‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 37 sur 75 · CONTRE LKS MARCHANDS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CONTRE LKS MARCHANDS FRANÇAIS

espagnols, devioreot très-considérables. Elles consistaient principalement en blés, en vins et en toiles. Nous avons constaté précédemment qne le rétablissement de l'agriculture, en suivant le désarmement progressif des provinces de la IJgue, avait été assez rapide pour que le gonvemement autorisât la libre sortie des grains, partiellement même avant 1598, généralement depuis 1600. Le rétaJ>lis8emeot de l'industrie des toiles fut également trèsprompt , et précéda de plusieurs années celui des autres indostiies, soit de luxe, soit de première nécessité , parce que la fabrique des toiles emprunte sa matière primitive à ragriculture , et qu'elle la trouve en abondance sur le sol de la France. Il suffisait que cet état de choses se consolid&t pour que notre commerce extérieur entr&t dans une ère de prospérité et de développement inconnos jusqu'alors.

Les Anglais firent les plus grands efforts pour le miner, an moment de son premier essor, pour y substituer le leur, et pour hériter de nos dépouilles, non par une concurrence loyale, mais par la violence. Leurs pirates attendirent les navires marchands de France partout, mais foincipalement sur les côtes de France etd'Es pagne; firent batin des cargaisons et se saisirent des bâtiments euxmêmes ; tantôt embarquèrent l'équipage sur des chaloupes et l'abandonnèrent à ta mer en fureur, tantôt le noyèrent pour faire disparaître la trace de leurs vols avec les victimes elles-mêmes, lia correspondance de Henri IV avec Elisabeth, de 1598 à 1600, est pleine des plaintes qu'il lui adresse au sujet des brigandages exercés par les pirates d'Angleterre contre les marchands franco. Il invoqua aussivainementledroitdesgeusen faveur des négociants français ainsi traités, qu'il avait demandé j\fôtice pour Michel Lanne. Les instructions de 1 603 établissent que ni lui ni ses sujets spoliés n'obtinrent aucune réparation.

330 UT. VII. CB. VI. PLAINTES ET HACLAMAnONS DD ROI.

Les pirates anglais n'étaient, selon toute apparence, conseillés que par leur avidité : ils se ruaient sur notre commerce partout où ils trouvaient du butin à foire, une proie à capturer. Hais l'entière impunité dont leur gouvernement les laissa jouir, alors que notre diplomatie indiquût le pays , la ville , la rivière , d'où ils étaient partis , et où on les retrouverait à leur retour, si l'on voulait les poni^ suivre , établit d'une manière évidente que le gouvernement anglais se servait d'eux pour ruiner materiellement une partie de notre commerce maritime ; pour épouvanter et décourager le reste au moment où il se ranimait et se développait, en persuadant à nos négociants qu'il y allait à la fois pour eux de la fortuue et de la vie à continuer ' leurs opérations*.

Le roi se borna à de vives plaintes, à d'incessantes réclamations, tant que l'intérêt politique, plus grave encore que les intérêts commerciaux, lui fil une nécessite absolue de l'alliance anglaise. Au commencement de l'année 1600, il en était afirancbi . L'Espagne le baissait : mais épuisée et contrainte de continuer les hostilités contre les Hollandais, elle n'osait rompre ouvertement le traité de Vervins et rentrer en guerre. Le duc de Savoie paraissait devoir céder : il s'engageait, par un premier traité, soit à restitueràlaFranceû marquisat délaces, soitàlui céder la Bresse. Tout devait faire supposer au roi en ce mo-

> Voir daiu le t. V dee Lettres miasiveg d« Heaii iV, p. Ifl-lS : i* In lettre du ii août 1598, relalivemeat à l'aCàire de Sourdéac et de quelques marchaiicU de Brest, dont le navire la Collelle a èlè captnré i la fin de juin 1S98, près du cap FiDisIâre, par le {ùnte ao^jùa Chrislofor Crost, dool le sigaaleoieot est donné et la résidence indiquée; 2<> la lettre du 6 aodt 1S99, sur les Taioes réclamations de l'ambassadeur traoçais ponr obtenir la reslilulion dee navires le CafhoUque et la Marie, capturés par des pirates anglais {p. 7Ï7) ; 8* la lettre do H janvier 160D i la reine d'Angleterre, sur la prise faite par les AogleiB du navire la Bomte-Aventure, appartenant au capitaiue Jacques Cars, p. SOO.

