‹ Histoire du regne de Jean 1er, Duc de BrabantChapitre 3 sur 24 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

Depuis la naissance de Jean !<'<', jusqu'à son avènement au trône (1250 à 1268).

Coiip-d'œil sur la sitiialion du Brabant à cette époque. — Naissance de Jean l^"^.— Sa famille. — Son éducation. — Mort du duc Henri III. — Régence de la duchesse Alix, sa veuve. — Influence de Saint Thomas d'Aqnin sur son gouvernement. — Le sire de Wesemaël. — Troubles de Louvain. — Tentative infructueuse de l'cvèque de Liège, Henri de Gueidre, contre Malines. — .\ssemblce de Cortemberg. — Le prince Henri, fils aîné de Henri III, cède à son frère Jean, ses droits à la souveraineté. — L'empereur ratifie cette cession. — Jean I" fait son entrée à Louvain, et y prend possession du duché. — L'empereur lui en donne l'investiture.

A la mort du duc de Brabant, Henri III, décédé à Louvain le 28 février 1261, aprè.s un règne de treize années (1), le duché de ce nom se composait, savoir :

1" Du comté de Louvain;

2" Du comté de Bruxelles;

(1) Butkens, Trophâes du BraLanl, tome l'f, page 2G7.

2 HISTOIRF. DR JEAN 1",

5" Du Brabant wallon, comté et avoiieric de Nivelles; f|ui formaient le Brabant proprement dit.

4" De la Hesbaie brabançonne, qui avait pour capitale Tirlemont;

5° Du marquisat d'Anvers et de ses dépendances;

6° De la Taxandrie ou Campine. Elle n'avait pour ville importante que Bois-le-Duc. D'après Gramaye (1), ce fut seulement après la captivité de l'arcbevèque de Cologne Siffroi, fait prisonnier à la bataille de Woeringen en 1288, que le duc de Brabant fut complètement maître de cette place et de son territoire. Suivant ce cbroniqueur, les arcbevêques de Cologne ont conservé jusque-là des prétentions sur cette seigneurie, par suite de la donation que leur en avait faite en 1222, le duc Henri I", qui ne s'était réservé dans la ville même que le palais des ducs et l'église.

7" De la terre de Daelhem, au-delà de la Meuse, dont le cbcf-lieu avait été emporté en 1259, par le duc Henri H, qui avait acquis la terre entière en 1244, grâce à une transaction dont rexéculion avait été garantie par les communes de Louvain, Bruxelles, Anvers, Tirlemont, Léau et Bois-le-Duc, assemblées dans la première de ces villes (2).

La révolution communale était à la mort de Henri HI à peu près consommée dans le Brabant, et la majeure partie des villes de ce ducbé avaient déjà à cette époque obtenu leurs libertés, ainsi que le droit d'intervenir dans l'administration de leurs affaires (5). Louvain, Bruxelles, Anvers avaient leurs cbartes de franchises, et l'an 1194, on voit déjà les cités belges signer comme parties et comme garants un traité de paix entre Henri I" et le comte de Flandre.

(1) Aniiquitates Belgicœ, cd. 1708. Taxandria, page 12.

(2) Le tS mars, dimanche Oculi 12^3 (124.'i nouveau style). Bntkens, t. I, preuves, pages 8(5 et 87. — Echard, Dicfinnnairn gf'ngrnp/iifjvf, traduit par Vosgien, page 175, édition de 17't9.

(5) Coomans, les Communes brfgps, chapitre Ht, pages 77, 78 et 79. — Ernst, Histoire du Tiers-Etal de Braimnt, pages 2G et suivantes.

DUC DE BRADANT. O

Les privilèges que les princes brabançons avaient accordés à leurs sujets, avaient amené les plus beureux résultats pour le commerce et pour le bien-être général du pays. La population des cités s'était considérablement accrue de jour en jour; on y était accouru de tous côtés, dit Tbistorien David (1), pour s'y livrer à toutes sortes d'industries sous l'égide des libertés communales. Vers cette époque, ou peu de temps après, les villes s'entourèrent de murailles ou étendirent leurs vieilles enceintes, elles furent flanquées de tours et de portes d'une structure imposante, et elles virent s'élever dans leur intérieur, ces basiliques, ces balles, ces maisons de ville, qui en font encore aujourd'bui le principal ornement.

Indépendamment des lois ou keurcs particulières que possédait alors chacune des villes du Brabant, et qui établirent depuis le douzième siècle jusqu'à la fin du dix-huitième, tant de législations différentes sur tous les points du pays, ce dncbé avait encore des lois générales, consacrant certains principes de droit dont l'observance était obligatoire pour tous les citoyens, et l'exécution confiée au prince. Tel était, par exemple, l'acte mémorable dressé à Louvain le 22 janvier 1247(2), par lequel le duc Henri II supprima dans toute l'étendue de son ducbé, quelque temps avant sa mort, le droit connu sous le nom de main-morte, auquel avait été jusque-là soumis tous les habitants, à la réserve des nobles et des ecclésiastiques.

