CHAPITRE
Commerce, — Industrie. — Aa;ricultiire.
La création et le développement du système communal, de ce puissant levier plus formidable à lui seul que toutes les institutions, que toutes les idées qui bouleversèrent le monde jusqu'ici, n'exercèrent pas seulement une influence énorme sur la politique et sur la législation des pays au sein desquels il domina en maître; le commerce et l'industrie, ces éléments vitaux de la prospérité des peuples, en ressentirent vivement aussi les prodigieux effets. Sous l'égide de la commune, les habitants des villes eurent bien plus de motifs qu'auparavant de concourir au bien-être et à la grandeur du pays ; ils n'avaient plus alors, comme autrefois, la triste perspective de voir tous les produits de leurs labeurs accaparés par des maîtres parfois cupides, qui ne se servaient d'eux que pour leur propre avantage. De plus, les nombreux privilèges que leur valut le nouveau régime, tout en leur conférant une puis-
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sauce qu'ils n'avaient point connue jusque là, leur permirent de se Kvrer avec sécurité à toutes sortes de transactions.
Dès son avènement au trône, Jean I" s'appliqua d'une manière toute spéciale à favoriser le commerce et l'industrie du Brabant. Tous ses efforts tendirent à élever chez lui, à la hauteur de la prospérité des Flandres, ces sources inépuisables delà richesse des citoyens, et ce n'est pas trop dire, que d'avancer que l'on s'aperçut bientôt des effets de sa sollicitude. Non content de faciliter au cœur même du pays, par l'octroi de nombreuses chartes d'affranchissement accordées aux villes, l'élan commercial qui se manifestait alors dans toutes les classes de la population, ce prince éclairé employa toute l'influence qu'il exerçait à l'étranger, toutes les ressources que lui suggérait son génie actif et entreprenant, pour favoriser même à l'extérieur les relations de ses sujets.
Nous l'avons vu particulièrement, le 12 août 1279, conclure avec l'archevêque de Cologne, le comte de Gueldre et Thierry de Clèves, un traité d'alliance qui prouve surabondamment tout l'intérêt qu'il portait aux progrès du commerce et de l'industrie. Un traité de commerce n'était pas alors comme de nos jours, une affaire bien facile à mener à bonne fin; la diplomatie n'avait pas à sa disposition tous les ressorts qu'elle possède maintenant, et ce n'était jamais qu'au prix des plus grands efforts et souvent même des plus grands sacrifices, que l'on parvenait à réussir dans ces sortes de négociations. Par le traité qui nous occupe, et qui est à juste titre considéré comme étant de la plus haute importance, par tous les écrivains qui se sont occupés de l'histoire nationale, Jean I" s'engageait, ainsi que ses alliés, à protéger la navigation du Rhin, et à poursuivre impitoyablement tous ceux qui dorénavant dévaliseraient les voyageurs, les clercs, les soldats et les autres personnes placées sous sa sauvegarde.
Ainsi fut paralysée l'espèce de piraterie qui s'était exercée jusque-là sur le Rhin, par une foule de bandits et de malfai-
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leurs qui infestaient les bords de ce fleuve, faisant main basse sur tout ce qui ne pouvait leur résister. Ce résultat fut on ne peut plus précieux pour nos provinces. Depuis longtemps les marchands flamands suivaient les rives du Rhin pour aller trafiquer en Allemagne (1). La Flandre, dit Warnkonig (2), était déjà au treizième siècle le centre du commerce avec tout le Nord-Ouest de l'Europe, elle commerçait surtout par eau avec l'Ouest de l'Allemagne. Ces relations devaient naturellement s'étendre jusqu'au Brahant, puisquece duché se trouvait à mi-chemin entre l'Allemagne et la Flandre par terre.
L'expédition que Jean 1" entreprit contre Wœringen, dont il fit démolir les fortifications, est une nouvelle preuve du dévouement avec leijuel il servit constamment les intérêts du commerce. Cette forteresse était devenue, comme nous l'avons dit, un véritable repaire de brigands, qui ne vivaient que de rapines et des dépouilles des malheureux voyageurs qui tombaient entre leurs mains. L'autorité même du souverain avait été jusque-là impuissante à réprimer ces désordres, et il fallut la main de fer du vainqueur de Wœringen pour dompter leurs fauteurs. Une fois maître du Limbourg, il protégea en outre efficacement tous les marchands, même étrangers, qui remontaient le Rhin jusqu'à Cologne.
