PLAN DÉFINITIF POUR LE COHHERCE ET LA COLONISATION
raient se défaire ; qu'il en serait, à plus forte raison, de même pour les autres produits du nouveaa monde ; que, par conséquent, le commerce des pelleteries et des cuirs serait peiâu. Les choses suivirent précisément cette marche, puisque Champlaih nons apprend, dans UQ passage qu'on trouvera cité un pen plus loin, que dès 1612 tous les marchands étaient constitués en peiïe. Or, si les colonies, si les possessions' de la France en Amérique, restaient unies, comme ellesl'avaient été jusqu'alors, aux destinées de ce commerce , elles devûent succomber en même temps que lui ; l'intérêt politique , l'intérêt comluercial p^clitaient également.
Le roi et les hommes supérieurs qu'il employait, par- Ucnlièremeat Champlain , avaient reconnu dès 1610 les vices du commerce d'Amérique : de plus, leur sagacité avait prévu les prochaines et inévitables conséquences que ces désordres devaient entraîner. Ils ne voulaient ni laisser périr un commerce qui intéressait au pins haut point la classe des négociants, et les fipances de l'État par le cdlé des douanes, ni permettre que l'esprit et les établissements d'association mourussent en France. Rs prétendaient de plus s'assurer par une dernière expérience si les compagnies, qui déjà avaient foadé le Port-Royal et Québec, ne pourraient pas, mieux organisées et plus fortes , multiplier les colonies , et donner à la France de grandes possessions, et tout un empire nouveau dans l'Amérique septentrionale. Pleins de ces idées, ils formèrent un projet qui devait d'une part sagement régler le bon exercice et la liberté du commerce, d'un autre concilier les intérêts du commerce avec les intérêts politiques de la colonisation. La combinaison étcdt de reconstituer une Compagnie privilégiée, mais d'y admettre sans distinction au principe tous les négociants du royaume et tous les autres citoyens qui voudraient y entrer, en ap-
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60S L. Vtl. CH.VII. PROJBT D'UNB NOUVELLE COHPlGKie PfUVILtGlKE.
[Kirlant aae mise de fonds fixée d'avance, au Lieu de restreindre l'association aa petit nombre de ceux que choisiraient les chefs de l'entreprise, comme de Chapes et de Monts avaient eu la faculté de le faire. Tous tes marchands et tous les citoyens indistinctement pourùeot donc participer d'une manière générale aux opérations et aux bénéfices de la Compagnie en se portant pour actionnaires. Hais ils n'intervenaient pas tous dans les transactions : les opérations que personnellement et directement ils auraient souvent conduites d'une manière insensée, en obéissant à de faux calculs et à la passion, étaient faites désormais avec prudence et lumières par leurs représentants. Cette constitution nouvdle de la Compagnie était la même à peu près que celle que le n» avait donnée à laCompagniedesIndeswientalesenlfiOJ. Dans l'exécution de cet excellent projet, le roi, nous venons de le voir, avaitpouraidedès 1610, les réclamations des consommateurs et d'une partie de la boui^eoisie. D voulait de plus avoir l'acquiescement des marchands, iJes habitants des villes maritimes, au lieu de leurs mécontentements et de leurs murmures, mauvais en tout temps, dangereux au moment où il allait entrer en guerru avec les deux branches de la mmon d'Autriche. Il aurait suffi au roi de patienter et d'altendre deux on trois ans pour obtenir cet acquiescement des marchands et des popula^ tions maritimes du royaume , et pour pouvoir étabhr la Compagnie sur les bases nouvelles qu'il avait arrêtées. En efTet, nous allons voir que dès 1613 les marchands reconnaissaient l'incalculable dommage qu'avait fait k eux-mêmes et au commerce une liberté illimitée, et qu'ib étaient disposés à 7 renoucer. Mais Henri fut frappé à mort avant ce terme d'attente que sa sagesse avait fixé. Ghamplain avait eu le secret, et il reçut le dépdt de la combinaison économique projetée par le roi . Avec la pn>-
CE PROJET MIS À EXiCDTtOH PEU JlPBÈS LA MORT DU BOL 003