Le testament de Henri III nous est aussi resté comme un monument de la législation de cette époque (5). On y lit : Dorénavant, les hommes de la terre de Brabant seront traités d'une manière uniforme, et ilsseront exemptsde tailles, d'exactions et d'impositions extraordinaires (precaria); désormais, nous n'en lèverons qu'en cas de guerre, ou quand nous marie-

(1) Histoire de Belgique, i'"'- partie, page 14.5, édition de ISM.

(2) Mirœus, IJiplo. Belg. 1. 1", c. 85, pag. 205 et 204.

(3) Voyez ce testament dans Butkens, t. I"", preuves, page 99, et dans Mirœns, t. I"-, page 207.

rons une de nos filles, ou quand nous créerons un de nos fils chevalier.

Ce n'est pas ici, du reste, que nous devons développer nos considérations sur la manière dont était régi le Brabant à celte époque. Plus tard, nous montrerons la législation de ce pays dans son ensemble, et partant des dispositions testamentaires de Henri III, nous verrons le grand pas qu'a dû faire la liberté dans le Brabant sous le règne de Jean I", pour amener les chartes de Cortemberg de 1312, qui couronnèrent si dignement le passage de ce prince sur le trône.

Jean I", surnommé plus tard le Victorieux, naquit à Bruxelles en 1250, du duc Henri III, dit le Débonnaire, et de la princesse Alix, fille de Hugues IV, duc de Bourgogne (1). Sa race était donc des plus illustres.

Nous trouvons dans une chronique inédite de la fin du treizième siècle, intitulée : De Johanne primo hujusnominîs duce Lotharingiœ, une curieuse généalogie de notre héros, que nos lecteurs liront certainement avec intérêt. Les poétiques mensonges accrédités par les trouvères du moyen-âge, pour rendre notre origine aussi fabuleuse que possible, ne laissent pas que de flatter agréablement notre amour-propre et nos vanités nationales, en nous rattachant par les liens du sang et par la communauté de race à des peuples dont la gloire, après des siècles, retentit encore dans le monde. Voici cette excentrique généalogie :

Ut autem oninia, quœ diffusa scripta sunt, studiosus lector compendiose recolligat et a primo Priamo Francorum rege usque ad prœsentis temporis ducem Lotharingiœ lineani ge-

(1) Le duc Henri III eut quatre enfauts ; Henri, Jean, GodefroicI et Marie, depuis femme du roi de France, Philippe-le-Hardi. Henri et Marie étaient nés à Louvain; Jean et Godefroid, tige des seigneurs d'Aerscliot, à Bruxelles. — Henné et Waulers, Histoire de la ville de Bruxelles, vol. I"""", page 6Î), à la deuxième note.

DUC DE BRADANT

neratîonis ducere sciât, sic descendendo procédât. Vriamus, rex Franconim, qui super Francos regnavit anno Domini ni" LXXXI, cjenuil Marcomirum; Marcomirus genuit Pharamundum; Pharanmndus genuit Clodiumj Clodius genuit Meroverum; Meroverus genuit Hildericum; Hildericus genuit Ludovicum; iste primus de regibus Francorum christianus fuit; Ludovicus genuit Lotharium : hi omnes fuerunt reges Francorum; Lotharius genuit Blitildem; Blitildis genuit Arnoldum; Arnoldus sanctum Arnulfumj Arnulfus genuit Ansigisumj Ansigisus genuit Pipinum; Pipinus genuit Karolum-Martellum : hi omnes a stirpe Blitildis, filiœ Lotharii, descendentes fuerunt majores domus regum Francorum, et super reges principantes; Karolus-Martellus genuit Pipinum regem; Pipinus genuit Karolum Magnum impera toremj Karqlus imperator genuit Ludovicum; Ludovicus genuit Karolum Calvumj hi très prœcedentes imperatores fuerunt; Karolus Calvus genuit Ludovicum Balbum; Ludovicus Balbus genuit Karolum simplicem; Karolus simplex genuit Ludovicum; hucusque progenitores ducum Lotharingiœ regnaverunt in Francia a tenipore Pipini, patris Karoli Magni imperatoris; Ludovicus genuit Karolum, ducem Lotharingiœ; Karolus dux genuit Gerbergam comitissam Lovaniensem; Gerberga genuit Lambertum {qui et Baldricus) comitem; Baldricus genuit Godefridum, cum barba, ducem Lotharingiœ : hic omittuntur très comités Lovanienses, Henricus scilicet, cujus fdius Otto sine liberis moritur; et comitatus ad patruum suum Baldricum revertitur; ipse quoque Otto et Henricus, frater Gode fridi Barbati hic omittuntur, quia sine liberis moriiintur. Godefridus cum barba genuit Godefridum, secundum hujus nominis; Godefridus II genuit Godefridum, hujus nominis III; Godefridus III genuit Henricum primum hujus nominis; Henricus primus genuit Henricum, hujus nominis sejcundum; Henricus II genuit Henricum, III hujus nominis; Henricus III genuit Johannem, hujus nominis primum; Jo-

hannes I rjenuit Johannem II, mnic ducem Lotharhiqiœ, Brabantiœ et Lemburgenscm. Amen.