La puissance des métiers ne fut pas aussi grande dans le Brabant que dans le comté de Flandre, mais par cela même (pi'elle nous reporte à un état de choses moins avancé, elle répand un plus grand jour sur les premiers pas de la classe industrielle dans ce pays, et nous fait assister en quelque sorte à son émancipation primitive.
Pour être admis à Bruxelles, et en général partout ailleurs, comme maître ouvrier ou comme ouvrier dans une corporation, il fallait avoir fait dans une ville libre, un apprentissage
(1) Namèche, Ilisloire nationale, tome 2, page 716.
(2) Tome, 2, page iOÔ.
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dont la durée variait suivant la profession à laquelle l'aspirant voulait se livrer. Ce stage était ordinairement d'un ou de deux ans; pour quelques métiers il était de trois. Dans des cas spéciaux, et pour des considérations particulières, on accordait souvent à des bourgeois et à des artisans étrangers à la ville, dispense des années d'apprentissage, mais alors ils payaient une aumône au profit des enfants trouvés, outre la rétribution exigée par leurs maîtres; les apprentis qui entraient dans un métier payaient à la corporation un droit d'inscription. (^Boeckgelt.)
L'apprenti s'établissait ensuite comme maître, ou travaillait comme compagnon (cnape) chez un des membres du métier. Les ouvriers étrangers, ou ceux qui avaient quitté la ville depuis longtemps, obtenaient généralement l'autorisation d'y travailler, mais quelquefois pourtant, cette faculté était limitée. Ainsi le tisserand qui avait travaillé « en Angleterre, à « Malines, à Ypres ou dans d'autres lieux, » ne pouvait se remettre à l'ouvrage à Bruxelles sans avoir produit une attestation constatant qu'il n'avait pas laissé de dettes dans son dernier séjour. Ainsi encore, comme on n'admettait pas en Angleterre le chapelier qui avait appris son état à Bruxelles, les chapeliers anglais, dans cette ville, étaient frappés de la jnéme exclusion. Quelques métiers autorisaient les ouvriers étrangers à travailler moyennant le paiement du vin d'usage et d'une taxe annuelle; cette taxe s'élevait à trente-trois placks chez les tisserands en lin, et à un sou par semaine chez les charpentiers. Quand un maître devenait infirme et ne laissait pas d'enfant qui continuât son état, il pouvait se faire remplacer par un compagnon ou une personne étrangère au métier. La veuve du maître avait la même faculté.
On exigeait des candidats à la maîtrise qu'ils fussent bourgeois, qu'ils payassent les droits d'entrée, et fissent preuve de capacité, en exécutant, en présence des doyens ou jurés des métiers, ou d'examinateurs nommés à cet eflet, un ouvrage re-
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latif à leur arl, que l'on appelait chef-d'œuvre. Le taux des droits d'entrée augmenta constamment, à mesure que les corporations s'endettèrent. D'ordinaire, les fils aines des maîtres étaient exempts de ces taxes; ils payaient seulement aux jurés le pot de vin ordinaire. Quelquefois aussi, le droit était réduit de moitié pour les autres fds. Les familles se perpétuaient ainsi pendant des siècles, exerçant toujours le même état, accumulant de grandes richesses, et se transmettant de génération à génération, les unes, des mœurs simples, une probité sans tache, un attachement sincère à la religion, un zèle ardent pour les franchises communales; les autres, des idées étroites, de l'intolérance, de l'égoïsme local et personnel.
La plupart des métiers avaient à payer des frais ordinaires auxquels ils faisaient face par des taxes de différente nature. Chez quelques-uns, outre la taxe annuelle, les maîtres devaient payer un droit hebdomadaire qui variait d'après le nombre des ouvriers, sur le salaire desquels il leur était sévèrement défendu de rien retenir.
L'entretien et le loyer du lieu d'assemblée, les frais de la chapelle ou de l'autel, les vacations des doyens, des anciens et du valet, les frais occasionnés par l'équipement du contingent en temps de guerre, les processions, les festins, les feux de joie, étaient pour les métiers de grandes causes de dépenses.