tection du prince de Coodé, il parvint à la faire mettre à exécution en 1613, pendant la régence de Marie de Médicis. Le gouvememeiit nomma le prince de Condé viceroi et protecteurdesétabUssemeDts&aQçais en Amérique. Le princ« conféra à Champlain la lientenance, c'est & dire le gouvernement militaire et politique, et de plus l'intendance ou l'administration civile de ces pays, et lui donna chaîne de former une association entre les personnes qu'il jugerait les plus capables de servir à la fois la colonisation et le commerce. Champlain établit en peu de temps nue nouvelle compagnie, d'après le plan arrêté sous Henri lY. La faculté d'y entrer au moment de la formation, sous la seule condition de contribuer au capital social, fut offerte non-seulement à tous les marchands dn royaume, mais encore à tous les bourgeois et à tous les nobles, puisque Champlain et de Monts , qui apparteniùent au corps de la noblesse, en devinrent membres, et que de Monts donna procuration à Champlain « de le » faire entrer en ceste société de telle somme qu'il ad- » viseroit estre bon pour luy. » La Compagnie, une fois constituée, devait avoir le privilège exclusif du commerce de rAmérique en ce qui concernait les castors et autres pelleteries.
• Quelques brouillons, dît Champlain, qui n'avoient aucune ioterest en l'affaire, importunèrent monseigneur le pnuee de 1> faire casaer, lui faisant eateadre le prétendu inleresl de tous les marchands de France, qui n'ovotenl aucun tujtt de te plaindre, attendu gv'un chacun etloil rteeu tn fatiociatiim, et par ainii Ton ne te pouvait jtuletnent offenier. C'est pourquo;r leur malice estant reconnue, ils forent rejettei, avec permission seulement d'entrer en la société... Je donnaj li entendre k pluMeurs marchands le bien et l'ulilité qa'apportoit une compagnie bien réglée, et conduite sons ranthoritë d'un grand prince qui les pouvoit maintenir contre tonte sorte d'envie; qu'ils eutuni à contidirer ce que par U deriglentent d» patii ili avoient perdu, et metnut en la prétente année, à l'enei le* un* da
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604 LIV. vit. CH. vil. LA NOUVILLB COKPAGNIB BB C0H8TITDB.
*utn4. Jugeant bien (ou* «m i&*nt», il* m« promirent de veor em cour |Mur former leur compignie, mur certiinet cooditiont. Qnelquu jours aprèt , ceux de Seiat-Helo et de Narmandie h IrouTèreol préli, mrâ ceux de li Rochelle manquèrent. Je ne laissa; de faire la iociété i Parii, réaerré le lien aux Rochetloi*, avec stipulation qu'an caa que dans un certain temps ils n'j Toulusaent entrer, ils n'y seroieot plus receu*. Ils furent ai longteinp* en ceste aJ&ire, qye ne f enana paa au temps, ils furent d^mis, et ceux de Rouen et de Sainl- Malo prirent l'albire moitié par moitié. •
Ghatnf^n nous apprend ensuite que l'organisation et le privil^e de ta nouvelle Compagnie furent soumis aux Étals généraux de 1614, et reçurent la solennelle sanction de cette assemblée nationale ' .
Dans l'histoire de la fondation des colonies françaises en Amérique, nous avons compris tous les détails, fouinis par les auteurs du temps, qui pouvaient servir à faire connaître la Nouvelle-France. Mais ces délais ne s'étendent pas à tous les points et à toutes les matières qu'il importe de connaître, et ne donnent pas une vue d'eusemble. On ne peut bien apprécier quelles ressources et quels développements ces contrées devaieut fournir à la puissance et au commerce de la France, et embrasser par conséquent les projets de Henri IV dans toute leur étendue, qu'en recourant à deux descriptions de la Nouvelle- France, qui ont été faites dans la période qui a suivi immédiatement le règne de ce prince. L'ime a pour auteur ■ Denys, gouverneur, lieutenant général pour le roi, et propriétaire des terres et lies qui s'étendent en Acadîe depuis le cap de Canceaa jusqu'au cap des Rosiers. L'auteur n'a rien écrit qu'il ne l'ait vu par lui-même , et il a laissé de plus la réputation d'un admimstrateur coasoronié dans les matières qu'il traite. Nous extrairons de
< Voyages de Gluunplian, I. IV, ch. i, p. 319, lSS,iS7,3S9. — Lesoaitotfl. V, ch. T, p. 640.