Quoi qu'il en soit, un voile épais couvre les premières années (lu duc Jean I"""". L'histoire n'en parle presque pas, et les auteurs contemporains ne nous ont pour ainsi dire rien transmis sur son éducation, par le motif sans doute, que ce prince n'étant pas destiné au trône, tout l'intérêt public était concentré sur son frère aine Henri. Légalement parlant, celui-ci devait seul, en effet, être investi du pouvoir, et c'est même ce qui parait lui avoir été réservé, puisque son père avait, dès 1257, négocié son mariage avec la princesse Marguerite de France, fille du roi Saint-Louis. Nous en avons la preuve dans des lettres de cette année, par lesquelles le duc Henri HI et la duchesse Alix reconnaissent avoir reçu du monarque français, une somme de quinze mille livres, payées à l'occasion de ce projet de mariage (1).

Tout ce que nous pouvons assurer, c'est que Jean I" recul une éducation distinguée. La gaie science était à cette époque en grand lionneur à la cour de Brabant; Henri HI était poète; Jean, notre héros, et sa sœur Marie, l'étaient aussi. A défaut de documents certains une idée nous sourit; c'est que le joyeux ménestrel Adenez, dont nous aurons occasion de parler dans notre deuxième partie, eut une large part à l'éducation de Jean I^''. Les quelques productions que ce prince nous a laissées prouvent qu'il a été entouré dans sa jeunesse des soins de bons maîtres, et qu'il ne manquait pas d'un certain talent poétique. Nous avons la certitude en outre que son instruction militaire fut aussi très-précoce. « A peine le duc avait-il quitté « la mamelle de sa nourrice, dit un chroniqueur du temps (2), « que le heaume et le bouclier remplacèrent pour lui la balle

(1) Bulkcns, T. 1, pages 270 et 271.

(2) Van Heelii, (relation de la bataille de Woctingen, éditée par Wi"!lenis, page 28, vers 655 et suivants.)

DUC DE CIUBANT. /

« et la toupie, jeux favoris des enfants de sou âge. Obligé de « les abandonner tout jeune, pour les éebanger eontre le nia- « niement des armes, il devint rapidement très-babile dans « l'art de la guerre, et toute sa vie, il se lit remarquer par sa « supériorité dans les combats. »

Cefut, comme nous l'avons dit plus liant, le28 février 1261, 1261 que le duc Henri III mourut. Malbcureusement,les ((uatre enfants qu'il laissait étaient mineurs, et cette circonstance vint gravement compromettre la tranquillité du pays. Il s'en fallut de bien peu qu'une guerre civile générale n'éclatât, à l'occasion de la régence du duché et de la tutelle des jeunes princes.

Des contestations s'élevèrent tout d'abord entre les principaux seigneurs, parents du duc défunt. Henri, landgrave de Tluuringe et de Hesse, frère consanguin de Henri III (1), et Henri deLouvain, seigneur de Gaesbeke, petit-fils de Henri !•=', furent ceux qui se disputèrent les premiers le pouvoir. Tous deux, ils voulurent la tutelle, mais aucun ne réussit dans ses projets. La duchesse Alix, mère des jeunes princes, manda auprès d'elle Otton, comte de Gueldre, et son frère Henri, évêque de Liège, tous deux aussi proches parents par leur mère que le sire de Gaesbeke, et, avec leur secours, elle put faire face à la situation. Les deux premiers prétendants se retirèrent, et Otton fut pendant quelque temps chargé du gouvernement du pays. Mais les vues de ce seigneur et celles de son frère n'étaient guère plus désintéressées que celles de Henri de Thuringe et de Henri de Louvain. Alix ne tarda pas à s'apercevoir que ces princes cherchaient aussi plutôt leur intérêt que celui de ses enfants, et elle résolut immédiatement de les éloigner tous. Par son adresse, elle parvint à décider Otton et son frère à se désister de leurs prétentions, et tous

(1) Henri II avait épouse en secondes noce^, en 1259, Sophie, fille de Louis IV, landgrave de Thuringe, et de ce mariage était né le prince Henri dont il est ici (juestion.

deux se retirèrent, après avoir eux-mêmes contraint à la paix, en portant le ravage sur ses terres, le sire de Gaesbekc, qui avait voulu de nouveau faire valoir ses droits (1).