MOYEKS DE RÈPHESeiON. LETTBES DE REPRÉSAILLES RT DE MARQUE. 337

ment que la paix dans laquelle il vivait avec l'Europe entière serait mEÛnteaue ; aussi passa-t-il, k l'égard de l'Angleterre, des plaintes à la répression. It délivra dans nos ports des lettres de représailles et de marque, et autorisa nos marins et nos négociants à armer ded vaisseaux et à courir sur les navires des marchands anglais : c«t acte était conforme aux dispositions des traités alors existants entre les deux nations, quand l'une d'elles avait à se plaindre des pirateries de l'autre. Le roi fit faire en outre par son Conseil un règlement sur la qualité des draps anglais qui se vendaient en France, règlement aux termes duquel la saisie et la vente des draps de mauvaise qualité étaient prononcées au profit de l'État. Les marchands anglab ayant iatroduit une très forte partie de draps défectueux et frauduleux en Normandie, ces draps furent saisis et confisqués par arrêt du Conseil, en date du 21 avril 1600 *. Le roi se disposa à remettre en vigueur, au besoin, deux mesures pratiquées, l'une temponùrement sous son règne, l'autre sous les r%nes précédents. La

' On pent voir, pu les traités el par la lettre du roi du 6 mars 160S, dtée ci-aprË3, qae les roU d'Angleterre et de France, dam le cai d'allaqnea diiigÊea par de* piraUs contre le» navires marchanda de l'oDe des daox nation*, avaient le droii de dôlivrer des lettres de repréwilles et de marqae. — L'arrit du Gonaeil du roi, en date du il arril 1600, est relaté formellement dans l'article 19 du irailé du tt terrier 1606 entre la France el l'Angleterre, et dans plnsieurs pasnge» de la correspoodaiice diplomatique do temps que l'on trouvera d-flprèi. La con/ttaition prononcée par l'arrât du tl avril contre des drapa anglais déftclmua et fraitdulaix n'était pas du tout VinterdielioH dtt drapt anglait en Franc*, ainsi qu'on le dit par erreuT dans un recueil important récemment pablié. La prohibition dus draps aogtais en France, la fermeture de nosporls et de nos marchés ftcepro* doit auraient bmolUé ruiné le commerce anglùs, qnl n'avait pas alors le» débouchés qu'il a eus plus lard : elles auraient amené la rupture de tODle alliance, et penl^élre la guerre entre les deni nations. Le roi se prépara à emfdoyer ce mojen extrême, ail était Décesaairc, maLi il n'en usa point: 11 se borna k recourir à ceux qui gênaient et inquiétaient inceasamment le commerce anglsia.

338 UT VI1.CH.VI. nteLKKENT SUR LA QUALITE DES DRAPS fiTRAHGERS.

première coasistait à arrêter, dans nos porte et dan» les localitésoù les populations avaient souifert des pirateries des Anglais, leurs navires et lenre marcbandises, et à prélever, sur la vente de lenrs cargaisons, des indemnités sufiQsantes pour couvrir les populations des pertes qu'elles avaient essuyées. La seconde était de fermer entièrement le royaume aux produits et au commerce anglais. Henri appuya ces représailles, les unes effectuées, les autres projetées, des rapides et éclatants succès obtenus pendant l'automne et l'hiver de 1600, dans la guerre de Savoie, qui avait éclaté contre ses prévisions, mais qui avait eu pour résultat de mettre le duc de Savoie à ses pieds, et de rendre la France plus redoutable et plus respectable à tous ses voisins. \

De toutes les guerres maritimes, il n'en est pas de plus dangereuse que celle des courses, même pour une nation très-supérieure sur mer à sarivale. La confiscation, pour manvaise qualité des produits, n'est guère moins nuisible, et tend à paralyser toute industrie et tout commerce, parce que, même en supposant toutes les sentences justes, les accidents et les erreurs inévitables sont punis comme la Craude. Les lettres de représailles et de marque délivrées par la roi, la con&scation [«ononcée par son Conseil et exécutée par ses officiers, suffirent donc pour porter une profonde perturbation dans les affaires et les spéculations des Anglais. Les deux autres mesures auxquelles il projetait de recourir, s'il ét^t poussé à bout, dsvoient avoir pour conséquence, aussitôt qu'elles seraient appliquées, d'anéantir entièrement leur commerce en France, etla France étaitalors le plus avantageux de leurs marchés. lie préjudice était si considérable, qu'Elisnlicth pria Henri avec instances de surseoir à l'emploi des moyens de la force et particulièrement des courses sur mer. Le roi souscrivit temporairement et par provision «

