L1V. V. CH. IV. LE DUC DE GUISE S'APPROGHB DB MARSEILLE
taire Duprey . Le duc de Guise, pour donner de plus en [Aus le change à Louis d'Aix et à Casaux, alla dans le voisir nage de Toulon attaquer et réduire Hyères, Saint-Tropez, Draguignan : les habitants s'étaient montrés favoraUes au rétablissement de l'autorité royale, et le duc bloqua avec leur concoin^ les citadelles de ces trois villes, devant lesjuelles on s'attendait à le voir bientôt revenir. De là il conduisit ses troupes à l'attaque du château de La Garde, où le duc d'Epernon tenait une forte garnison, resserrant et menaçant sans cesse Toulon. Il commença le siège sans délai, et donna deux assauts à la place. Au moment où on le croyait tout occupé de cette entreprise , il fit plier bagage, renvoya son canon à Toulon, et marchant jour et nuit avec une extrême diligence^ il arriva le 16, sans qu'on en eût le moindres soupçon et la moindre nouvelle, d'abord à Aubagne , ensuite à Saint-Julien , bourgade distante de deux lieues à peine de Marseille, où il donna rendez-vous à tout son monde pour dix heures du soir. Le même jour , la nuit venue , Libertà réunit à son logis son frère Barthélémy , les amis sur lesquels il comptait, Laurent, Impériali, de Reims, d'Hervieu, quelques autres capitaines et colonels de la ville r il leur annonça poiu* le lendemain matin l'exécution de l'entreprise jusqu'alors tenue secrète *, et reçut leur promesse d'un chaleureux concours, chacun en leur corps de garde , au moment où elle éclaterait. A travers de subites difficultés, le duc de Guise exécuta ponctuellement les disposi* tions arrêtées à Toulon, et concertées avec Libertà et Bernard. Quoique la pluie tombât à torrent dans la nuit du 16 au 17, il amena les troupes de Saint-Julien : il posta son avant-garde composée de cavaliers en embuscade près
* La relation du temps, p. 8. u L'entreprise estoit si secrette qu*elle » ne se sçavoit au -dedans que par les ci-dessus nommez. » (Liberté , Bausset, Bernard, Duprey.)
DANGER QUL MENACE LA CONJURATION. i53
de la porte Royale, et se tint lui-même plus loin avec le corps du secours, avec le gros de ses troupes. Le matin du 17 , Liberté envoya de Reims au dehors s^informer yi le contre-temps n'avait pas arrêté les royaux, et reçut bientôt l'assurance qu'ils étaient arrivés et prêts à le seconder. Tout présageait le succès, et semblait le garantir, quand des incidents inattendus menacèrent l'entreprise d'une ruine complète.
Louis d' Aix et Casaux furent informés, mais sans particularités, qu'il y avait complot contre eux, projet d'attaque contre la porte Royale. Le { 7 le matin, un Minime venu de son couvent les avertit qu'il avait vu à deux cents pas de la viUe quinze cavaliers qu'il soupçonnait être des ennemis. Sur ces avis, le viguier et le consul doublèrent leurs gardes, et s'entourèrent des plus résolus, prirent des dispositions pour faire face partout au danger, et y opposer une résistance qu'ils se flattèrent de rendre victorieuse. Louis d'Aix se chargea d'aller avec une forte escorte reconnaître les royaux et s'assurer de leurs mouvements. Casaux pendant ce temps, et contre sa coutume, resta dans la ville. Il mit sur pied toutes leurs troupes régulières et soldées : il requit en outre les Espagnols d'entrer dans la ville et de leur prêter assistance * : avec ces forces combinées, il devait d'une part se trouver en mesure de comprimer tous les mouvements à l'intérieur; d'une autre, à la première menace venue du dehors, se porter SOT les remparts, et repousser l'attaque du duc de Guise et des royaux. Si ces mesures préventives recevaient leur jJein eflFet, de la tentative de délivrance il ne resterait rien : il s'agissait de pourvoir à ce redoutable imprévu. Liberté écarta le danger, en improvisant un plan d'après lequel il devait mettre dehors l'un des tyrans, et avoir la
* La relation contemporaine intitolée : Discours véritable de la réduction de la ville de Marseille en l'oàeyssance du Roy, le samedy dixseptième février 1596. Paris, J. Leblanc 1596, in-8« de «7 pages, p. 11.