Une fois débarrassée des obsessions de ces importuns compétiteurs, la duchesse obtint facilement pour elle-même, des seigneurs et des villes du duché, la tutelle de ses enfants et la régence du pays. Elle choisit pour conseillers, avec Tassentiment des Etats, Gauthier Berthout de Malines, et Godefroid, seigneur de Parweys.

Telle fut la manière dont le gouvernement du Brabant fut établi pendant la minorité des enfants de Henri III. Alix avait fait preuve de beaucoup de prudence en écartant du pouvoir les ambitieux qui l'avaient brigué, et en y appelant le plus sage et le plus prévoyant des barons du duché, Gauthier Berthout, surnommé le Grand. Ce choix fut généralement approuvé, mais la sanction qu'il reçut de l'opinion publique fut précisément la principale cause des dissensions qui éclatèrent peu après dans le pays. En vain Arnould, baron deWesemaël, maréchal du Brabant et époux d'Alix, tante de Henri III, avait fait tous ses efforts pour être appelé au conseil; son caractère violent et hautain l'en avait fait exclure. Froissé dans son orgueil et se voyant privé de ce qu'il appelait son droit, le fier baron jura dès-lors de se venger et d'employer toute son influence pour traverser les vues d'Alix et de ses ministres. Sa colère augmenta encore lorsqu'il vit que le peuple et la plupart de ses amis mêmes se ralliaient au gouvernement de ceux qui l'avaient évincé.

1262 Depuis quelque temps, les mésintelligences de deux familles nobles de la maison de Licmingen, les Blanckaert et les Colvere (2), jetaient le désordi'e dans la ville de Lpuvain, et la divisaient en deux factions. Arnould de Wesemaël, attaché par

(1) Voir Div. Rcs. Lov. Tableaux gcnéalogiqttes.

(2) Voyez Van Heelu,page7 et suivantes, etBiitkens, t. If, page 279-

DUC DE BRADANT, U

(les liens de famille aux Colvere, les protégea dès cette époque de tout son pouvoir, et pendant deux ans il attisa la discorde 1264 entre eux et leurs adversaires, dans l'espérance de susciter par ce moyen des embarras au gouvernement. A la fin, en 1264, la duchesse résolut de couper court à ces querelles intestines, et elle bannit de Louvaiu les Colvere, d'ailleurs convaincus de conspiration contre elle (1). Ce nouvel échec ne fit qu'augmenter la colère du sire de Wesemaël, mais Alix et Gauthier tenaient les rênes du pouvoir d'une main si ferme, que cette fois encore le baron dut dévorer sa rage en silence ainsi que l'an- t'^an née suivante, lorsque l'on nomma un nouveau conseiller en remplacement du sire de Parweys, qui venait de mourir. Arnould crut alors avoir enfin accès au gouvernement, grâce à cette circonstance, mais son attente fut encore trompée, et il se vit préférer Henri de Bautershcim , allié à la famille ducale (2).

La duchesse Alix était une princesse adroite et prévoyante, d'une piété à l'épreuve et d'un caractère franc et énergique. Elle honora, dit l'abbé Bareille (3), sa couronne et sa grandeur par l'éclat de ses vertus privées, par son royal amour pour les lettres, et par la protection illimitée qu'elle accorda aux savants.

Néanmoins, malgré la sagesse et la prudence qui la caractérisaient, elle faillit se susciter de nouvelles difficultés dès le commencement de sa régence, par les mesures sévères qu'elle prit. Les monastères furent à celte époque écrasés de taxes, et les Juifs, que rien ne protégeait, presque entièrement pressuj'és (4.). Ils ne durent leur salut qu'à l'illustre docteur Thomas d'Aquin, de l'ordre deSaintDominique, dontla duchesse avait

(1) Div. Ami. Lov. pag. 10. Mémoires sur les Berthout, couronné en 184^ par rAcadcmic de Belgique, pag. 95.

(2) Div. Loc. cit.

(3) Histoire de saint Thomas d'Aquin, page 107. Louvain 1846. (i) Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, \o\. 1, page 66.

réclamé les conseils, et qui savait, en homme éclairé, s'élever au-dessus des préjugés de son temps, et faire rendre à chacun de ses semblables la part de justice qui lui était due.

Les relations de Saint Thomas d'Aquin avec la régente étaient très-suivies, et cette dernière ne manquait jamais de le consulter, chaque fois qu'il se présentait quelque cas difficile (1). Sa voix était toujours écoutée, et il est établi d'une manière incontestable que ses lumières furent d'un grand secours à Alix, et exercèrent une influence majeure sur les destinées du Brabant, Sans lui, que de fautes cette princesse n'aurait-elle peut-être pas commises pendant le cours de son administration. Saint Thomas lui dédia particulièrement le septième traité de ses opuscules, dans lequel il trace aux princes la marche d'un bon gouvernement, et c'est probablement dans cet ouvrage que la duchesse puisa surtout le talent législateur que révèle chacun des actes qu'elle posa.