D,q,z.-3bvGoogle

SAIS» D'UHE porte PAHTIB de tlIUPe ANGLAIS. 339

la demande de son ancienoe alliée à la fin de l'année 1 600, et autorisa son ambassadeur à entrer dansles voies de conciliation avec l'Angleterre. L'bistorien anglais Cambden et la correspondance de Henri IV et de ses ministres avec notre ambassadeur à Londres fournissent à cet égard les plus curieux renseisnements. Cambden s'ex[ffime ainsi dans son Histoire d'Elisabeth :

c En toute cette année, comme en la précédente (1599, 1600), î) ; eut Torce ptûntes entre les Anglois et les François pour lei r^rétaillet qui se faisaient de part et d'autre, à cause de l'inaolenee des pirates. Par l'entremise de Thomas de Boissise, ambassadeur franfois personnage grave, on fit l'atcord suivaDt.... Que les représaillee ne seroîant pat sealement suspendues, maïs tout â fait réfoquéce de part et d'autre. Qu'on teroit des édits publics portant défenses de partager, transporter, aliéner les biens procédans des prises. Qu'on retiendroit les pirates et qu'on les poursuiiroit par justice, sous les peines Je droit et tes réparations des dommages d'intérêts '. •

Dès qu'Elisabeth et ses ministres eurent obtenu la anspension des lettres de marque et des courses en mer, ils ne prirent aucun scinde j>ré5erver le commerce français ^es violences de leurs pirates. Le roi s'effcs^ de les rappeler à l'exécution de leurs promesses, en adoptant une nouvelle mesure qui enlevait au commerce des étrangers en général, mais plus particulièrement au commerce anglais, l'un des avantages dont il avait joui jusqu'alors au détriment du nAtre. Poiu* faire tomber notre navigation, les puissances voisines de la France avaient imposé des droite d'ancrage assez considérables sur ceux de nos navires marctutnds qui mouillaient dans leurs ports. Le gouvernement français avait négligé de frapper d'un droit pareil les navires étrangers entrant dans les ports du royaume. Il eu était résulté que la marine marchande de

• Cambden, Histoire d'Elisabeth, 1V> partie, p. 99(, 196: troduclioD de C. de BeUanget, iu-i', ie2S.

D,q,z.-3bvGoOgle

340 UV. VII.Ca.Vl. hHOITD'iNClUCI ETABLI COmUK LES ËTKANHRB.

nos voisins avait en grande partie supplanté la nâtre dans le commerce de transport, même pour les produits et les denrées de France. En effet, nos navires payant chez l'étranger au moment où ils abordaient, un droit que n'acquittaient pas les navires étrangers quand ils abordaient dans les ndb«s, ces derniers effectuaient le transport des marchandises à meilleur marché que la marine marchande française, et lui étaient préférés, même par les producteurs et les négociants français. Henri, malgré SuUy, et malgré les Parlements peu éclmrés dans les matières économiques, ordonna habilement, en 1601, d'exiger des vaisseaux étrangers les mêmes droits auxquels les étrangers avaient assujetti les nôtres ' . Notre marine marchande rentra dès lors dans le commerce des transports et de cabotage dont elle était précédemment exclue, et notre commerce en général vit rompre l'une des nombreuses entraves qui s'étaient opposées jusqu'alors à son essor et à sa prospérité.

Ce second avertissement que le roi donnait aux Anglais ne leur profita pas. Ils continuèrent la même impunité à leurs pirates. De plus, dans le nouveau traité à intervenir entre la France et l'Angleterre, dont leurs représentants travaillèrent, pendant toute l'année 1601, k arrêter les bases, les Anglais s'efforcèrent d'inséiier les clauses les plus inégales et les plus désavantageuses pour la France. L'une, sous le prétexte des hostilités subsistantes entre l'Angleterre et l'Espagne, et des armes fournies à l'Espagne par les marchands de notre pays, soumettait la marine et le commerce français au droit de visite de la part des Anglais. Les autres liaient complètement les mains au roi et à la France, dans le cas oti l'Angleterre tente-

< Od trouTe les dèlaik reUtib au droit d'ancrage dans les Uémoires de SuUy, airangâs par Vebbé de l'Écluse, 1. XVI, t. li, p. asi, et dam PorbouuaU, l. t, p. (4.

D,q,z.-3bvGoOgle

Page 1