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DBSCniFTtOH DB L AC&DtE PAR LE GOUVERNEOR DBHT8. 605
sa description géographique et historique composée en 1 635 ce qui se rapporte à l'Acadie, l'une des quatre régions dont se composaient les possessions françdses. L'autre description, antérieure de trois années seulement, est due à Ch&mplain : outre les renseignements spéciaux qu'il fournit sur le Canada, elle contient des ohservaUons générales sur la Nouvelle-France dans un vaste ensemble. Les deux auteurs sont guidés évidemment par les grands principesd'économiepolitiquequeHenri IV appliqua dans la fondation et l'organisation des premières colonies françaises : ils les reproduisent et les font revivre presque à chaque ligne.
Nous aBons d'abord présenter la description de l'Acadie, d'après Denys. Pour la plus grande partie desdétails, Dous résumerons exactement l'intelligent exposé de cet auteur; pour quelques points particuliers, nous citeron» textuellement son témoignage '.
> L'étendue de l'Acadie, dit-il, est de deux cent cinquante lienes de circuit, entre les 43 et les 46 degrés de latitude nord. Le climat j eat asseï doux et fort «ain. 11 y a en quelques endroits des mines de euim, et en d'autres, des mines de charbon de terre. A trou quarts do lieue de l'tle Hénane, qui sert de Gèconnaissement ani Taîsseanx pour entrer dans la ririère Saint-Jean, on trouve un rocher presipie toujours couvert par la mer , lequel est de lapis-lazuli. Le commandeur de Razilli en avait détaché un morceau qu'il envoya en France, et qui fut estimé dix écus l'once.
* Il n'y a peul-étre pas de contrée qui puisse fournir plu» abon' dammeot que l'Acadie A toutes les nécessité* de la vie. L'on n'y a encore trouvé que des terres d'une fécondité surprenante. ' H. de la
* Tour, continue-t-il, a une habitation en la baie de Sable. En 1636, 1 je passai par U ; je fus voir le jeune de la Tour : il arriva un père
• Recollet qui me fit le récit de son jardin, et me convia de l'aller
< Description gèi^apbique et historique des cAtsa de l'Amérique septentrionale par Denys, gouverneur, llentenant-gènéral pour le roi, et propriétaire de toutes les terrée et Usa qui sont depuis le cap de Champaeaux jasqu'au cap des Rosiers, t. I, oh, i, p. Bd-VS.
606 UV. VII. CH. vil. BCITB t» Ul. DESCRIPTION tffi L'ICUMI.
> Twr. Nmib triTeralmM ta btie, Dons amvtnes la jaHin : û me
■ dit qu'il l'afoit dérrichd tout wul. Il pouvoit avoir deini-ai|»eiit de
> terre. Il y «Toit quiotiti d« loutei sorte* d'herbee pot^irea el de
• légumei. Il ; aToit quelques pommiers et poiriers quiesloienl bien
■ pris et tris-beaux, n'ayant ealé plant^^ que l'année prée^ente. Je
> fui content de voir tout cela, mais bien plus, lorsqu'il me montra
> ses pois, et son rroment qu'il ivoit s«mé. Les poû me ravissiûeiil
• â voir leur hauteur, et si couiert* de gousses que cela ne te pent
■ croire i moins de le Toir. Le froment de meame. 11 n'y iroit gnia
• de bled qui a'eusl sept i huit pailles les moindres, les autres doute
• ou Ireiie, le moindre épj de demi-pied de longueur, bien (bonii
• de grain. Hais entre autres il me montra un grain de bled qaiealoit
• venu i l'écart, qui avoit cent emquante pailles toutes portant épj , t et que je comptij. 11 y avoit un grand cercle, ou cerceau de bari-
• que, qui les eotouroit pour les maintenir et supporter de crainte
• d'eatre couchés par le Tent '. •
Le pays doooe, outre les grains, tout ce qui est néceasiire i It nourriture des habitants : les rivières foisonnent de poisson d'eau douce; les bords des riviires sont remplis d'un gibier inSni. Après la quantité de grains prélevés pour les besoins de la population, on aurait un excédant considérable pour le commerce. Dans la plupart des localités, on trouve d'immenses forêts foomissaut le boia de chauffée, le bois de construction pour les babilations et pour les vaisseaux *.