On trouve dans les registres du chapitre de Sainte Gudule à Bruxelles (2), la réponse de ce savant père de l'Eglise à plusieurs questions importantes que la duchesse lui avait faites, et que nous transcrivons ici, parce qu'elles font bien connaître les besoins de l'époque. Elle demandait : 1" Si elle pouvait frapper les Juifs d'impôts; 2° si elle pouvait infliger une peine pécuniaire à un Juif parce qu'il avait péché; 5" si elle pouvait accepter des présents d'un homme de celte espèce; i" si elle pouvait disposer de ce qu'un Juif donnait en sus de ce qui lui. était demandé par des chrétiens; 5" si elle pouvait faire vendre les offices de ses bailleux et de ses autres offi-

(1) Butkens, t. 1, page 267 et Harœi annales t. 1, page 275, Anlwcrpiav l(i23, où on lit : Al(jue hoc est ni futlor quod cl. V. Lipslus cap. IG, sui Lovunii adiinibrat de hoc cncli/lowju/nale agens, kis verbis : « familiareni f'uissi:

V principtbus noslris constat, cl Alcidem viduam dicti llenrici ad etim

« Parisiis ugenlem scriptUassc, cl Consilia vitœ dirigendœ pelihuc alquc ucù cepisse. »

(2) Voyez Piol, Histoire de Louvaiii, U<^ partie, pages 143 et lH. Ed. de 1859."

DUC DE BRADANT. i 1

ciaux; 6" si elle pouvait lever des impôts sur les chrétiens; 7° si elle pouvait conserver ce que ses otïïciaux exigeaient en trop de ses sujets pour les impôts; 8° si elle pouvait imposer aux Juifs une marque distinctive des chrétiens.

Le saint docteur répondit à toutes ces questions avec son habileté et sa charité ordinaires. Il recommanda fortement à la duchesse de ne pas vendre les places, parce que c'était, disait-il, les mettre à la merci des hommes cupides. Il l'engagea en outre à faire restituer par ses oftlciers l'argent qu'ils avaient pu extorquer, ajoutant qu'elle ne pouvait établir et percevoir des impôts, pour des causes frivoles, mais seulement pour les besoins ou pour la défense du pays, les princes étant institués par Dieu, non pour leur propre avantage, mais pour le bien-être du peuple « Principes terrarum sunt à Dco « instituti, non quidem ut propria lucra quœrant, sed ut « communem populo utilitalem procurant (l) . » Saint Thomas insista aussi sur la manière dont les Juifs devaient être traités; il réclama pour eux l'indulgence et l'équité, et fit voir à la duchesse tout ce qu'aurait d'injuste et d'inhumain, un système de fer employé contre eux.

La mise à exécution de ces sages conseils faisait présager un règne calme et tranquille, mais malheureusement, des troubles qui éclatèrent peu de temps après à Louvain, ensanglantèrent les dernières années de la régence d'Alix.

Voici quelle fut la cause de ces agitations. Le fils aîné de Henri III, le prince Henri, était d'une telle incapacité morale et physique, que l'on désespérait de le voir jamais gouverner, et ce motif décida la duchesse à lui préférer pour héritier son frère le duc Jean, qui donnait les plus belles espérances. D'accord avec ses conseillers et les principaux seigneurs du pays, elle résolut donc de l'élever au trône.

(I) Voyez les Conseils de saint Thomas à la duchesse Alix, dans les Ncn vcllen Archives historiques du baron deReilFenberg, tome l'', page 17.

Une belle occasion de vengeance se présentait là d'ellemcine au sire de Wosemael; il n'eut garde de la manquer. Cachant sa haine sous un beau semblant de générosité, il se mit à crier à l'injustice, et feignit de se dévouer à la défense des droits méconnus du jeune Henri, Il soutint que la substitution projetée était contraire à la raison et aux lois, et que si l'héritier présomptif de la couronne n'avait ni assez d'esprit ni assez de force corporelle pour gouverner par lui-même, on était dans l'obligation de lui donner un régent capable d'administrer le duché en son nom. Arnould s'était choisi d'avance, parait-il, pour remplir ces fonctions, qui devaient, selon toute probabilité, lui aplanir les degrés du trône.