Pour prévenir la concentration des métiers entre quelques mains, on réduisit à un seul le nombre d'apprentis que pouvaient avoir les maîtres, et on limita le nombre de leurs ouvriers.
La plupart des corporations avaient leur caisse des pauvres (ambusseti). La caisse des tailleurs recevait de chaque nouveau membre vingt-quatre sous lors de son admission, et quatre sous par mois, elle donnait six sous par jour aux malades et six florins pour les confrères décédés.
Il y avait à Bruxelles cinquante métiers, ayant à leur tète tous les doyens et jurés en exercice, qui formaient ce que
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Ton appelait les Neuf Nations. Ces Nations étaient placées sous le patronage de Notre-Dame, de saint Gilles, de saint Laurent, de saint Géry, de saint Jean, de saint Christophe, de saint Jacques, de saint Pierre et de saint Nicolas.
La Nation de Notre-Dame se composait de quatre métiers : les Bouchers, les Marchands de Poisson salé, les Légumiers et Scieurs et les Orfèvres. Les ouvrages de ces derniers étaient contrôlés par deux doyens sortant de charge et par deux merciers choisis par le magistrat, sur une liste double de candidats présentés par le métier. L'orfèvre convaincu d'avoir vendu des bijoux faux, était attaché à un pilier sur la Grande Place, au moyen d'un anneau qui lui traversait l'oreille; il y restait exposé jusqu'à ce qu'il s'en arrachât lui-même. Les orfèvres étaient assermentés, et ils avaient le privilège exclusif de confectionner et de vendre toutes espèces d'ouvrages d'or et d'argent.
Les Merciers, les Graissiers, les Fruitiers, les Plombiers et les Marchands de poissons de rivière composaient la Nation de Saint-Gilles. Ils étaient comme tous les autres privilégiés.
Dans la Nation de Saint-Géry étaient les Tailleurs, les Bateliers, les Chaussetiers et les Marchands de draps en détail, les Pelletiers, les Brodeurs, les Fabricants de camelots, les Marchands de vieux habits, les Chirurgiens et les Barbiers.
La Nation de saint Jean comprenait les Forgerons, Ferblantiers et Maréchaux- ferrants, les Tuiliers, les Couteliers, les Serruriers, les Horlogers, les Peintres, les Batteurs d'or, les Vitriers, les Selliers, les Bourreliers, les Tourneurs de chaises, les Menuisiers en blanc, les Plafonneurs, les Couvreurs en chaume et les Vanniers.
La Nation de saint Christophe se composait des métiers des Teinturiers, des Tondeurs de draps, des Passementiers et des Faiseurs de chaises.
Dans celle de saint Jacques on comptait les Boulangers et les Pâtissiers, les Meuniers, les Brasseurs, les Tonneliers, les
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Ébénistes, les Couvreurs en tuiles et les Marchands de vin. Le vin expédié de l'étranger était goûté au marché par des facteurs jurés et confisqué si la qualité ne répondait pas à l'avis reçu. Il restait deux heures à l'étape à la disposition des habitants, et à l'expiration de ce délai, les facteurs avertissaient les laverniers en vin ou détaillants, qu'ils pouvaient en faire l'achat. Les facteurs étaient nommés par les échevins, qui, en 1384, créèrent deux places d'inspecteurs pour surveiller leur conduite.
La Nation de saint Pierre comprenait les Gantiers,h& Tanneurs, les Ceinturonniers, les Cordonniers et les Savetiers.
Dans celle de saint Nicolas, se trouvaient les Armuriers, les Fourhissem's,\es Regrattiers,hs Êperonniers,\es Doreurs, les Arquebusiers, le métier des quatre Couronnés et les Charpentiers. Les quatre Couronnés contenaient les Tailleurs de pierre, les Maçons, les Sculpteurs et les Ardoisiers. Les jurés ou doyens des tailleurs de pierre et des tailleurs d'images, garantissaient les images de leurs confrères, et prélevaient de ce chef le soixantième de leur valeur. Aucune pierre n'était expédiée des carrières sans avoir été examinée (1).
Voici les noms de ces métiers, ainsi que la description de leurs blasons :