marseille, il trouverait toute une classe de la bourgeoisie prête à lui donner la main.

Sur ces assurances, le duc de Guise prit, le 10 février, engagement par écrit avec Libertà. Le capitaine stipulait que Marseille conserverait son gouvernement communal, ne serait régie que par ses magistrats municipaux, ne serait occupée et gardée que par sa milice bourgeoise. C'était une garantie contre deux tentatives faites par le pouvoir, depuis 1566, pour donner des gouverneurs à

* Galluzzi, 1. V. c. 6, p. 118. « Pietro di Libéria Corso, mal contcn- » to di essere stato trascurato neli'acordo faite col Re di Spagna. n offert al Pescioloni tutta Vofiera sua per togliere dal mondo il tiranr » no. » Il s'agit de Casaux.

CONJDRATION DE LIBERTA, SON PLAN D'OPÉRATION 15l

Marseille. Certes, cet homme avait à cœur la liberté. A l'exemple de tous les chefs de la Ligue, Liberté demanda salaire du service qu'il allait rendre, récompense pioportionnée aux dangers dans lesquels , lui et ses amis allaient s'engager : la viguerie pour lui pendant un an, des charges de consuls pour les principaux conjurés, un fief noble, un évêché ou une abbaye pour l'un de ses parents, le commandement de Tun des forts de Marseille, une somme de 160,000 écus du temps. Mais on a mé^ connu avec injustice qu'il avait laissé le roi arbitre de ses prétentions; qu'il avait exécuté sans attendre la ratification , sans s'inquiéter si ses demandes seraient acceptées en entier ou réduites. Le duc de Guise examina et discuta ensuite de concert avec Bausset et ses officiers le plan du capitaine. Louis d'Aix et Casaux sortaient tous les jours ensemble, par la porte Royale, la seule porte de la ville restée ouverte , et allaient , entourés de leurs gardes, reconnaître les environs pour échapper aux attaques imprévues. Sur cette circonstance. Liberté proposait d'épier le moment où les deux tyrans franchiraient la porte, d'abaisser la herse qui la fermait, de leur ôter ainsi toute possibilité de rentrer , de les livrer avec leur escorte à l'attaque d'une embuscade que le duc de Guise cacherait dans les environs , et qui les mettrait en déroute. Cependant Liberté et ses amis se rendraient maîtres de la porte, et l'ouvriraient aux troupes du duc de Guise : le secours se joindrait aux habitants qui se déclareraient pour le roi: tous ensemble s'empareraient de la ville, et la remettraient en son ancienne liberté. Guise et son conseil jugèrent le projet bien combiné dans toutes ses parties, l'approuvèrent et en fixèrent l'exécution au matin du 17 février. Liberté et le président Beniard furent informés de cette détermination, et Liberté reçut en outre l'engagement du duc de Guise, par l'intermédiaire du no-

Page 1