Ses menées produisirent bientôt leurs effets. Les bourgeois de Louvain s'agitèrent, et leurs murmures se dirigèrent à la fois contre Alix et ses conseillers, et contre les Blanckaert, leurs partisans, alors les maîtres de la ville. Arnould crut le moment favorable pour relever son parti, celui des Colvcrc. 1*266 II souleva le peuple, les Colvere revinrent de leur exil, chassèrent à leur tour les Blanckaert, et la cité se trouva ainsi en pleine révolte contre Alix.

Le baron savait cependant que rien n'était fait tant queGauthier Berlhout restait au conseil. Par sa fermeté, son courage et son énergie, ce vaillant capitaine était en effet le plus grand obstacle qui s'opposât aux vues du maréchal, et celui-ci lui attribuait non sans raison la plus grande part des affronts qu'il avait reçus. Il n'aurait pas osé d'ailleurs se déclarer ouvertement contre la duchesse; pour frapper sa légitime souveraine, il devait l'atteindre par des moyens détournés; ce fut donc contre Malines qu'il résolut de diriger ses premières attaques.

Sans plus tarder, il se mit à la tête des Louvanistes, et courut envahir les terres dcBerthoud. Heureusement celui-ciavait été informé à temps des projets de son adversaire, et s'était immédiatement mis en marche pour aller au secours des Malinois avec des troupes bruxelloises. Berthoud se porta tout

DUC DE DRABANT. 13

d'abord à la rencontre des ennemis et les atteignit près de Thildonck, dans un endroit nommé Leepse, entre Malines et Loiivain. Le choc fut rude, et, de part et d'autre, on fît pendant quelque temps des prodiges de valeur, mais à la fin les rangs des Louvanistes furent rompus, et les débris de leur armée se dispersèrent, laissant un grand nombre de morts sur le champ de bataille et plusieurs prisonniers de distinction entre les mains de leurs ennemis. Parmi ces captifs on remarquait particulièrement Godefroid de Colvere, Gérard Van den Steene et deux neveux du sire de Wesemael.

Indépendamment des efforts que devait faire à cette époque la régente pour déjouer les projets du maréchal, elle avait encore à lutter contre l'évêque de Liège, Henri de Gueldre, que la soif du pouvoir tourmentait encore. A la mort du seigneur de Parweys,ce prince avait tenté de ressaisir la part de gouvernement qu'il croyait lui revenir de droit, mais ses démarches avaient éprouvé le même sort que celles d'Arnould, et il en avait conçu un violent dépit. Désespérant de trouver une occasion, un prétexte quelconque pour rompre avec la duchesse, il se décida à jouer lui-même le rôle de provocateur, et au moment où l'on s'y attendait le moins, il alla mettre le siège devant le château de Falais.

Cette fois encore, ce fut Berthoud qui fut le défenseur des droits du Lion de Brabant. Cet infatigable guerrier eut à peine reçu la nouvelle de cette prise d'armes, qu'il courut au secours de la place menacée, et la délivra de ses ennemis, sans même tirer Tèpèe. Aussi timide devant le danger que prompt à attaquer un adversaire sans défense, l'évêque avait décampé au bruit de l'arrivée de Gauthier, et s'était retiré à la hàle, en ravageant tout sur son passage (1).

C'était pourtant l'indignation au cœur qu'il s'était retiré devant un ennemi qu'il savait lui être supérieur en valeur et en

(1) Butkens, 1. 1", pag. 282.

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courage. Il eut honte de sa fuite, et bientôt il se mit en devoir de rassembler des troupes, 11 appela aux armes tous ses vassaux et la plupart des barons d'entre-Meuse et Rhin. Tous vin- 1267 ï'ent se ranger soiis ses étendards, à l'exception de Thierry de Falkenberg. La comtesse de Flandre lui promit aussi son aide et elle envoya immédiatement ses fils camper à Bornhem et à Hingene, avec un corps de bonnes troupes prêtes à marcher au premier signal.

L'évèque se dirigea aussitôt vers Malines à la tète de son armée, qui était très-considérable. Cette ville était à cette époque très-peu fortifiée. Elle n'eut à cette occasion pour murs et pour fossés, dit Van Heelu (1), que le courage des gens de Brabant et des alliés de sire Berthoud, mais, à eux seuls, ces intrépides guerriers formèrent une si redoutable ligne de défense, que partout l'on disait qu'il était impossible de construire en pierre des murs plus solides que ceux dont Malines s'était entouré au moyen des braves venus à son secours. Dès son arrivée, Berthoud interrompit toutes les communications par lesquelles on aurait pu faire parvenir des vivres aux assiégeants, et bientôt l'évèque fut forcé de se retirer sans avoir rien fait. Grâce à l'entremise de la comtesse de Flandre, les deux partis se réconcilièrent et, le prélat obtint de Berthoud, en considération du serment qu'il avait fait d'entrer dans Malines, la triste satisfaction d'aller jusqu'aux portes de la ville, escorté de quelques chevaliers (2). Voici comment Jean d'Outre- Meuse raconte cette expédition (3) : « En l'an dcsseurdit « (1267), le jour de saint Denis, s'en alla l'évesque Henry « envers Braibant, avenc luy Otton son frère, comte de Ghel- « dres, le comte de Juley, son seroige, Henry le comte « de Mont, le comte de Nassou et de Lotz avec ses hesbin-

(1) Relation de la bataille deWœringcn. Vers 533,563, pag. 17.

