CHAPITRE VIII
Gondé chef de la guerre civile.
I. — Condé à Bordeaux. — Retour de Mazarin. — Mademoiselle à Orléans. >- Bataille de Bleneau. — Impuissance de Gondé à Paris. — Bataille du faubourg Saint-Antoine. — Feu de l'H6tel-de-Ville.
Condé, selon quelques contemporains, regardait la guerre civile comme un malheur et même comme un malheur au-dessous de lui. Il ôédait à la pression de sa sœur, aux instances de sa famille, qui le menaçait de constituer un parti en dehors de sa direction. Singulière excuse, qui, pour atténuer le grief d'ambition et d'orgueil, dénonce au moins une faiblesse de volonté peu digne d'une âme aussi haute. Mais l'indécision ne fut pas longue; car, selon les mêmes témoins , il déclara que s'il tirait l'épée malgré lui, il serait peut-être le dernier à la remettre dans le fourreau. Aussi bien il avait déjà préparé ses moyens d'attaque ; il avait établi des relations avec VOrmée de Bordeaux. Cette assemblée tumultueuse, composée de menu peuple, agitait la ville depuis six mois pour y former une démocratie. Elle proclamait des réformes radicales, abolissant^ entre autres abus, les procureurs et les avocats. Elle avait son sceau, sa devise ; elle tenait tête au Parlement. Un arrêt lui ayant enjoint de se dis-
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soudre, elle le cassa, en ordonnant de courir sus à quiconque le publierait ; et c'était à ce moment même (juillet 1651) que, de sa retraite de Saint-Maur, le Prince lui avait écrit (1). Aussitôt qu'il eut quitté Paris, laissant sa femme et son fils à Montrond, son frère et sa sœur à Bourges, il se rendit à Bordeaux, où l'accueillirent de grandes démonstrations d'affection et d'allégresse. Il se mit sous la protection du Parlement de Guienne, et fît chasser le premier président comme serviteur du roi. Il envoya en Espagne demander des secours, vaisseaux, argent et troupes, qui ne tardèrent pas beaucoup à venir. Il avait avec lui la Rochefoucauld et le duc de Nemours, gendre de Vendôme ; le premier^ par le moyen de son agent Gourville, travaillait à faire disparaître le coadjuteur ; le second recevait la mission d'aller en Flandre chercher les troupes de Monsieur le Prince et celles d'Espagne pour occuper Paris.
Cependant, si la question se fût réduite à une révolte du Prince, la solution n'en eût été ni difficile ni lente. Son parti s'était bien affaibli par la division, et ses adversaires formaient une masse compacte. Turenne lui manquait. Ce grand homme, redevenu luimême, mettait du côté de la cour son génie et son importance militaire. Le duc de Longueville refusait
(1) Mémoires de Conrart, I''* partie : « L'arrôt de l'Ormée fut publié même à Paris. Ils avaient fait faire un grand sceau dont ils scellaient en cire rouge tous leurs acies. 11 y avait une ormoye entre deux lauriers et remplie de cœurs enflammés. Sur les lauriers un pigeon blanc on forme de Saint-Esprit, portant un rameau, et par dessus celle inscription : Estote prudentes sicut serpentes, et simplices sicut columbœ, a — V. aussi le Manifeste des BordelaiSy éloge de TOrmée.