Les poissons qu'on pécba le plus communément sur ces câlei sont la morue, le saumon, le maquereau, le harang, la sardine, l'alose, b truite, le gaparot, le bar, l'esturgeon, tous poissons qui se peuvent saler et transporter. Le loup marin, la vacbe marine, la baleine j sont en très-grande quantité. On assure que, dans le seul pwi de Uoucouadi, on pourrait pécher en une senle saison asseï de baleines pour la cargaison de plusieurs navires, t Le négoce des pelleteries
■ avec les Sauvages n'est qu'un accessoire au capital de ce qui peut
■ se faire dans le pays, lequel est la pescbe sédentaire, et la culture
• de la terre '. *
> Tome I, oh. 8» p. 79, 80.
■ Il donne sans cesse des détails pareils an snivant, qu'on trouve à la page Sfl : « En ces endroits tout le bois n'estoit que de cbesnes... B En deux années j'eus quantité de merrain, de poutres pour lee s baatiments, tontes eacaries, aussi bien que des solives. »
s Tonte I, ch. 8, p. 9k.
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EXPOBÉ DE CHAHPLAIN SUR LE CANADA BT U NOUVELLE mANCB. tl07
Li liluatioD de l'Acadie est «dmirible pour le cammerce. C'est ta léle de l'Amérique septentrionale, et l'enlrepAI te plus proche, la plni SÛT, le plus commode pour le commerce dei Indea oecidenUlei. Les couranU ae sont pas râcheux, et l'on y navigue de tous «eats. Il ii'y a peut-être pas au monde de pajs où l'on rencoalre de plus ~ beaux, ports. 11 faut citer entre autres le Port-Royil, le Pert-au- Houlon, le port de la Haive [Halifax}. ■ ILn'j a«oit qu'une pointe à
■ doubler pour entrer dans le luTre de la Haive. A son entrée , k le ( ganche, il j -a une isie qu'on appelle l'iile aux Framboises i i * droite, en entrant, il y a un gros cap de roche, qu'on appelle la
■ cap Dori. L'entrée est entre l'ile et le cap, elle n'est pas bien 1 large. Epiant dedans, on trouve «n beau baftin où il tiendrait bitrt
■ mille VI '
Pendant la période qui suivit la tnort de Henri IV, tous les projets conçus par ce prince pour la prospérité et la grandeur du royaume au dehors, la fondation d'une domination française dans l'Amérique septentrionale, comme l'abaissement de la maison d'Autriche en Europe, furent déplorablement ajournés. Sous un gouvernement faiblu et corrompu, le royaume fut d'abord en proie à de nouveaux troubles, et quand le pouvoir passa entre les mains de Richelieu, il Ait employé pendant plusieurs années à étouffer la guerre civile. En t632, tes factions étant vaincues, la paix rendue à la France, les affaires publiques conduites par un homme capable de reprendre et de suivre les pensées du grand rot, Champlain se hâta d'appeler fortement son attention et sa sollicitude sur nos colonies d'Amérique. Il composa dans cette intention un ouvrage où il révéla au ministre-roi l'ntilité et l'importance de ces établissements, et rétablit dans leur intégrité et leur grandeur les plans du règne précédent. Voici les considératioas générales et le tableau qu'on trouve en tète de son livre, où il évoque les souvenirs et embrasse les travaux de vingt-sept années *.
e nhampinii; a aoitfferla uiz dewou-
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