(2) Van Hcelu, p. lôetsuiv. — Bulkens, t. I, p 285. — Gramaye, Hisl Mech. 6. Edit. 1708.

(5) Van Ileelu, p. 19, à la note du vers 429,

DUC DE lîRABANT. i 5

n gnons. Et estaient bien ensambles soixante mil hommes « armés , et destruisirent Hanu, Lantlres, Thirlemont et « Vilvorde; et assiégal Maslines, et là demourarent bien XX « jours. Mais parforchedc faultede victailles ils leurs en- « covint de partir. »

En quittant Malines, l'évêque se dirigea sur Mastricht, où il entra à main armée et renversa le tribunal. A Wyk (maintenant faubourg de cette ville), il fit démolir une tour que les ducs de Brabant avaient fait construire pour défendre le pont qui s'y trouvait, et cela malgré les efforts de Thierry de Falkenberg, qui lui opposa une vive résistance, à la tête de 500 Brabançons. C'est là, dit Van Heelu (1), le seul et dernier affront que reçurent les étendards du Brabant, tant que le noble sire Berthoud fut mambour du duché.

Jean d'Outre-Meuse rapporte ainsi cette affaire : «Et adoncq « l'évesques s'en allât à Treit, et fist dcffaire le pont des « Arches, que le duc avait fait faire. Et en despit du duc, « fist emmener les pieres en la duchet de Gheidres, et en fist « renforchier le chesteil de Monsfort; et fist tant que tous « ceulx de Treit renonchaient du tout au duc. »

Pendant que ces événements s'accomplissaient, les divisions intestines entretenues par le sire de Wesemaël s'étaient peu à peu assoupies. L'issue de la bataille livrée aux Louvanistes par Berthoud près de Thildonck avait considérablement modifié les dispositions de ces derniers, et ils comprirent enfin que l'ambition d'Arnould était l'unique source des maux qu'ils avaient soufferts. Ce prince, après les avoir excités à la révolte, venait d'ailleurs de faire la paix avec la duchesse, sans s'inquiéter ni d'eux ni de leurs alliés (2).

Alix ne manqua pas, en diplomate habile, de profiter de cette occasion favorable. Elle alla à Louvain avec son fils Jean,

(1) Page 21, vers 461 à 471.— Butkens, p. 283.

(2) Divœus. Ana. Lov. p. 10.

et démontra si bien au peuple l'incapacité de son fils aîné, tout en assurant qu'il avait l'intention de se retirer dans un couvent et de céder tous ses droits à son frère cadet, qu'elle finit par faire triompher sa cause; son discours fut si adroit, et elle fit ressortir avec tant de persuasion les brillantes qualités du prince Jean, que tous ceux qui étaient présents s'empressèrent d'approuver sa conduite et celle de ses conseillers.

Le moment était propice. La duchesse convoqua immédiatement une assemblée des principaux seigneurs à Cortemberg, entre Bruxelles et Louvain , pour déposer la régence du duché et la tutelle de ses enfants, et la réunion fut fixée au 14 mai 1267. Les principaux abbés et les représentants des villes (1) les plus importantes du Brabant furent entre autres invités à y assister.

C'est dans cette assemblée, Tune des plus célèbres et des plus remarquables qui se soient tenues en Brabant , que le prince Henri céda solennellementses droits àsonfrèrcJean (2). Il est dit dans l'acte de cette cession (5), que de sa libre volonté

(1) On cite entre autres villes, Bruxelles, Tirlemont, Léau, Anvers, Lierre, Jodogne et Gembloux. — Div. An. L. page 10. — Div. rerum Brahanlicnrum, livre XI page 121 et livre XII page 122.

(2) Quelques auteurs, particulièrement Dewcz, dans son Hisloire particulière des provinces Belgiques, t. II page 521 , s'appuient sur l'hislorien contemporain Van Heelu pour prouver l'existence du tiers-état à cette époque, mais il est plus que certain, comme le fait très-bien remarquer M. Willems, dans sa note au vers 531, que le passage de Van lleclu au(juel ces auteurs font allusion :

Die sladen van Brabant, clein en de groote, doit être traduit, non par :

Destaten, les étals, etc.

mais bien par :

Besteden van Brabant, klein en groot,

Les villes du Brabant, petites et grandes.

(3) Willems dit, dans sa note du vers SS6, page 25 de la chronique de Van Heelu. La cession faite par Henri peut avoir été concertée à Cortemberg, mais il est certain que l'acte en a été dressé huit jours plus tard, pas à Cortemberg, mais à Cambrai.

DDC DE BRADANT. il

Cl de son pj^opre mouvement (spontanée donavif^, il avait fait à son frère cession et donation de tous les droits qui pouvaient lui compéler dans le duché de Brabant, sous quelque dénomination que ce fût, jurant sur l'Evangile, de ne jamais contrevenir à cette donation, et déclarant au surplus, décharger les hommes de la terre de Brabant, de la foi et de l'hommage qu'ils lui avaient prêté, leur ordonnant, en outre, de reconnaître désormais son frère pour seul et légitime duc de Brabant, et de le servir comme tel (1).

Peu de temps après avoir consenti cette cession, le prince Henri partit pour la Bourgogne, et entra au couvent de Saint- Etienne (ordre de Saint- Augustin), établi à Dijon. Il y fit profession religieuse le l*"^ octobre 1269 (2).

Richard de Cornouailles était à cette époque généralement reconnu comme chef de l'empire. A la demande que lui fit le duc, de ratifier les conventions arrêtées à Cortemberg, il s'empressa de commettre, par arrêté du 3 juin de la même année (1267) (5) daté du château de Stalford, près de Londres, Nicolas, évêque de Cambrai, son chancelier, et Bauduin d'Avesnes,sire de Beaumont, pour prendre information des faits qui avaient amené la cession du Brabant consentie en faveur du duc Jean, et confirmer en son nom cette cession, si elle avait eu lieu selon les voies légales.

Les termes de cet arrêté prouvent ce que nous avons dit des ((ualilés morales et physiquesdes jeunes princes Henri et Jean. On y lit pour ce qui regarde le premier :

Quod..., naturel usque adeo stt destitutus, ut pote corpore imbecillis existens, virtutibus animi, solertia, providentia ita quoque deficiens, quod nequaquam sit aptus seu habilis, ut

(1) Cet acte se trouve dans plusieurs ouvrages, entre autres dans Mirœus, diplom. belg. t. I page 4^35, et dans Butkens, t. I , preuves, pages 101. ("2) Butkens, t. 1, page 270 et 283; Mirœus, t ,1., page 4.56, chapitre 127 . (â) Idem t. 1, Preuves, page 101.

existât in tanto culmine dignitatis, et quod vehit princeps imperii ducatus honore refulgeat, et Jean, y est dépeint :

Bonœ indolis, prohitatis eximiœ, virtuositate prœpollens.

1208 Vers le mois de mai de Tannée suivante, Richard vint à Cambrai, et le duc Jean alla, accompagné d'un brillant cortège, lui rendre hommage, pour tout ce qu'il tenait en fief de l'empire.

A son retour, le 29 du mois de juin, il fit, âgé de 17 ans, son entrée solennelle à Louvain, et y prit possession du duché dans une assemblée nombreuse, où l'on prêta serment de part et d'autre. Le traité de Cortemberg, ainsi que les privilèges des Louvanistes y furent en même temps reconnus par une charte que scellèrent les seigneurs de Malines, de Diest et de Wesemael, et la ville de Bruxelles (1). Jean I" y dressa en outre une oidonnance en vertu de laquelle on devait traiter les juifs et les usuriers qui se trouvaient à Louvain, comme ceux qui habitaient Bruxelles. Il fit ensuite, dit Bulkens, châtier et bannir les plus séditieux des fauteurs du désordre qui avaient troublé la ville pendant sa minorité. La seule punition qu'il infligea pourtant aux Colvere fut de les tenir éloignés pour un certain temps des charges publiques.

Le duc visita après son séjour à Louvain toutes les villes principales du pays, et partout il fut accueilli avec enthousiasme, aux acclamations du peuple, heureux de voir les destinées du Brabant, désormais confiées aux mains d'un prince qui promettait d'être ferme et énergique, et qu'une sorte d'élection avait investi du pouvoir.

Par lettre du 16 aoùt(2) de la même année, Richard donna au duc Jean I" l'investiture de son duché, tout en confirmant

(t) Louvain, 29 juin 1207.^ Brabantsche yeeslcn, t., t., codex n» G2, page

mi.

(2) Vanheelii, page 39^.

DUC DE BRADANT. 19

la cession qui lui en avait été faite par son frère Henri, et le 20 septembre suivant, par lettres datées de Cambrai, il approuva l'acte par lequel le duc Henri III avait assigné [)our douaire à la duchesse Alix, sa veuve, trois mille livres de Louvain sur la ville de Jodoigne, et cinq cents livres sur celle dcGenappe. (1)

(I) Mil (EUS t. 1., page iZi, 2^ colonne, et Butkens, t. i., page284..

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